POGNY (51) : cimetière

visité en février 2015
mercredi 4 novembre 2020
par  Philippe Landru

Le cimetière de Pogny se trouve derrière l’église du village dont les façades extérieures se signalent par le très grand nombre de graffitis. On en trouve beaucoup sur les murs des églises du Pays Châlonnais, les murs en craie offrant un support idéal. Certains sont anciens (XVII-XVIIIe siècle), mais la plupart sont des XIXe et XXe siècles. Ils sont constitués de dessins informes, traits, croix, noms de personne, avec des dates. Beaucoup évoquent des noms de soldats de la Première Guerre Mondiale, de passage en cantonnement.

Dans le cimetière se trouve la tombe d’un des acteurs principaux de l’affaire Dreyfus : le colonel Hubert HENRY (1846-1898). Affecté au ministère de la Guerre à la section des statistiques (dénomination officielle du contre-espionnage militaire), son travail consiste à surveiller l’activité des autorités allemandes, notamment en utilisant des agents doubles ou salariés, parmi lesquels une femme de ménage employée à l’ambassade d’Allemagne. C’est elle qui lui confia, fin septembre 1894, le fameux bordereau qui déclencha l’affaire Dreyfus. Adressé à l’attaché militaire allemand par un inconnu, et rédigé en français, ce document contenait des informations relevant du secret défense. Une fois en possession du bordereau, Henry le remit immédiatement à ses supérieurs. On ignore s’il avait alors reconnu ou non l’écriture de son ami Esterhazy. En octobre, une enquête interne attribua la rédaction du bordereau à Alfred Dreyfus, qui fut arrêté quelques jours plus tard. Par la suite, Henry fabriqua de nombreux faux documents pour appuyer la culpabilité de Dreyfus, pour se faire bien voir de ses supérieurs ou pour couvrir l’armée. C’est en 1898 seulement qu’il passa aux aveux : il fut arrêté et emprisonné au fort du Mont Valérien, où il fut retrouvé le lendemain mort dans sa cellule, la gorge ouverte de deux coups de rasoir. Il devint un héros-martyr pour les antidreyfusards, qui forgèrent, sans l’ombre d’une preuve ou même d’un élément de départ, la théorie du « faux patriotique » : Henry aurait créé son faux pour conforter l’évidence de la culpabilité de Dreyfus parce qu’il ne pouvait révéler une preuve encore plus décisive mais qui était… annotée en marge de la propre écriture de l’empereur d’Allemagne, Guillaume II. La produire aurait provoqué la guerre et c’est pour l’éviter qu’Henry aurait produit ses faux…

On ne quittera pas le cimetière sans avoir découvert cette épitaphe savoureuse.


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vendredi 14 février 2014

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