SAINT-MARTIN-DE-RÉ (17) : église Saint-Martin et cimetière

lundi 26 octobre 2020
par  Philippe Landru

L’église paroissiale Saint-Martin de Saint-Martin-de-Ré dresse encore ses ruines gothiques au cœur de la ville. Les Huguenots s’emparèrent de l’île en 1586 et firent un sort à l’édifice dont il ne resta que la partie fortifiée et quelques pans de murs. L’église fut reconstruite, mais subit le bombardement de la flotte anglo-hollandaise en 1696, lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Elle fut finalement reconstruite plus modestement aux XVIIe siècle et XVIIIe siècle, en réutilisant ce qui subsistait de l’édifice gothique.

Elle possède un assez riche patrimoine, en particulier dans le domaine du funéraire.


On y trouve un monument à la mémoire des 1023 prêtres réfractaires déportés sous le Directoire et le Consulat de 1798 à 1801. 61 d’entre eux, enfermés à la citadelle de Saint-Martin, y sont morts, ensevelis furtivement quelque part au pied des remparts. Le monument en angle présente 3 tableaux et 4 statues de Raymond Delamarre (4 Béatitudes) au dessus de la liste des 61 victimes non retrouvées.

Furent inhumés dans l’église :

- Charles HOÜEL du PETIT-PRÉ (1616-1682) : nommé par la Compagnie des îles d’Amérique pour administrer la Guadeloupe (ce qu’il fit de 1643 à 1648), il leur racheta, la compagnie étant en faillite. Louis XIV lui accorda le titre de marquis de Guadeloupe. Il développa la culture de la canne à sucre, donnant asile à des experts juifs hollandais chassés du Brésil, organisa l’importation d’esclaves africains, qui commencèrent à arriver vers 1650. Il fonda Basse-Terre en 1649 et fit construire le fort Delgrès. Créée par Colbert en août 1664, la Compagnie des Indes Occidentales eut pour monopole l’exploitation des îles à sucre et pour mission première le rachat de l’île de la Guadeloupe à Houël pour y rétablir l’autorité royale.

- Celse-Bénigne de RABUTIN, baron de CHANTAL (1596-1627) : fils de Sainte Jeanne de Chantal, fondatrice de l’ Ordre de la Visitation et le père de la fameuse épistolière Mme de Sévigné. Condamné à mort par contumace pour fait de duel, il s’enfuit et se réfugia sur l’île de Ré auprès de son ami Jean de Saint-Bonnet de Toiras. Il mourut dans le combat contre la flotte anglaise du duc de Buckingham qui tentait de débarquer sur l’île. Il fut inhumé en la nef de l’église dont l’un des piliers est revêtu de son épitaphe, son cœur étant cependant rapporté dans la sépulture familiale du couvent des filles de la Visitation Sainte-Marie à Paris.

- Paul et Rolin de SAINT-BONNET de TOIRAS, tous deux frères du gouverneur de l’île, qui périrent en 1627, tout comme le précédent, dans le combat contre la flotte anglaise du duc de Buckingham. Leur plaque épitaphe fut posée lors de la ré-inhumation des frères de Toiras en 1862.

- Henri de SUAREZ d’AULAN (1704-1775), général qui prit part aux campagnes en Italie de 1733 à 1736, en Bavière de 1742 à 1745, en Bohême de 1744 à 1745 et en Flandre en 1746. Il commanda un régiment de grenadiers royaux à la bataille de Lauffeld en juillet 1747 et au Siège de Maastricht en 1748. Il fut nommé gouverneur commandant pour le roi de la ville et de l’Île de Ré en 1760, et fut promu au grade de maréchal des camps et armées du roi l’année suivante.

- Louis de VALLON (1639-1704) : lieutenant général des armées du Roi, il fut gouverneur de l’île.

A noter que si Ernest Cognacq, natif de la ville, repose au cimetière de Passy à Paris, une plaque rappelle son souvenir dans l’église.


Dans le cimetière (non traité de manière exhaustive) repose Yves BOUTHILLIER (1901-1977). Haut fonctionnaire, secrétaire général du ministère des Finances de 1938 à 1940, il devint ministre des Finances et du Commerce le 5 juin 1940 dans le cabinet Paul Reynaud. Fervent partisan de la signature de l’armistice, il lâcha le président du Conseil dès le 16 juin : le maréchal le choisit en remerciement comme ministre de l’Économie nationale et des Finances dans son gouvernement. Il fut donc ministre de Pétain du 16 juin 1940 au 18 avril 1942. Partisan de la collaboration avec l’Allemagne dans le but de réduire les contraintes de l’armistice, il fut comme membre du gouvernement au nombre des signataires des lois sur le statut des Juifs. Le retour de Laval, avec lequel il ne s’entendait pas, comme chef du gouvernement de Vichy, le 18 avril 1942, entraina le départ de Bouthillier de son poste ministériel. A la Libération, la Haute Cour le condamne à trois ans de prison. Par la suite, il fut maire de Saint-Martin-de-Ré, sa ville natale, de 1958 à 1972 !


Merci à Nicolas Badin pour les photos de l’église.
Merci à Herbert pour la tombe Bouthillier.


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vendredi 14 février 2014

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