Les Capétiens directs

lundi 11 février 2008
par  Philippe Landru

Les Robertiens furent pour les Capétiens ce que les Pippinides avaient été pour les Carolingiens : les ancêtres directs d’Hugues Capet, issu de Robert le Fort, duc de Neustrie, parvinrent à se hisser à la tête de l’Etat dans un contexte de déliquescence carolingienne. Le contexte n’était pourtant pas des plus favorables : le Xe siècle voit l’invasion par la France des Normands et des Hongrois, et c’est dans leur lutte contre les premiers que les Robertiens vont se faire un nom auréolé de gloire. Le contexte est également à l’émergence de la féodalité, parfois précaire, où l’autorité du roi a du mal à se faire entendre. En quatre générations pourtant, les Robertiens parviennent à installer durablement leur dynastie sur le trône.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’Hugues Capet ne fut pas le premier de sa famille à devenir roi : il y fut précédé par plusieurs membres de sa famille qui surent profiter de l’impuissance de Charles III. Ce qui est enfin remarquable dans cette dynastie naissante, et qui ne s’était jamais vu depuis Clovis, c’est le tropisme occidental de la famille : de souche neustrienne, elle rompt avec la prédominance de l’est chez les Mérovingiens et les Carolingiens. Le fait est important pour notre propos, car dans le petit territoire que contrôle Hugues Capet à ses débuts, Saint-Denis est un joyau mettant à disposition du roi son prestige, ses lettrés nécessaires à son administration, et son autorité religieuse : pas étonnant que ce soit à partir d’Hugues, et pas avant, que la basilique s’impose définitivement comme nécropole royale.

Pour les remarques générales, on consultera l’introduction.

Pour les liens généalogiques, on pourra se référer à cette page.

- Eudes (ca860-898) : comte de Paris, il s’illustre dans la défense de la ville contre les Normands en 886. Devenu duc des Francs, il est choisit par les Grands du royaume pour devenir le nouveau roi (de 888 à sa mort) : il est le premier roi élu depuis Clovis, mais n’omet pas de se faire couronner, à Compiègne puis à Reims. Le prestige des Carolingiens étant encore grand, ce n’est pas son fils mais Charles III qui lui succède. Eudes est inhumé à Saint-Denis, choix politique qui place les Robertiens dans une continuité légitime face aux Carolingiens.

- Robert Ier (ca865-923) : frère du précédent, il devient roi après la déchéance de Charles III en 922. Son règne est court (il meurt en 923 en combattant Charles III à Soissons). On ignore où il fut inhumé.

- Raoul Ier (+936) : Robertien par son mariage (avec Emma, fille de Robert Ier), ce duc de Bourgogne accède au trône mais peine à se faire reconnaître. Il meurt sans postérité. Il est inhumé dans l’église de l’abbaye de Sainte-Colombe de Sens (89) auprès de son père. On peut lire dans l’histoire manuscrite de la ville de Sens par Tavau, transcrite par Maulmirey, un échevin de cette ville en 1752 : « En l’an 937, le 2 des ides de Janvier, qui est le 12 dudit mois, Raoul de Bourgogne, roi de France, mourut en la ville Auxerre, de la maladie phtiriasique, c’est à dire de poux et de vermines sortant hors du corps, et fut enterré à l’Abbaye Sainte-Colombe-lès-Sens, devant le grand autel, qu’il avait enrichie et augmentée de grands biens et és laquelle Richard son père avait aussi esté inhumé ». Son tombeau se composait de la statue fruste et mutilée de Raoul soutenue par quatre colonnes en pierre. Au bas était gravé en caractères gothiques : Radulphus, Rex. Il fut saccagé par les Huguenots durant les guerres de religion, puis relevé après leur départ et rétabli dans le chœur. En 1721, à l’occasion de travaux dans l’église, on découvrit au dessous du monument un gros mur et un caveau en forme de berceau, construit en ciment très dur. Des fouilles furent pratiquées, mais on n’y trouva qu’un peu de poussière. C’étaient les cendres du roi Raoul. En 1792 enfin, les derniers débris du monument échappés à la rage des Huguenots disparurent à jamais.

- Hugues le Grand (ca897-956) : fils du roi de France Robert Ier, il ne porta lui-même jamais ce titre, préférant l’exercice réel du pouvoir au port illusoire de la couronne, mais il prépara le terrain pour son propre fils, Hugues Capet. Face aux Grands, il se fit au contraire le médiateur des derniers carolingiens, rétablissant Louis IV après la mort de Raoul Ier, puis Lothaire. Duc de France, il fut inhumé en la basilique St Denis : la situation était mûre pour la prise de pouvoir définitive de sa dynastie

- Hugues Capet (ca941-996) : roi élu puis sacré (987-996), il associa au trône dès son avènement son fils Robert, appelé à lui succéder. Cette tradition d’associer le fils aîné au sacre fut maintenue par les Capetiens jusqu’en 1179. Inhumé en la basilique Saint-Denis, tout comme son épouse Adélaïde de Poitiers (ou d’Aquitaine).

- Robert II le Pieux (ca972-1031) : roi de 996 à 1031. Il fut inhumé à Melun (77), puis transféré en la basilique Saint-Denis. Il eut un fils aîné, Hugues, associé au trône en 1017, qui aurait dû régner mais qui mourut en 1025 et fut inhumé en l’église Saint-Corneille de Compiègne (60). Sa première épouse, Rozala (ou Suzanne) d’Ivraie fut répudiée et inhumée auprès de son premier époux, Arnould II de Flandre, au monastère de Blandigny (Belgique). Sa troisième épouse, Constance d’Arles, fut inhumée en la basilique Saint-Denis.

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Gisant de Robert II - St Denis.
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Gisant de Constance de Castille - St Denis.

- Henri Ier (ca1008-1060) : roi de 1031 à 1060. Inhumé en la basilique Saint-Denis. Sa seconde épouse, Anne de Kiev, fut inhumée dans l’abbaye de Villiers près de La Ferté-Alais (91) : On possède une description de cette tombe datant de 1682 : « C’eft une tombe plate dont les extrémitez sont rompuës. La figure de cette Reine y eft gravée, ayant fur fa tefte une couronne à la manière des Bonnets que l’on donne aux Electeurs : il y a un retour en demi cercle, où commence fon Epithaphe en ces termes Hic jacet Domina Agnes uxor quondam Henrici Regis, le refte est rompu, & fur l’autre retour on lit, Eorum per mifericordiam Dei requifcant in pace ». Le tombeau fut détruit avec l’abbaye en 1792.

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Gisant de Henri Ier - St Denis.

- Philippe Ier (ca1053-1108) : roi de 1060 à 1108, soit 48 ans, ce qui en fit le règne le plus long de la dynastie capétienne. Inhumé dans le chœur de l’église abbatiale de St-Benoît-sur-Loire. On possède plusieurs chroniques, dont celle d’Orderic Vital qui explique ce choix : « L’an de l’Incarnation du Seigneur 1108, Philippe, roi des Francs, tomba rapidement malade. Après de longues infirmités, voyant que sa mort était proche, il se confessa fidèlement, puis convoqua les grands de ses États, ainsi que ses amis, et leur adressa ce propos : »Je sais que la sépulture des rois de France est à Saint-Denis ; mais comme je sais que je suis un grand pécheur, je n’ose me faire inhumer auprès du corps d’un si grand martyr. Je chéris Saint Benoît ; j’implore humblement ce tendre père des moines et je désire être inhumé dans son église sur la Loire ». Cet éloignement ne lui épargna pas les profanations révolutionnaires : son tombeau fut détruit pendant la Révolution. Quelques rares débris subsistent (près du portail muré du bras nord) du monument d’origine. Un tombeau est toujours visible aujourd’hui dans le bras sud du transept de l’église de Saint-Benoît-sur-Loire, mais il ne date que de la seconde moitié du XIXe siècle. Sa seconde épouse, Bertrade de Montfort, fut inhumée au prieuré des Hautes-Bruyères près de Rambouillet (78).

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Gisant de Philippe Ier - St Benoit sur Loire. Source : www.loiret.com

- Louis VI le Gros (ca1080-1137) : roi de 1108 à 1137. Inhumé en la basilique Saint-Denis. Sa seconde épouse, Adélaïde (Alix) de Savoie, fut inhumée en l’abbaye Saint-Pierre de Montmartre qu’elle avait fondée. On peut encore y voir sa dalle funéraire.

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Gisant de Louis VI - St Denis.
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Epitaphe de Louis VI - Saint-Denis, maintenant musée de Cluny. La plaque indique : Rex Francorum Philipi Regis Fili.
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Dalle funéraire d’Adélaïde de Savoie - St Pierre de Montmartre.

- Louis VII le Jeune (1120-1180) : roi de 1137 à 1180. Inhumé dans l’abbaye de Barbeau (77). Le roi, sous l’influence de sa femme qui venait de lui donner un fils, Philippe Auguste, combla de bien cette abbaye qu’il choisit pour sa dernière demeure. Il y fut inhumé en 1180 et la reine lui fit faire une tombe d’or et d’argent ornée de pierres précieuses. La statue, agenouillée, sur le tombeau, le représentait en habits et manteau de cour, couronné, et tenant à la main le sceptre surmonté d’une pomme de pin. Dans son linceul, il avait une croix en or au cou et des anneaux aux doigts. Charles IX fit ouvrir ce tombeau en 1580. Le corps était assez bien conservé. Le Roi s’empara des bijoux. A la Révolution, le curé de Chartrettes sauva les restes du Roi qu’il fit, en 1813, solennellement replacer dans leur cercueil et leur sépulcre. Une inscription placée dans l’église de Chartrettes commémore la date de cet événement. En 1817, Louis XVIII fit transférer les restes de Louis VII à St- Denis, dans la partie centrale de la crypte, ce qui explique qu’il repose désormais sous une dalle de facture très moderne. Il fut marié trois fois : sa première épouse, Aliénor d’Aquitaine, fut répudiée et épousa en seconde noce le roi d’Angleterre Henri II : elle repose avec lui sous un gisant polychrome de l’abbaye de Fontevrault (49). Sa seconde épouse, Constance de Castille, fut inhumée en la basilique Saint-Denis : elle reçut un gisant de la part de Saint-Louis. Sa troisième épouse, Adèle de Champagne, le fut dans le chœur de l’abbaye de Pontigny, près d’Auxerre (89).

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Dalle funéraire de Louis VII - St Denis.
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Gisant d’Alienor d’Aquitaine - abbaye de Fontevrault.
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Gisant de Constance de Castille - St Denis.

- Philippe II Auguste (1165-1223) : roi de 1180 à 1223. Inhumé en la basilique Saint-Denis. Il est le premier à avoir eu des funérailles royales extrêmement codifiées et symboliques, qui resteront la norme jusqu’au XVIe siècle. Le tombeau en argent doré édifié pour lui par son petit-fils Saint-Louis fut détruit, non à la Révolution comme on le lit souvent, mais dès le XVe siècle, l’église abbatiale étant ravagée lors de la guerre de Cent ans. Sa première épouse, Isabelle de Hainaut, mourut en couche et fut inhumée en grande pompe au milieu du chœur de Notre-Dame de Paris. Sa dalle funéraire fut recouverte au début du XVIIIe siècle lors du renouvellement des pavés, mais elle échappa de ce fait aux profanations révolutionnaires. On retrouva son cercueil en pierre lorsque l’on creusa en 1858 une nouvelle crypte pour les archevêques de Paris : il y fut donc transféré en 1863. Sa seconde épouse, Ingeburge de Danemark, fut inhumée dans le prieuré qu’elle avait fondé à Saint-Jean-en-l’Ile, à Corbeil (91) : elle avait fait le vœu d’être inhumée à Saint-Denis, mais Saint-Louis ne procéda pas à son transfert, considérant que n’ayant pas été sacrée, elle n’était pas reine au regard de Dieu. Une tombe plate de bronze fut placée dans le choeur de la chapelle à l’emplacement de la sépulture de la reine. En 1736, elle fut déplacée sur un socle sous enfeu, et à l’emplacement d’origine fut déposée une plaque noire pour rappeler cette translation (indiquant l’épitaphe suivante : Hic jacet Isburgis, reum generosa propago. Regia, quod regis fuit uxor, signat imago Flore nitens morumvixit, patre rege Danorum Inclyta Francorum regis adepia torum Nobilis hujus erat, quot in ortis sanguine claro Invenies raro mens pia, casta caro Annus millenus aderat deciesque vicenus Ter duo terque decem, cum subit ipsa necem). Cette plaque fut retrouvée en 1835 et remise dans le mur sud du choeur. Lors de la révolution la plaque de bronze fut envoyée à la fonte. Son tombeau fut ouvert en présence d’Alexandre Lenoir : on y trouva une quenouille et une couronne en cuivre doré. L’ensemble fut transporté à Paris où l’on perdit sa trace. La troisième épouse du roi, Agnès de Méranie, fut ensevelie dans la collégiale de Poissy (78), avant que son corps ne soit transféré à l’Abbaye de Saint Corentin, à Septeuil (78). La dalle funéraire disparut lors de la destruction de l’abbaye.

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Dalle funéraire d’Ingeburge de Danemark. Source : Stephane.thomas

La division des corps

L’habitude de séparer le corps du cœur et des entrailles s’imposa progressivement dans le rituel des funérailles royales. Les raisons en sont multiples. En tout premier lieu, ce sont des raisons pragmatiques. Le territoire royal s’agrandissant, il était de plus en plus fréquent que les souverains décédassent loin de Saint-Denis. Le problème de la conservation des corps jusqu’à leur transfert se posa donc avec acuité. Après le décès, on prit donc l’habitude de retirer les viscères et le cœur. On recouvrait ensuite le corps de sel, d’aromates et de vin (jouant le rôle d’antiseptique). Corps, cœur et viscères furent donc l’occasion de plusieurs tombeaux. Traditionnellement, le tombeau le plus honorifique, celui des os, était celui de Saint-Denis. Les cœurs firent l’objet de carditaphes, tandis que l’on créa également des « tombeaux à entrailles » : tous pouvaient donner lieu à des gisants (voir introduction sur les gisants).

Symboliquement ensuite, la division des corps donnant lieu à une multiplication des tombeaux, elle permit d’affirmer la dignité royale à un certain nombre d’abbayes, de monastères et de cloîtres. Certains d’entre eux devinrent même des nécropoles bis, comme l’abbaye de Royaumont à partir de Blanche de Castille, le couvent des cordeliers ou l’abbaye du Val de Grâce à Paris. Politiquement enfin, l’assurance de posséder des reliques royales créa pour ces établissements un lien de type clientéliste, ce rapport n’étant néanmoins pas unilatéral mais réciproque. Enfin, on ne peut pas ne pas penser aux pratiques anciennes d’embaumement, comme celles pratiquées dans l’Egypte pharaonique, qui ne sont pas sans rappeler quelques vieux rituels païens (il en est de même du repas déposé au pied du défunt : voir la partie sur les funérailles royales dans l’article consacré aux Valois). Alors même que la monarchie se renforce, que la personne royale tend à une plus grande sacralisation (dans sa marche vers l’absolutisme) - caractère renforcé par la canonisation de Saint-Louis, qui fait donc des rois les descendants d’un saint - , il devint vite évident que cette multiplication des tombeaux royaux était une aubaine !


- Louis VIII le Lion (1187-1226) : roi de 1223 à 1226. Inhumé en l’abbaye de Saint-Denis, mais son cœur et ses entrailles furent déposés dans l’église de Montpensier, puis dans l’abbaye Saint-André-les-Clermont (63). Son épouse Blanche de Castille fut inhumée dans l’abbaye cistercienne de Maubuisson (95). Saint-Louis fit édifier pour son père un magnifique mausolée en argent doré qui trônait, avec celui de Philippe Auguste, au centre de la basilique : ils furent tout deux détruits au XVe siècle lors de la guerre de Cent ans.

- Louis IX (Saint-Louis) (1214-1270) : roi de 1226 à 1270. Vers 1263, Saint-Louis voulut renforcer le caractère de nécropole royale de la basilique : il commanda une série de seize gisants (tous ceux que l’on a présentés précédemment et qui subsistent à Saint-Denis, plus ceux de Philippe Auguste et de Louis VIII qui disparurent au XVe siècle. Contrairement à la tradition bien ancrée, Louis IX ne mourut pas de la peste mais de la dysenterie devant Tunis. Le problème se posa donc du rapatriement de son corps. Pour son embaumement, on procéda à une séparation des chairs et des os en faisant bouillir le corps. Ses os furent ramenés par son fils Philippe III jusqu’à Saint-Denis, tandis que ses chairs furent inhumées dans la cathédrale de Monréale, près de Palerme en Sicile, où elles sont toujours présentes [1].

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Tombeau des chairs de Louis IX en la cathédrale de Monreale (Sicile), le dernier tombeau du roi encore visible.

Son cœur resta dans l’armée, à Tunis, et on ignore ce qu’il devint ensuite. Son magnifique tombeau d’or et d’argent, le « plus beau tombeau du monde » selon le chroniqueur Guillaume de Nangis, disparut également au XVe siècle. Il faut néanmoins ajouter qu’à partir du règne de son petit-fils Philippe le Bel, qui fit canoniser son grand-père, le corps de Saint-Louis fut dispersé et nombreux furent les édifices qui reçurent des reliques du Saint :

o Philippe IV céda une côte à la cathédrale Notre-Dame de Paris, et sa tête, placé dans un reliquaire, fut donnée à la Sainte-Chapelle en 1306 (il fut fondu à l’époque révolutionnaire et le crâne fut sans doute détruit).

o le roi de Norvège Haakon Magnuson reçut des phalanges pour l’église de l’île de Tysoën prés de Bergen

o les abbayes de Royaumont et de Poissy obtinrent des reliques

o la reine Blanche de Suède obtint des fragments d’os en 1335 pour le monastère Saint-Brigitte de Vadstena prés de Stockolm

o l’empereur Charles IV une relique en 1378 pour la cathédrale de Prague

o Charles VI offrit en 1392 au pape Boniface IX une côte ; il donne une relique des mains au duc Jean de Berry et au duc de Bourgogne Philippe II le Hardi.

o en 1430, le duc Louis VII de Bavière une relique pour l’église d’Ingolstadt prés de Munich

o en 1617, Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, obtint une côte et fit attribuer une côte et un os du bras aux jésuites de Paris et de Rome

o en 1926, l’archevêque de Paris fit don d’un morceau de côte à l’église Saint-Louis de Montreal, au Canada.

Son épouse, Marguerite de Provence, fut également inhumée en la basilique Saint-Denis.

- Philippe III le Hardi (1245-1285) : roi de 1270 à 1285. Mort à Perpignan, les chairs du roi furent inhumées en l’église Saint-Just de Narbonne, ses entrailles à l’abbaye de La Noë en Normandie, son cœur au couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques de Paris et ses os en la Basilique Saint-Denis. Le tombeau des chairs fut exposé dans le chœur de l’église Saint-Just jusqu’en 1792, date de sa destruction : il en reste quelques fragments, un pleurant et deux lions en albâtre. Le gisant visible à Saint-Denis, tombeau des ossements, est une statue de marbre blanc réalisée par Jean d’Arras qui représente réellement les traits du roi, volonté artistique apparue avec le gisant de sa première épouse, Isabelle d’Aragon, morte avant lui, également inhumée à Saint-Denis sous un gisant en marbre blanc sur une dalle noire. Son épitaphe dit ceci : « D’Isabelle l’âme est Paradis / Dont le corps gît sous ceste image / Femme au roi Philippe, fils / Au bon roi Louis mort en Carthage / Le jour de Sainte Agnès seconde / L’an mil deux cent dix et soixante / A Cusance fut morte au monde / Vie sans fin Dieu l’y consente ». Le tombeau d’Isabelle d’Aragon marque donc la rupture majeure dans les représentations des tombeaux royaux. Celle-ci était morte en Calabre d’une chute de cheval alors qu’elle était enceinte et qu’elle revenait de croisade : on inhuma son cœur dans la cathédrale de Cosenza, en Italie, sous un tombeau en forme de fenêtre gothique trilobée représentant la Madonne à l’enfant, le roi Philippe III et son épouse. L’ensemble est surmonté d’un trèfle à quatre feuilles. Philippe III épousa en seconde noce Marie de Brabant qui fut inhumée au couvent des Cordeliers de Paris tandis que son cœur fut placé au couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques en cette même ville. Son tombeau des Cordeliers disparut lors de l’incendie qui ravagea l’église en 1580.

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Gisant de Philippe III - St Denis.
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Gisant d’Isabelle d’Aragon - St Denis.
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Tombeau d’entrailles d’Isabelle d’Aragon - cathédrale de Cosenza. Source : Stephane.thomas

- Philippe IV le Bel (1268-1314) : roi de 1285 à 1314. Avec lui commence évidemment la fameuse « malédiction des templiers ». Il fut inhumé en la basilique Saint-Denis, près du tombeau de son père. Rien n’était prévu pour lui, et il fallut attendre 13 ans pour que Charles IV son fils lui fasse édifier son gisant. Son cœur fut transféré en l’église dominicaine de Saint-Louis à Poissy, au côté de son fils Robert, décédé à l’âge de 10 ans en 1308. Le réceptacle argenté du coeur de Philippe le Bel a été retrouvé le 28 Juillet 1687 lors de travaux de restauration de l’église. Son unique épouse, Jeanne de Navarre mourut jeune en 1305 : elle fut inhumée au couvent des Cordeliers de Paris tandis que son cœur avait été déposé dans l’église d’Avon (77).

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Gisant de Philippe IV - St Denis.

A propos de la Navarre...

L’expression « de France et de Navarre » est célèbre : encore faut-il en connaître le sens. La Navarre était un petit royaume chrétien issu de la Reconquista espagnole, érigée sur le comté de Pampelune, qui se trouvait de part et d’autre des Pyrénées. Contrairement à la France, elle n’empêchait pas les femmes de monter sur le trône. Cernée par de puissants voisins (la France, l’Aragon et la Castille), la Navarre survécut en louvoyant entre ces grandes puissances. En épousant Jeanne de Navarre, reine en titre, Philippe le Bel fit entrer plus précisément le royaume dans la mouvance française. Lui-même n’en fut roi que parce qu’il était l’époux de la reine ! En revanche, son fils pouvait de droit porter ce titre (puisque fils de la reine défunte), à la condition de se faire couronner à Pampelune, la capitale. Louis X fut donc bien roi de Navarre. A sa mort, le titre passa à ses frères (la légitimité de sa fille Jeanne était discutée). Jeanne (II) récupéra ses droits sur la couronne de Navarre en 1328, après la disparition des Capétiens directs. La France et la Navarre cessèrent alors d’avoir le même monarque. En 1512, la Castille s’empara de la Haute Navarre (Navarre Espagnole) et le roi de Castille prit également le titre de roi de Navarre : de facto, le royaume était divisé en deux. Tandis que les destinées de la Navarre espagnole étaient assujetties définitivement à la Castille, la Basse Navarre « française » maintint une dynastie autonome, celle des descendants de Jeanne II. Au XVIe siècle, la dernière reine de Navarre « autonome », Jeanne d’Albret, passa à sa mort ses droits à son fils Henri III de Navarre. Ce dernier étant également devenu roi de France (Henri IV), les destinées du petit royaume béarnais et celles de la France furent à nouveaux liées : tous les Bourbons portèrent donc le titre de « roi de France et de Navarre ». Le titre fut abandonné par Louis-Philippe qui n’était que « roi des Français ». Néanmoins, continuité dynastique oblige, il existe toujours des détenteurs, très théoriques, de ce titre.


- Louis X le Hutin (1289-1316) : roi de Navarre de 1305 à 1316 et de France de 1314 à 1316. Inhumé en la basilique Saint-Denis. Il fut marié en première noce à Marguerite de Bourgogne. Emprisonnée pour adultère, celle-ci mourut dans d’étranges circonstances dans sa prison de Château-Gaillard. Elle fut inhumée très discrètement dans l’église des cordeliers de Vernon (27) dont il ne reste absolument plus rien. La mort providentielle de Marguerite permit à Louis d’épouser Clémence de Hongrie, dont il ne profita guère puisqu’il mourut peu de temps après. Après sa mort, celle-ci prit le voile et entra au couvent de Sainte-Marie de Nazareth, près d’Aix-en-Provence, où elle mourut. Son corps fut ramené à Paris où elle fut inhumée dans le couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques. En 1816, Louis XVIII rapatria ses restes et son gisant pour le placer dans la basilique Saint-Denis. Son cœur, quant à lui, demeura dans le couvent de Nazareth d’Aix-en-Provence (13).

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Gisant de Louis X - St Denis.
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Gisant de Clémence de Hongrie - St Denis.

- Jean Ier le Posthume (1316-1316) : fils posthume de Louis X et de Clémence de Hongrie, il ne vécut que quelques jours. Il est vrai que sa mort arrangeait beaucoup de monde ! Ce fut, à coup sûr, le plus court règne de l’histoire. Jean Ier n’en fut pas moins inhumé à la basilique Saint-Denis où l’on peut voir son petit gisant.

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Gisant de Jean Ier et de sa soeur, Jeanne II de Navarre - St Denis.

- Philippe V le Long (ca1293-1322) : roi de France et de Navarre de 1316 à 1322. Inhumé en la basilique Saint-Denis, son cœur fut placé au couvent des cordeliers de Paris et ses entrailles au couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques. Son épouse, Jeanne de Bourgogne-Artois, avait été mêlée aux désordres adultérins de sa sœur Blanche et de sa belle-sœur Marguerite, mais n’avait pas elle-même commis d’adultère : aussi reprit-elle sa place auprès du roi après avoir passé quelques temps au donjon de Dourdan. Elle ne donna pas d’enfants mâles survivants à Philippe V. Elle fut inhumée dans le couvent des cordeliers de Paris tandis que ses entrailles furent placées dans l’abbaye de Lonchamp.

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Gisant de Philippe V - St Denis.

- Charles IV le Bel (1294-1328) : roi de France et de Navarre de 1322 à 1328. Inhumé dans la basilique Saint-Denis, son cœur au couvent des Jacobins de la rue Saint-Jacques et ses entrailles à l’abbaye de Maubuisson. Sa première épouse, Blanche de Bourgogne-Artois, fut condamnée à la prison pour adultère. Lorsque Charles devint roi, cela posa le problème de la descendance : il parvint à annuler son mariage, non pour adultère (qui n’était pas une cause de divorce !) mais parce que sa femme était la fille de sa marraine. Blanche fut inhumée dans l’abbaye de Maubuisson. Sa seconde épouse, Marie de Luxembourg, fut enterrée dans l’église Saint-Dominique de Montargis (45) tandis que la troisième, Jeanne d’Evreux, le fut en la basilique Saint-Denis, son cœur étant placé au couvent des cordeliers et ses entrailles en l’abbaye de Maubuisson. Aucune de ses épouses ne parvint à lui donner un héritier mâle, si bien qu’à sa mort, la lignée capétienne ininterrompue depuis Hugues Capet s’éteignit. Il fallut aller chercher pour successeur son cousin germain, le futur Philippe VI, qui donna naissance à la lignée des Valois. Jeanne, fille de Louis X, fut définitivement écartée du trône de France, mais récupéra ses droits sur la Navarre.

Voir également le gisant d’entrailles de Charles IV au Louvre

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Gisant de Charles IV et de Jeanne d’Evreux - St Denis.
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Gisant d’entrailles de Charles IV et de Jeanne d’Evreux - Louvre.

à suivre : les Valois


[1Un complément d’information donné par Stéphane Thomas : d’après le livre de Patrick Van Kerrebrouck « Les Capétiens », les entrailles du roi ne se trouveraient plus à Palerme mais auraient été emportées par le roi François II des Deux-Siciles en 1860 lors de son exil. Il les aurait légué au cardinal Lavigerie et aux Pères Blancs pour leur cathédrale de Carthage à Tunis. Lorsque la cathédrale fut désacralisée en 1964, elles auraient été remises à la basilique de Saint-Denis (ou encore à la Sainte-Chapelle selon Wikipédia) en 1975 par Alphonse de Bourbon duc d’Anjou et prétendant au trône de France de l’époque, après une grande cérémonie royaliste


Commentaires

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Les Capétiens directs
vendredi 10 mai 2013 à 17h40 - par  didoudestpaul

Une dalle signale la mort de Robert le fort dans l’Eglise de Brissarthe, petite commune au nord du Maine et Loire où il serait mort. A l’occasion du millénaire des Capétiens, le tout jeune duc d’Anjou était présent avec son Père, à la célébration d’une messe qui a eu lieu en l’église. J’ignore s’il s’agit du lieu de sépulture, ma mémoire me fait défaut sur ce point.