ORADOUR-SUR-GLANE (87) : cimetière

Visité à de multiples reprises (photos : août 2021)
vendredi 20 mai 2022
par  Philippe Landru

J’avais 8 ans quand j’ai visité pour la première fois Oradour-sur-Glane : ce fut une visite marquante, et je me souviens y avoir éprouver une sensation qui se renouvela à chacune de mes visites, celle du « temps arrêté » ; sensation que l’on éprouve finalement très rarement dans la vie. Il pleuvait un peu ce jour là, et je me souviens avoir été marqué par l’odeur du bois brulé, si longtemps après. A cette époque, la Seconde Guerre mondiale me semblait relever d’un passé très lointain : en grandissant, j’ai pris conscience que le massacre d’Oradour s’était déroulé seulement 27 ans avant ma naissance ! J’y suis retourné régulièrement depuis, et je constate à chaque fois la dégradation progressive des ruines, malgré les efforts... Le temps fait son œuvre... La proximité temporel s’éloigne également : la société des années 70 n’était finalement pas si différente de ces années 40, ce qui n’est évidemment plus le cas aujourd’hui où ce village prend malgré-lui une touche d’anachronisme dans l’appréhension de nos quotidiens.

Oradour-sur-Glane : quel étrange nom à y réfléchir ! Oradour est la forme locale d’un oratoire, à savoir un lieu de recueillement (il existe plusieurs villages qui portent ce nom dans le département). Quant à la Glane, ce nom de rivière « traînant », il m’a toujours fait penser au glas... Un lieu de recueillement pour le deuil en somme !

Il ne s’agira pas ici de raconter le récit du massacre : on peut le trouver sur un grand nombre de sites, retranscrit parfois minutes par minutes.

Rappelons simplement les faits : le massacre d’Oradour-sur-Glane est la destruction, le 10 juin 1944, de ce village de la Haute-Vienne, situé à environ vingt kilomètres au nord-ouest de Limoges, et le massacre de sa population (642 victimes), par un détachement du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich de la Waffen-SS.

Nous nous consacrerons donc à la présentation du cimetière.

Le cimetière avant le massacre


On est presque choqué, à la visite du cimetière, de la présence d’éléments antérieurs à la tragédie, comme si Oradour ne pouvait être associé éternellement qu’au massacre. Jusqu’au 10 juin 1944, Oradour était à l’origine un bourg parmi d’autres. Comme de nombreux villages du département, il possède donc sa lanterne des Morts du XIIe siècle, haute de 6m50.

Comme dans le reste de la région, la tradition des plaques émaillées existe aussi dans le cimetière depuis le XIXe siècle.

Certaines « bribes » de l’histoire ancienne du village sont révélées par certaines d’entre-elles.

Le cimetière depuis le massacre

Situé juste derrière le champs de foire où on rassembla les habitants en juin 1944, le cimetière donne évidemment sur les ruines.

Aucune famille n’ayant été épargnée par le massacre, juin 1944 est partout présent sur les tombes anciennes. Au delà de l’effroi que suscite ce drame, on se prend à établir, de tombes en tombes, une intimité avec les victimes, tout simplement parce que le cimetière interpelle l’humanité la plus profonde en chacun de nous. La présence de très nombreux enfants, posant tout sourire avec leurs plus beaux habits, est évidemment troublante.

Le passé et le présent se mêlent sur les tombes : vieilles plaques du XIXe siècle, plaques de 1944 où apparaissent des familles entièrement décimées, et puis présence de descendants survivants plus contemporains...

Ca-et-là parmi les tombes, on retrouve la présence de quelques « personnalités » (bien malgré-elles) du village : c’est le cas de Marguerite Rouffanche (1897-1988), qui fut la seule rescapée de l’église d’Oradour-Sur-Glane, où périrent 246 femmes et 207 enfants. Elle est parvenue à sauter par une fenêtre, a reçu 5 balles dans les cuisses et les jambes. Elle s’est ensuite cachée dans un jardin et n’a été secourue que 24 heures plus tard. C’est grâce à elle qu’on sait exactement ce qui s’est produit dans l’église. Son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de sept mois firent partie des victimes.
Jean Brouillaud (1906-1966) fut maire d’Oradour de 1953 à 1959 : il fut le fondateur de l’Association Nationale des familles des martyrs d’Oradour-sur-Glane.
Robert Hébras, le dernier survivant du massacre encore en vie, reposera dans ce cimetière parmi les siens.

Une vaste esplanade recouvrant l’ossuaire rend hommage aux victimes. La date fatidique du 10 juin 1944 est gravée au centre, entourée de deux sarcophages transparents où ont été placés cendres et ossements. Une grande lanterne des Morts contemporaine domine l’ensemble.

Sur le mur du fond figure la liste des victimes. Tout autour de l’esplanade, des centaines de plaques-hommages d’associations d’anciens combattants, de déportés, de particuliers...

La liste des victimes fut fixée par plusieurs jugements du tribunal civil de Rochechouart, dont le dernier, prononcé en janvier 1947, arrêta le nombre des victimes à 642 décès, mais seuls cinquante-deux corps purent être identifiés et faire l’objet d’un acte de décès individuel. Parmi les morts, on dénombre 393 personnes domiciliées ou réfugiées à Oradour, 167 habitants des villages et hameaux de la commune, 93 résidents de Limoges, 25 personnes résidant dans la Haute-Vienne et 18 dans d’autres départements.

Des communautés particulières, réfugiées et massacrées à Oradour, racontent l’histoire des années 30-40 :
- des familles de réfugiés espagnols de la guerre civile,
- des habitants du village mosellan de Charly, qui avaient été déplacés dans le Sud-Ouest avant la guerre à cause de l’imminence du conflit et qui n’avaient pas été autorisés à retourner en Lorraine, placée en zone interdite. La commune de Charly fut renommée Charly-Oradour le 12 août 1950. Le mémorial érigé à Charly-Oradour liste quarante-quatre victimes de quatorze familles de Charly et Montoy-Flanville, qu’on retrouve sur le mémorial d’Oradour-sur-Glane,
- des réfugiés alsaciens,
- des réfugiés juifs.

Tous s’étaient crus en sécurité dans ce village en dehors des radars.

Entre les ruines et le cimetière, le Memorial, crypte dans laquelle furent déposées les objets de la vie quotidienne que l’on retira des décombres : papiers d’identité, outils, montres, jouets d’enfants, instruments de musique...


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samedi 29 octobre

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vendredi 14 février 2014

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