SINÉ (Maurice Sinet : 1928-2016)

Montmartre - 30ème division
dimanche 4 septembre 2016
par  Philippe Landru

Ce dessinateur satirique commença à publier ses dessins très politiques, antimilitaristes et anticolonialistes, au début des années cinquante, dans France Dimanche, puis L’Express. En 1981, il rejoignit l’équipe (Choron, Cavanna...) de Charlie Hebdo, alors tout près de la faillite, et intervint dans le Droit de réponse de Michel Polac. Il revint dans le Charlie Hebdo relancé par Philippe Val en 1992, mais entra en conflit avec lui : en 2008, il fut remercié et fonda Siné Hebdo.

Siné fut le refus obstiné de se plier aux convenances. En bon anar, il fut le pourfendeur des clergés, de l’obscurantisme religieux, des réacs et des fachos de tous poils, du fric et des violences de l’Etat. Il fut un épicurien, grand amateur de Billie Holiday, de chats et de morgon.

Dans son dernier texte publié la veille de sa mort sur son site, Siné écrivait : « Depuis quelque temps, vous avez dû remarquer que je ne nageais pas dans une joie de vivre dionysiaque ni dans un optimisme à tous crins, ce qui est pourtant mon penchant habituel.
Je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier.
Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau !
C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses proches ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux !
 »

La mort, il est vrai, il y pensait souvent. Son leitmotiv : Mourir ? plutôt crever ! C’est assez naturellement cela qui lui sert d’épitaphe.

Siné fut enterré au cimetière Montmartre, où il avait déjà fait faire sa tombe : en bronze, elle est surmontée d’une sculpture de cactus, qui évoque une main en train de faire un doigt d’honneur, oeuvre réalisée par Patrick Chappet ! Particularité : il s’agit d’une tombe collective, où il aimait l’idée de reposer auprès de ses amis. Nul ne connaît la liste exhaustive de ceux qui termineront là (on sait que ce sera le cas néanmoins des réalisateurs grolandais Benoît Delépine et Gustave Kervern).

Repose également dans ce caveau Annik Sinet, sa première épouse, décédée le même jour que lui !

Peu de temps après leurs obsèques, un autre trublion de la tombe l’a rejoint : le critique de jazz André CLERGEAT (1928-2016). Acteur de la jazzosphère depuis la fin des années 40, il restera comme un ardent défenseur du jazz sous toutes ses formes. Il fut à l’origine de la création de l’Académie du Jazz avec quelques professionnels et amateurs éclairés. Homme de radio, producteur d’émissions à la radio publique, il fut également un homme de plume prolixe : auteur de nombreux ouvrages dont La Sineclopedie du jazz avec Siné, il dirigeait avec le rédacteur en chef historique de Jazz Magazine et Jean-Louis Comolli le dictionnaire du jazz, sorti en 1988 et dont la dernière édition date de 2011( Bouquins/Robert Laffont). Rédacteur de chef de Jazz Hot de 1953 à 1957, il a joué un rôle déterminant dans l’édition phonographique dans les années 50 en tant que directeur artistique de Vogue où il contribua à promouvoir le jazz.


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