PESMES (70) : cimetière

lundi 5 décembre 2016
par  Philippe Landru

Cimetière non traité de manière exhaustive

Le cimetière de Pesmes abrite plusieurs tombeaux intéressants.Signalons tout d’abord le gisant de belle facture de la jeune Marie, morte à 18 ans en 1878.

- Xavier GUICHARD (1870-1947) : ancien directeur de la Police Judiciaire de la préfecture de police à Paris, il mit au service de la recherche archéologique ses talents d’observateur et le sens pratique du terrain. Par ses méthodes, il inspira le supérieur de Maigret dans l’œuvre de Georges Simenon. C’est lui qui arrêta Jules Bonnot.

- Le Compagnon de la Libération André QUIROT (1914-1985), qui fut affecté en 1940 dans l’artillerie naissante des FFL qu’il fut chargé de mettre sur pied. Il servit en Afrique, au Moyen-Orient, puis débarqua en Italie. Il fit encore les campagnes des Vosges et d’Alsace.

On notera également la présence du tombeau en fonte de la directrice des forges de Pesmes, Catherine Dornier (+1844).

Un des tombeaux du cimetière abrité une personnalité peu connue, mais à la vie néanmoins fascinante : la dernière reine de Mohéli !


La dernière reine de Mohéli


Mohéli est la plus petite des « Iles de la lune », qui constituent l’archipel des Comores, dans le Canal du Mozambique, entre l’Afrique et Madagascar. Ile volcanique de 290 km2, sa population actuelle est de 35.000 habitants.

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Archipel des Comores
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Djoumbé Fatima, reine de Mohéli, mère d’Ursule Salima.

Ursule Salima Machamba bint Saidi Hamadi Makadara (son état-civil complet : 1874-1964) était de la dynastie merina par sa mère, Djoumbé Fatima, reine de Mohéli. Le père de Djoumbé Fatima était le Prince merne Ramanetaka, sultan de Mohéli, converti à l’islam sous le nom d’Abd-er-Rhaman. Il était le cousin de la reine de Madagascar, Ranavalona Ière et le fils du Roi de Madagascar, Radame Ier. Son père, époux morganatique de la reine Djoumé Fatima, était le comte Emile Fleuriot de Langle de Curri, fils de l’Amiral de la flotte française. Djoumbé Fatima, reine de Mohéli, mourut en 1878, à l’âge de 42 ans. Sa fille Ursule Salima, alors âgée de 4 ans, ne régna pas à proprement parler. La régence fut assurée par son demi-frère, Abderrahman Ben Saïd, proclamé Sultan de Mohéli. En 1885, au cours d’une émeute, Ben Saïd fut assassiné par Mohammed Ben Cheik Moukdar, qui lui succéda comme Sultan. Moukdar accepta la présence de la France sur l’île et en 1886 Mohéli devint protectorat français.

Ursule Salima fut officiellement Reine de Mohéli, de 1888 à 1909. Mais le 1er novembre 1889 (la princesse, âgée de 15 ans, résidait alors à Mayotte), le gouverneur de Mayotte, représentant du protectorat français aux Comores, adressa une lettre au gouverneur de La Réunion, dans laquelle il lui annonçait l’arrivée prochaine de la princesse :

« Sur l’avis du Conseil de santé, j’ai décidé que la jeune princesse Ursule Salima Machamba, Reine de Mohéli, dont les Etats sont placés sous le protectorat Français et dont la santé pourrait être compromise par un plus long séjour à Mayotte, serait placée au Pensionnat de l’Immaculée Conception à St-Denis pour y rétablir sa santé et y compléter son instruction. Cette jeune souveraine prendra passage aujourd’hui, accompagnée de Mme Frumence, à bord de l’Amazone, à destination de La Réunion. Je vous serai obligé, Monsieur le Gouverneur, de vouloir bien prêter, au besoin, à cette jeune Reine, l’appui de votre haute protection.  »

La jeune reine fut donc prise en charge par l’institution de l’Immaculée Conception à Saint-Denis. De religion musulmane à l’origine, Ursule Salima fut ainsi convertie au catholicisme et, au fil des années, perdit peu à peu l’usage de sa langue maternelle.

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Ursule Salima Machamba à l’époque de son mariage.

En 1900, au cours d’une promenade dans Saint-Denis, Ursule Salima fit la connaissance d’un gendarme français, âgé de 33 ans, originaire du village de Pesmes en Franche-Comté. Elle avait 26 ans. Ce fut le coup de foudre : elle tomba éperdument amoureuse du gendarme, qui s’appelait Camille Paule. Quand Ursule Salima fit part au Gouverneur de son intention d’épouser le gendarme, ce fut une affaire d’Etat : le gouvernement français y vit surtout l’opportunité d’éloigner la jeune reine de son trône et de son île natale, en lui faisant valoir que la reine de Mohéli ne saurait épouser un gendarme français. Il lui fallait choisir entre son royaume et ses sentiments personnels. Ursule Salima n’hésita pas longtemps : elle choisit d’épouser Camille Paule.

Camille Paule dut démissionner mais reçut en compensation la médaille militaire ainsi que le grade de maréchal-des-logis-chef. Le 31 août 1901, l’Etat français octroya à la reine une pension annuelle de 3.000 francs-or « pour vivre dignement et selon son rang ». La reine voulut faire valoir ses droits sur les revenus de sa propriété de 3875 hectares à Fomboni, dans l’île de Mohéli, qui lui avaient été reconnus par le traité de 1865 (alors qu’elle était encore mineure), mais en vain. Le couple s’embarqua pour la France sur le paquebot Yang-Tsé des Messageries Maritimes. C’est ainsi qu’en 1902 la reine de Mohéli alla s’installer avec son mari dans une ferme du village de Cléry, en Bourgogne, à côté de

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Le gendarme Camille Paule et sa fille Louise-Henriette, qui repose également dans une autre tombe de ce cimetière avec son époux.

Dijon, pour se reconvertir dans la culture, le jardinage, l’élevage des chevaux et des volailles. De là lui vint le surnom familier de « reine en sabots ». Elle eut trois enfants.

Le gendarme Paule fut élu maire de Cléry et, à 47 ans, quoique dégagé de ses obligations militaires, reprit du service lorsqu’éclata la Première Guerre Mondiale. Pour sa part, Ursule Salima Machamba ne cessa tout au long de sa vie de multiplier les démarches pour qu’on lui laisse la possibilité de retourner à Mohéli, mais elle n’obtint jamais satisfaction. Le gendarme Camille Paule décéda en 1946, à l’âge de 79 ans. Veuve à 72 ans, Ursule Salima dut vendre la ferme de Cléry pour aller s’installer chez sa fille dans le village voisin de Pesmes.

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La rencontre historique entre la Reine de Mohéli et le Général de Gaulle qui aurait promis... puis oublié.

C’est là qu’elle rencontra en 1962 (elle avait 88 ans) le Général de Gaulle, Président de la République, qui effectuait un déplacement dans la région. Elle lui remit une requête pour que l’Etat français veuille bien augmenter sa pension, et qu’on lui laisse la possibilité de revoir son île natale avant de mourir. Le Général aurait promis… et oublié. Salima mourut, deux ans plus tard, sans avoir revu son île natale. Elle fut inhumé dans ce cimetière aux côtés de son époux dont elle avait fait transférer la dépouille.


Source

Merci à Jules R. pour les photos.


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vendredi 14 février 2014

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