CARCASSONNE (11) : cimetière Saint-Michel

Visité en août 2012
lundi 17 septembre 2012
par  Philippe Landru

Pour toute la ville basse, pendant le moyen âge,le cimetière des pestiférés se trouvait hors les murs sans que l’on puisse préciser son emplacement. Il se développa sur une partie de terrain appartenant au chapitre, le long de la carrière Saint-Michel (aujourd’hui Rue Voltaire).

En 1653, les consuls décidèrent d’acquérir une partie de terrain appelé « le Tenda » et appartenant à la corporation des maîtres pareurs qui avaient l’habitude d’y faire sécher leurs pièces de drap. Déjà, sur cet espace aéré, on avait enterré les victimes des pestes de 1628 et 1652. Il est probable que le lieu servait alors de sépulture pour les pestiférés depuis le XVIe siècle. Une stèle de pierre, placée sur le mur est de l’actuel cimetière et datée de 1623, atteste de l’ancienneté du site. L’agrandissement eut lieu
en 1777 avec un nouvel achat à la même corporation, pour respecter
l’Édit royal interdisant les sépultures dans les lieux de culte et les
villes. Le « nouveau » cimetière fut inauguré en 1778. Il fut agrandit en 1870.


Curiosités


-  Comme tous les cimetières de Carcassonne, Saint-Michel possède sa chapelle : elle fut bâtie en l’honneur de saint Roch, à la suite d’un vœu pour la fin de l’épidémie pesteuse. Bénie en 1784, elle réserve la sépulture aux prêtres, curés et chanoines de la cathédrale et à des personnalités bienfaitrices de l’Église. Les fabriciens de l’année 1803,
serviteurs de l’église Saint-Michel, ont fait apposer une plaque de
pierre rappelant à la mémoire et à l’humilité ceux qui viennent se
recueillir sur les tombes des ancêtres.

- La plus ancienne tombe relevée dans les inscriptions est celle de la jeune Bernardine Marie Caroline Ternois, décédée le 21 mai 1809 à l’âge de 13 ans.

- L’étonnante épitaphe de Didier Lucet : « Il dort d’un sommeil éternel. Il pardonna à ses ennemis qui broyèrent son coeur, empoisonnèrent son existence et brisèrent son avenir ».

- La non moins étonnante épitaphe du soldat du Génie Simon Cazaban « lâchement assassiné à Paris le 11 novembre 1906 et jeté dans la Seine, repêché le 30 mars 1907, âgé de 22 ans ».

- Contre le mur, la stèle de Barthélemy Lapasset, décédé le 20 septembre 1870 à 47 ans, « fossoyeur pendant 16 ans de la Ville de Carcassonne ».

- La tombe Magne-Guilhem possède un beau bas-relief de Jean Guilhem représentant un atelier de tailleur de pierres. Il n’est pas sans rappeler le bas-relief des menuisiers au cimetière Saint-Vincent de la ville. Sur les origines compagnonniques de ce tombeau, on lira cet article.

- La présence d’une figure carcassonnaise populaire : Joseph Justo, dit « Tchim boum boum », né en 1881 d’une famille d’origine espagnole, devenu porteur de bagages. Après 60 ans, il se réfugia à l’hospice, mais l’été
il venait coucher dans une cabane de planches. Le 20 août 1944, sortant de la cabane, il fut mitraillé par les Allemands. Enseveli dans une tombe provisoire que la municipalité des années 1970 transforma en concession perpétuelle.

- Le bas-relief du caveau Amigues Darpas signé Jean Guilhem : une femme éplorée sur un tombeau tient un chapelet.

- La tombe de Charles Robert (+1874), proviseur du lycée de Carcassonne, est ornée d’un médaillon par Fournial. On y trouve également ses habits magistraux sculptés dans la base du tombeau.

- Une représentation du jeune soldat en pied, dans sa tenue de chasseur alpin, sculptée dans un bloc de grès, orne la tombe de Gustave Sudre, tombé en 1915.

- Le buste sur la tombe de François Expert a été, comme l’indique son socle, « fait par lui-même ».

- La tombe des médecins Frejacques de Bar se signale par ses belles pattes de lion.


Célébrités : les incontournables...


Aucune


... mais aussi


- Sophie d’ARSENIEFF (+1840), demoiselle d’honneur de la tsarine Alexandra de Russie, qui mourut à 35 ans alors qu’elle était de passage à Carcassonne.

- Eugène BIROTTEAU (1813-1890) : avocat dévoué à la cause impériale, maire de Carcassonne à partir de 1867, député de l’Aude élu en 1869, la proclamation de la République mit fin à tous ses mandats.

- L’architecte Jean-François CHAMPAGNE (1763-1847), qui réalisa plusieurs ouvrages à Carcassonne. Dans le même tombeau repose son fils, Sargines CHAMPAGNE (1797-1875), également architecte, qui fit édifier le Palais de Justice. C’est lui qui est représenté par un médaillon, ouvrage sculpté par Isidore Nelli sur la stèle. C’est encore ici que repose le peintre Hippolyte CHAMPAGNE (1804-1883).

- Le général Jean-Hyacinthe CHARTRAND (1779-1816), engagé en 1793 dans l’infanterie, il reçut de Napoléon le commandement du département de l’Aude et se distingua à Waterloo. Au retour des Bourbon, il rejoignit Paris et fut traduit devant un conseil de guerre. Il fut fusillé. Il s’agit ici de son tombeau de famille, car lui-même fut inhumé au cimetière de Lille-sud.

- Le rugbyman Albert DOMEC (1901-1948), surnommé Bambou, qui compta en 1929 une sélection en équipe de France au poste de trois-quarts. Avec les Carcassonnais dont il était le capitaine, il parvint en finale du Championnat de France de rugby en 1925.

- Le philosophe Claude-Louis ESTEVE (1890-1933).

- Le brasseur allemand Jean-Frédéric FRITZ-LAUER (1803-1883), installé à Carcassonne en 1831, qui reprit en 1848 la brasserie Verguet et créa la bière à laquelle il donna son nom. Cette bière subsista jusqu’en 1966.

- Le peintre Jacques GAMELIN (1738-1803), qui trouva son style dans les scènes de batailles. En 1780, il prit la direction de l’Académie de Montpellier. Commissaire révolutionnaire, il se chargea d’un inventaire des tableaux et mobilier d’art à préserver. Peintre d’histoire, il fut professeur à l’École Centrale de l’Aude. Sa tombe a été restaurée à plusieurs reprises.

- Le général François Henri LA PERRINE D’HAUTPOUL (1860-1920) qui servit en Afrique et recruta et organisa les Compagnies méharistes sahariennes. C’est lui qui fit découvrir le Sahara à son ami Charles de Foucauld lors d’une « tournée d’apprivoisement ».Ayant appris à piloter un avion, il partit justement à la recherche de la tombe de son ami assassiné en 1916. Victime d’une panne, à court de carburant, il dut se poser dans le Tanezrouft, en plein désert et, après plusieurs jours sans nourriture, mourut d’épuisement. Son corps fut ramené à Tamanrasset, puis ici. Plusieurs villes de France, dont Paris, ont donné son nom à l’une de leurs rues.

- Le compositeur Paul LACOMBE (1837-1927) : encouragé par Georges Bizet, il composa des partitions de qualité, puis voyagea à Paris, Rome et Naples et entra en relation avec les plus grands maîtres de la musique française. Bien que ses morceaux symphoniques aient été interprétés aux concerts Pasdeloup, Colonne comme à l’étranger, bien qu’il fût élu en 1901 à l’Académie des beaux-arts et promu Chevalier de la Légion d’honneur, le refus de Paul Lacombe de « monter à la capitale » lui fit perdre une part importante de notoriété.

- Théophile MARCOU (1813-1893) : républicain intransigeant, ami de Barbès, cet avocat fut maire de Carcassonne à deux reprises entre 1870 et 1879. Député de l’Aude de 1876 à 1885, il fut sénateur du département de 1885 à sa mort.

- Achille MIR (1822-1901) : instituteur, cet ami de Mistral et de Daudet fut félibre, puis Majoral en 1876. Il a laissé une oeuvre littéraire en langue d’Oc importante qui lui valut de nombreuses récompenses. Parmi celles-ci, La lutrin de Ladèr (1877) et le fameux Sermon del curat de Cucunhan (1884) dont Alphonse Daudet avait écrit une version en français et Roumanille une version en provençal. Son caveau fut réalisé par Jean Guilhem et le médaillon de bronze sculpté par Pierre Azaïs.

- Henry MOUTON (Henri Mouton : 1873-1962) : haut fonctionnaire de justice puis de police (il fut attaché au cabinet du préfet de police Louis Lépine (1912-1913), directeur de la police judiciaire de la préfecture de police à la création de cette direction en 1913, directeur de cabinet de Pierre Laval, ministre de la Justice en 1926...), il fut le fondateur, en 1933, de la Loterie nationale !

- Le peintre Jacques OURTAL (1868-1962), spécialiste de grandes compositions décoratives à thème historique ou religieux. Il peignit beaucoup les paysages de l’Aude également.

- Emile ROUMENS (1825-1901) : peintre de portraits et de paysages, il fut conservateur du musée de Carcassonne. Avec lui repose son fils, Christian Napoléon Roumens, commandant dans les tirailleurs algériens, qui participa aux campagnes du Maroc et fut tué au combat en 1911.

- Le général Maurice SARRAIL (1853-1929) : républicain dévoué, très engagé au sein des réseaux franc-maçonniques, il fut commandant de la garde militaire de la Chambre des députés. Commandant en chef des armées alliées d’Orient en janvier 1916, il lança l’offensive de Monastir en novembre 1916, qui permit de reprendre pied sur le sol de l’allié serbe. Il joua un rôle déterminant en déposant le roi Constantin Ier de Grèce en 1917. Il devint haut-commissaire de la République française en Syrie et commandant en chef de l’Armée du Levant en 1924, mais il fut rappelé à cause de sa manière violente à redresser la situation lors de la révolte des Druzes. Il fut inhumé au Invalides, à Paris, mais son identité est indiquée sur le tombeau de famille.

- Jules SAUZÈDE (1844-1913) : maire de Carcassonne à partir de 1896, ce radical socialiste fut député de l’Aude de 1902 à sa mort. Passionné de vélo, d’escrime, d’équitation, il fonda une vingtaine de sociétés de gymnastique. Il amorça également l’essor du développement touristique de la ville.

- L’instituteur Pierre SIRE (1890-1945), qui finit sa carrière d’enseignant au petit lycée de Carcassonne, et son épouse Maria (1895-1960), directrice de l’école de la Cité. Ils cosignent plusieurs romans et appartinrent très tôt au monde carcassonnais de l’écriture animé de 1920 à 1950 par Joë Bousquet, René Nelli et Ferdinand Alquié. Ainsi les retrouve-t-on parmi les fondateurs des revues « Folklore » et « Cahiers du Sud ».

- L’héraldiste Henri SIVADE (1865-1945).

- Léopold VERGUET (1817-1914) : séminariste à Carcassonne, il partit en Mélanésie comme missionnaire lors d’une expédition risquée. Revenu dans l’Aude, il s’illustra comme artiste peintre, dessinateur, photographe, historien local, numismate. Il se proclama « évêque de la Trivalle », le quartier de Carcassonne qu’il habitait.


La commune de Carcassonne peut être saluée : elle a fait connaître le patrimoine funéraire de ses différents cimetières grâce à une brochure assez complète (dans laquelle on trouve les plans des nécropoles et la localisation des principales célébrités), que l’on peut consulter sur le net.


Commentaires

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CARCASSONNE (11) : cimetière Saint-Michel
mardi 5 août 2014 à 15h05 - par  Willy

Bonjour,

Merci pour cette page pleine d’utiles renseignements.

Je cherche des informations sur la tombe de Jules Doinel, archiviste de Carcassonne de 1896 à sa mort le 16 mars 1902. Il fut inhumé dans ce cimetière, mais j’aimerais savoir si sa tombe est encore visible.

Merci.

Willy F.

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CARCASSONNE (11) : cimetière Saint-Michel
mercredi 26 septembre 2012 à 00h35 - par  Didier Brunet

Encore moi pour un complément d’information concernant la dénomination d’une avenue du général Laperrine à Paris, depuis 1935. En effet c’est bien le même, mais le patronime est orthographié autrement ( en un seul mot) et le complément « d’Hautpoul » n’est nullement mentionné. D’où mon message précédent pour éviter toute confusion.

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CARCASSONNE (11) : cimetière Saint-Michel
mercredi 26 septembre 2012 à 00h25 - par  Didier Brunet

Bonsoir Philippe.
Une rectifiaction quant à la rue d’Hautpoul située dans le 19ème arrondissement de Paris (où j’ai habité de 1967 à 1998). Elle perpétue depuis 1865, la mémoire du général Jean, Joseph, Ange, comte d’Hautpoul, né à Cahuzac sur Vère (Tarn) en 1854, mort à Eylau en 1809 et non le glorieux général évoqué. Si la chapelle familiale se trouve au Père-Lachaise, dans la grande allée, un peu après et du même côté que Gilbert Bécaud, l’urne qui renferme son coeur est dans la crypte des Invalides.
Il y a une anecdote à son sujet avec un de ses officiers. Le général demanda pourquoi on le nommait Martial Thomas et non pas Thomas le Martial et celui-ci répondit « Pour la simple raison qu’on vous nomme d’Hautpoul et non poule d’eau ». Et tac !
Les Etains du Prince ont immortalisés d’Hautpoul dans la série consacrée aux généraux d’Empire.
Dans un autre registre, il ne reste plus que 24 Compagnons de la Libération, le décès de Louis MAGNAT, survenu à Barcelone le 29 août n’a été su qu’hier et ...par hasard...
Bien fidèlement.
Didier Brunet

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mercredi 26 septembre 2012 à 01h39 - par  Philippe Landru

@Didier Brunet : effectivement, ce Hautpoul est honoré à Paris par la rue du général... Laperrine ! Au passage, petite correction : Jean d’hautpoul, °1754, et meurt à Eylau en 1807. Les Hautpoul sont disseminés partout me posent régulièrement des problèmes (;-)). Je n’ai ainsi toujours pas trouvé le lieu d’inhumation de celui qui fut chef du Gouvernement Alphonse Henri (1789-1865). Merci pour l’indication de la mort de Louis Magnat, ajouté dans la nécro.

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vendredi 14 février 2014

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