DANTON Georges-Jacques (1759-1794)

Cimetière des Errancis de Paris (disparu)
samedi 27 janvier 2024
par  Philippe Landru

Figure majeure de la Révolution française, au prodigieux talent oratoire et au tempérament impétueux, avide de jouissances, il incarne encore aujourd’hui une allégorie de la Révolution qui fait face à celle de Robespierre, à qui tout l’oppose : le style, le tempérament et le type de talent. Il incarna également la « Patrie en danger » dans les heures tragiques de l’invasion d’août 1792, quand il s’efforça de fédérer contre l’ennemi toutes les énergies de la nation et d’user de tous les expédients, le fameux De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. Il n’hésita pas, par pragmatisme, à entamer des négociations secrètes avec les monarques coalisés pour négocier une paix rapide.

À l’instar de Robespierre, une légende s’est vite constituée autour de sa personne. Une polémique idéologique et politique entre historiens robespierristes et dantonistes s’est déchaînée et a culminé sous la IIIe République. Pour les premiers, Danton est un politicien sans scrupules, vénal, capable de trahir la Révolution ; pour les seconds, il est un ardent démocrate, un patriote indéfectible, un homme d’État généreux.

Il ne s’agira pas ici de montrer sa tombe (il n’en a pas : après sa décapitation, son cadavre fut mené à l’ancien cimetière des Errancis et nul ne sait ce qu’il en advint après [1]), mais de présenter les tombes de certains de ses familiers.

- Antoinette Gabrielle CHARPENTIER (c1762-1793) :fut la première épouse de Danton. Ils eurent ensemble quatre enfants mais elle mourut à la naissance du dernier, qui ne survécut pas [2]. Elle décéda alors que Danton était en mission en Belgique. De retour à Paris, Danton trouva un artiste du faubourg Saint-Marceau, le sculpteur Claude André Deseine, sourd et muet, qu’il entraîna avec lui, en échange d’une liasse d’assignats, au cimetière de Sainte-Catherine où avait été inhumée sa femme. En pleine nuit, avec l’aide du gardien du cimetière, Danton fit déterrer son épouse, ouvrit le cercueil, la couvra de baisers en l’implorant de lui pardonner ses nombreuses frasques extra-conjugales et pratiqua un moulage du visage de la morte. Le buste posthume d’Antoinette Gabrielle Danton, exposé l’année même de sa mort au prix d’un scandale rapidement étouffé, est aujourd’hui conservé à Vizille au musée de la Révolution française.

L’inconsolable ne l’était pas tant que cela puisqu’il se remaria quatre mois plus tard en seconde noce avec Louise Sébastienne GELY (1776-1856), qui s’occupa des enfants de Danton. Certains lui reprochèrent d’avoir détourné Danton de la politique, et d’avoir ainsi causé indirectement sa perte. Elle épousa en seconde noce
Claude-François-Étienne DUPIN (1767-1828) avec lequel elle eut une descendance. Pressenti pour le ministère de la Police par le Directoire, il fut le premier préfet des Deux-Sèvres et conseiller maître à la cour des comptes. Il fut fait baron de l’Empire en 1809. Tous deux reposent dans la 2ème division du cimetière Montparnasse à Paris.

Né à Arcis-sur-Aube (10) où il possédait une maison, désormais disparue mais dont une stèle commémore le souvenir, c’est au cimetière qu’on ira chercher la descendance du célèbre montagnard car ses deux fils survivants, ramenés à leur famille paternelle par Sébastienne Gely. Y reposent Antoine (1790-1858) et François-Georges DANTON (1792-1848). Ils vécurent ensemble célibataires et ne signalèrent d’aucune manière dans la vie publique. Bien que non marié, Antoine eut avec sa domestique Sophie Rivière (+1848) un enfant qu’il reconnut, Sophie-Octavie (1828-1897), qui épousa Louis Menuel qui devint par la suite maire d’Arcis. C’est de cette fille née illégitime que descend l’unique descendance de Danton, qui s’installa au Chili. Les deux frères et Sophie-Octavie reposent ensemble dans le cimetière d’Arcis.


Merci à Eric Chaverou pour les photos d’Arcis-sur-Aube.


[1Sans doute aux Catacombes lors du transfert des ossements de ce cimetière.

[2Le premier était également mort à 11 mois à Arcis-sur-Aube.


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