LEFÈVRE-UTILE Famille

Cimetière Miséricorde de Nantes (44)
samedi 28 mars 2020
par  Philippe Landru

C’est en 1846 que Jean-Romain LEFÈVRE (1819-1883) s’installe à Nantes pour y reprendre une pâtisserie où il vend ses propres productions et des biscuits anglais. Les pratiques du jeune pâtissier, venues de l’est de la France et alors âgé de 27 ans, sont différentes. Il vend les biscuits directement sortis du four dans la cour. Les recettes proviennent de l’est et bousculent les habitudes des Nantais qui consomment des biscuits anglais ou des mers. La fabrication de biscuits de luxe fait sa renommée. Mais c’est surtout après son mariage avec Pauline-Isabelle UTILE (1830-1922) que la pâtisserie « Lefèvre Utile » commence à être grandement connue.

Son épouse ayant le sens du commerce, ils achètent une boutique qu’ils nomment « Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs ». La maison LU est née. Elle construit son succès sur la qualité de ses produits mais aussi sur la constance de sa production. Les produits vendus sont les biscuits de Reims, les boudoirs, les biscuits vanille, les biscuits champagne, les langues de chat, les macarons, les massepains et les petits-fours aux amandes. Ils sont disposés dans des coupes de cristal à pied et plusieurs présentoirs présentent les biscuits destinés à la décoration. Les biscuits sont saisis par la serveuse à l’aide de pinces, fait rare à l’époque. Lefèvre-Utile invente plusieurs types de boîtes habillées de scènes champêtres ou enfantines en couleurs. Les biscuits sont alors offerts lors des repas dominicaux ou pour de grandes occasions. Les biscuits LU deviennent des produits de choix.

A la mort de son père, Louis LEFÈVRE-UTILE (1858-1940) prend la tête de l’entreprise. C’est avec lui que la maison LU prend de l’ampleur et commence sa mécanisation. Il invente en 1886 un produit original inspiré des biscuits d’Angleterre où il a fait de nombreux voyages : le célèbre Petit-beurre. Ce biscuit carré aux bords découpés en festons est fabriqué à la chaîne dès sa sortie, et le produit est apprécié par les clients et par les critiques. La forme du biscuit et sa marque « Petit-beurre-LU-Nantes » sont déposées au tribunal de commerce de Nantes en 1888. Il est dit que lorsqu’il imaginina ce biscuit, son but aurait été de créer un gâteau qui puisse être mangé tous les jours. D’où son idée originale de représenter le « temps » : les 52 dents représentent les semaines de l’année, les quatre coins représentent les saisons, ce biscuit qui mesure 7 cm fait référence aux 7 jours de la semaine, les 24 petits points s’identifient aux 24 heures de la journée .

En 1887, Louis Lefebvre-Utile et son beau-frère, Ernest Lefièvre, s’associent pour créer la société LU. Cette société familiale passe alors de l’artisanat à l’entreprise moderne. Ernest Lefièvre s’occupe de la direction commerciale de la maison tandis que Louis Lefebvre-Utile s’occupe de la production. C’est aussi l’époque où l’entreprise abandonne la vente en vrac et commence le conditionnement de ses produits dans des boîtes en fer blanc. Ce type d’emballage a l’avantage d’assurer une plus longue conservation et offre un support idéal pour la réclame. Lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris, la maison LU reçoit l’unique grand prix décerné à la biscuiterie française, ce qui contribua à sa renommée nationale et internationale.

Créateur très imaginatif et novateur, Louis invente lui-même ses slogans publicitaires, dont en 1902 :

« Qui me croque, craque. Qui m’a croqué, recroquera »

Habile communiquant, il sollicite les grands noms du dessin pour faire la réclame de ses biscuits, tels Firmin Bouisset, Cappiello, Rabier, Mucha
Patron humaniste et d’avant-garde, Louis Lefèvre-Utile veut que son entreprise demeure familiale, même si elle emploie jusqu’à 2 000 salariés. Il considère que les employés restent le moteur de la production et aussi de l’innovation et du progrès.
Du côté de la protection sociale, c’est encore l’innovation car les salariés participent aux bénéfices de l’entreprise. Et pour la santé, chaque employé est couvert par une casse de secours tandis que les arrêts maladie sont rémunérés. Une caisse de retraite est projetée dès le début du XXe siècle.

Durant la Première Guerre mondiale, l’usine est réquisitionnée pour produire du « pain de guerre » pour l’armée française. Elle reprit rapidement son activité biscuitière mais au ralenti : les rendements étaient faibles à cause de la difficulté de réapprovisionnement en matières premières et le manque de main-d’œuvre. Cette situation difficile pour l’entreprise dura jusqu’à la fin des années 1920.

C’est en 1957 que Raymond Loewy créa le logotype de la société qui nous est si familier, et qui a évolué au fil des années et des rachats.

Les Lefèvre-Utile sont tous inhumés au cimetière Miséricorde, mais dans des tombeaux différents : les parents fondateurs dans une tombe dont on remarque la croix de Lorraine qui rappelle leurs origines ; le fils et sa descendance dans une chapelle.

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Tombeau de Jean-Romain Lefèvre et Pauline Utile
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Chapelle de Louis Lefèvre-Utile

Source : levainbio.com


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