Le cimetière Saint-Martin, cimetière des soldats sous l’Ancien Régime, agrandi après la Révolution française, devint le premier cimetière « moderne » de Perpignan.
Enclavé en plein centre-ville, il s’étend sur deux hectares. Il est la nécropole historique et patrimoniale de la ville.


Curiosités


– Particularité du cimetière, d’étonnants petits escaliers métalliques permettent l’entretien des caveaux alignés en hauteur.

– Dans ce cimetière repose le notaire Lucien Trenet (1882-1966), père du chanteur Charles Trenet. [carré F]

– C’est également ici que reposa, de 1941 à 1947, l’écrivain Maurice Leblanc.


Célébrités : les incontournables...


– famille BARDOU-JOB (carré A)
– DANI (carré G)


... mais aussi


– Bernard ARNAUD (1768-1839) : maire de Perpignan de 1809 à 1813, il fut député des Pyrénées-Orientales de 1815 à 1816.

– Le vice-amiral Edouard BARRERA (1836-1903), qui prit part à la guerre de Crimée, à la conquête de la

Cochinchine, et à la défense de Paris en 1870. Il devint préfet maritime de Brest en 1895. Son monument et son buste ont été réalisés par Raymond Sudre.[carré F]

– L’homme de lettres Albert BAUSIL (+1943) : bien que né dans le Tarn, il fut très attaché à sa province

d’adoption où il s’imposa comme un fervent défenseur des traditions et de la culture catalanes dans l’esprit félibrige. Il fonda ou cofonda des publications influentes de la région (Le Cri Catalan, Le Coq Catalan). Son journal attira des plumes illustres (Jean Cocteau, Max Jacob, Antoine de Saint-Exupéry) et il devint le mentor et complice de jeunesse de Charles Trenet, qu’il initia à l’impertinence artistique. Comédien et auteur dramatique, il monta de nombreuses revues jouées de Paris aux Pyrénées. Il publia des recueils de poésies et de proses remarqués. [carré C]

– François BOHER (1769-1825) : d’abord formé comme sculpteur, il s’est tourné vers la peinture de paysages et de sujets religieux. Il s’est inspiré de maîtres comme Claude Joseph Vernet. On lui doit notamment le retable du maître-autel de l’église paroissiale de Céret (1807) ainsi que des œuvres picturales conservées au musée des Beaux-Arts de Perpignan et au musée Magnin. Passionné par l’écriture bien qu’autodidacte, il composa plusieurs recueils de poésies, d’odes et de satires, ainsi que des essais sur l’art. Il joua un rôle culturel majeur dans sa région, notamment en tant que fondateur et premier professeur de l’école de dessin de Perpignan, ouverte pour former les artisans et ouvriers locaux.

– L’aspirant Léon BUFFET (+1966) est en 1916 au fort de Vaux, le dernier fort défendant Verdun, après la

chute de Douaumont. Les conditions y sont catastrophiques : frappés par les obus allemands chargés de gaz toxiques ils sont épuisés, affamés, sans eau. Il se porte volontaire auprès du commandant Raynal afin de rendre compte de cette situation désespérée auprès de l’Etat-Major. Dans la nuit du 4 au 5 juin 1916, il réussit à traverser toutes les lignes. Alors qu’on lui suggère d’aller ensuite se restaurer et se reposer, il refuse et se porte à nouveau volontaire pour refaire le périlleux chemin en sens inverse afin d’apporter un message à son supérieur hiérarchique et rejoindre ses camarades. Le 7 juin au matin, le sous-lieutenant Léon Buffet commandant ce qui reste de sa compagnie fait partie des 250 survivants à déposer les armes et à sortir du fort de Vaux entre deux rangées de soldats allemands faisant la haie d’honneur avant de partir en captivité. Celui qui est connu désormais comme « l’aspirant Buffet » reçoit pour cet exploit la médaille militaire et est fait chevalier de la Légion d’honneur pour sa bravoure. Après la guerre, il devint enseignant à Perpignan. Il déclina son élévation au grade d’officier, estimant que d’autres « hommes plus valeureux que lui » méritaient davantage d’être honorés. [carré B]

– Emmanuel BROUSSE (1866-1926) : typographe, il fut député des Pyrénées-Orientales de 1906 à 1924 et gravit les échelons jusqu’à devenir sous-secrétaire d’État aux Finances entre 1920 et 1921. Il est resté célèbre pour son intégrité. Un monument situé près de Mont-Louis lui rend hommage avec l’inscription notable : « Au Bienfaiteur de la Cerdagne - Au ministre mort pauvre ». [carré C]

– Albert CAZES (1924-2012), curé de Villefranche-de-Conflent de 1948 à 2006, il fut un historien nord-catalan spécialiste de l’histoire et de l’héraldique roussillonnaises.

– L’homme de lettres et ministre Arthur CONTE (1920-2013) : député des Pyrénées-Orientales de

1951 à 1962, puis de 1968 à 1973 (d’abord sous les couleurs de la SFIO, puis de la mouvance gaulliste UDR), il fut secrétaire d’État à l’Industrie et au Commerce en 1957. Il fut nommé président-directeur général de l’ORTF entre 1972 et 1973, poste qu’il a quitté à la suite de désaccords avec le gouvernement. Il fut également journaliste, collaborant à de nombreux organes de presse et magazines reconnus, parmi lesquels Le Figaro, France-Soir, Paris Match et Jours de France. Auteur de plus de 80 ouvrages, il s’est spécialisé dans l’histoire contemporaine et le roman terrien. Il était le père de l’académicienne Dominique Bona ainsi que du dirigeant de médias Pierre Conte. Il repose dans le caveau familial de son épouse (Lacassagne). [carré E]

– François DELCOS (1881-1972) : député radical des Pyrénées-Orientales de 1936 à 1942, puis

de 1945 à 1955, il fit un premier passage éclair au gouvernement, comme secrétaire d’État à la Présidence du Conseil, qui ne tint que quelques jours, en juillet 1950. Il fut à nouveau secrétaire d’État au commerce, entre 1951 et 1952. [carré D]

– L’officier supérieur Victor Charles DUCUP de SAINT-PAUL (1841-1909), gendre de Pierre Bardou-Job,

au buste réalisé par Raymond Sudre.

– Le général DUGOMMIER (Jacques François Coquille : 1738-1794) : né en Guadeloupe,

planteur esclavagiste, il s’illustra pendant les guerres de la Révolution française. Il est notamment célèbre pour avoir commandé le siège de Toulon en 1793, où il fut l’un des premiers à remarquer et à faire l’éloge des talents militaires du jeune capitaine d’artillerie Napoléon Bonaparte. Il est mort au combat en Espagne en 1794. Il fut d’abord inhumé au fort de Bellegarde, dans le bastion qui regarde l’Espagne, puis fut transféré ici en 1800. Il donna son nom à une station de métro parisien sur la ligne 6. Dans sa pyramide

repose également le général Luc DAGOBERT, dit "de FONTENILLE" (1736-1794), rallié à la Révolution française, qui après avoir participé à la guerre de Sept Ans, prit le commandement de troupes dans les Pyrénées face aux Espagnols. Ses incursions rapides, sa connaissance du terrain et son audace lui valurent d’être surnommé « Le démon » par ses adversaires espagnols. Il mourut sous le commandement de Dugommier, sept mois avant lui. Son nom est inscrit sur l’Arc de triomphe de Paris. Y repose enfin le très jeune Pierre BAYLE (1783-1794), , engagé volontaire comme tambour, qui fut tué à l’âge de 11 ans, faisant de lui le plus jeune militaire mort pour la France depuis l’instauration de la République. [carré H]

Stèle où ont reposé ses cendres, du 10 novembre 1794 au 2 août 1800 à Bellegarde - Le Perthus.

– Jacques FARRAN (1928-1999) : député UDF-PR des Pyrénées-Orientales de 1986 à 1993, il fut

condamné à deux reprises en 1995 et en 1999 pour détournement d’argent et abus de confiance et ingérence.

– Le Haut-fonctionnaire Fortuné LAPAINE (1816-1867), qui fut préfet de Constantine en Algérie de 1860 à 1864, puis préfet des Pyrénées-Orientales de janvier 1866 jusqu’à sa mort. Il resté connu pour ses échanges épistolaires avec George Sand.

– André MARTY (1886-1956) qui fut l’un des dirigeants historiques du Parti communiste français (au

comité central en 1925, puis au bureau politique en 1931) ainsi que de l’Internationale communiste (il fut secrétaire de l’Internationale communiste -Komintern- de 1935 à 1943). Figure centrale et radicale du mouvement ouvrier de l’entre-deux-guerres, il est resté célèbre pour son rôle dans la mutinerie de la mer Noire (il organisa et dirigea la révolte des équipages de la mer Noire en avril 1919 pour s’opposer à l’intervention militaire française contre la révolution bolchevique en Russie) et son implication controversée au sein des Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne (sa vision impitoyable de la discipline, marquée par une suspicion généralisée envers les volontaires et les oppositions politiques, lui valut le surnom redouté de « boucher » de la part de certains combattants. Il fut député de 1924 à 1955, avec quelques interruptions : secrétaire du PCF à la Libération, Marty entra en conflit avec la direction du parti au début des années 1950 (notamment Maurice Thorez et Charles Tillon). Victime de la « moscovisation » qu’il avait lui-même longtemps servie, il fut exclu du PCF en 1953. Il repose dans le caveau familial auprès de son père, Isidore MARTY (1849-1918), négociant en vins qui participa à la Commune de Narbonne en 1871 et professait des opinions libertaires. [carré A]

– L’architecte Férid MUCHIR (+1979) : fils d’un diplomate persan originaire de Constantinople et d’une

mère catalane, il étudia à l’École Nationale des Arts Décoratifs de Paris entre 1925 et 1931, où il se forma auprès de grandes figures et d’ateliers influencés par Hector Guimard, Auguste Perret ou encore Frantz Jourdain. A Perpignan, où il laissa de nombreuses œuvres, son style fut une synthèse unique entre le Mouvement moderne, l’Art déco (« style paquebot ») et le régionalisme catalan.

– Le poète français d’expression catalane OUN TAL (Albert Saisset : 1842-1894), qui choisit de signer ses

œuvres de ce pseudonyme (qui signifie « un tel » en catalan). Il est l’auteur de nombreux recueils de poésies et de récits en catalan reflétant la vie populaire et quotidienne du Roussillon à la fin du XIXe siècle, faisant de lui une référence importante de la littérature catalane. [carré A]

– Jean PAYRA (1882-1937) : maire de Perpignan de 1935 jusqu’à sa mort, il représenta son département au Parlement, d’abord comme député (1924–1935) puis en tant que sénateur (1935–1937). Militant socialiste d’importance dans le Roussillon, il était surnommé le « Jaurès catalan », car il était réputé pour son éloquence et sa proximité avec les classes populaires. Parallèlement à sa carrière politique, Jean Payra fut un joueur de rugby accompli et un dirigeant historique du rugby à XV aux niveaux départemental et régional.

– L’entomologiste Pétri PELLET (1825-1877), qui publia de nombreux articles scientifiques qui détaillèrent la faune entomologique de cette région, recensant plus de 600 espèces de coléoptères. On remarquera à ce sujet les sculptures de sa stèle.

– L’avocat Pierre RAMEIL (1878-1936), élu député des Pyrénées-Orientales en 1914 et réélu

jusqu’en 1928, qui fut un éphémère sous-secrétaire d’État à l’instruction publique et aux Beaux-Arts en 1926. [carré D]

Post-scriptum

Toutes les photos de cet article résultent du travail de recherche par Bernadette Bessodes, à partir de nombreux sites, en particulier Geneanet où elle a contacté certains auteurs des photos, à savoir Mireille Casabella, Jean-Pierre Louis, Philippe Rémy, Laetitia Rousseau et Cathy Sanchez.