historique

Ce cimetière, la plus ancienne et plus grande nécropole juive d’Alsace, fut accordé aux Juifs entre 1349, l’année qui vit la fin des grandes communautés urbaines juives, Strasbourg, Colmar, et leur dispersion dans les petites agglomérations qui voulaient bien les admettre, et l’année 1366 où la présence de ce cimetière est attestée pour la première fois dans une charte de l’empereur Charles IV roi des Romains.

A son origine, le cimetière se présentait sous l’aspect d’un terrain inculte, que nulle clôture ne protégeait. Aucune stèle en pierre ne marquait les tombes, car on les volait. L’emplacement était marqué d’une simple planchette de bois gravée au nom du défunt. Après les massacres de l’année 1349, la population juive d’Alsace se trouva réduite à moins de cent familles pour toute l’Alsace de sorte que le nombre annuel d’inhumations à Rosenwiller devait pouvoir se compter sur les doigts d’une main, et le bout de terre mis à la disposition des Juifs fut suffisant durant des siècles. Ainsi, entre 1656 et 1691 on enregistra 87 inhumations, soit moins de trois décès par an. La nécessité d’agrandir le cimetière ne s’imposa que vers le milieu du XVIIIème siècle.

En 1729 une première clôture en planches avait été dressée. Aaron Mayer, préposé général de la Nation juive en Alsace et administrateur du cimetière, profita d’un agrandissement pour remplacer la clôture de bois par un mur de pierre, avec une porte fermant à clé. A l’abri de ce mur on commença à ériger les premières stèles en pierre. Cette nouveauté provoqua la colère des habitants non-juifs.

Le cimetière connut des destructions en 1793 : les stèles anciennes de notables furent détruites, et les habitants de Rosenwiller se servirent du cimetière comme d’une carrière de pierres. Le cimetière se remit très mal de ses blessures. La plupart des stèles importantes avait été brisée, et les grandes familles juives d’Alsace, celles sur lesquelles on pouvait compter lorsqu’il s’agissait de payer, étaient ruinées par la Révolution. Quelques rares familles firent refaire les stèles de leurs proches. Durant la première partie du XIXème siècle l’administration eut les plus grandes difficultés à assurer l’entretien du cimetière. Les inhumations se firent de plus en plus rares et Rosenwiller devint d’année en année davantage un cimetière historique dont l’entretien était à la charge du Consistoire. En 1979 un arrêté ministériel inscrivit la partie ancienne du cimetière à l’Inventaire des Sites.

le site

Si le cimetière offre l’aspect d’un cimetière abandonné, envahi par une végétation exubérante, ceci résulte de la volonté manifestée par les administrateurs de Statuts adoptés en 1868. Nous lisons dans l’article 12 de ces statuts : "Il est strictement interdit d’introduire, pour les faire paître, des animaux à l’intérieur du cimetière, de tondre l’herbe, d’endommager ou d’abattre les arbres, les haies, etc…".

Ces statuts ne furent plus respectés plus tard par les administrateurs qui tentèrent, heureusement sans résultat, sauf sur la partie moderne, un désherbage systématique. On a vite constaté que la destruction des racines entraînait la chute des stèles qui étaient maintenues en place par ces racines. D’autre part, la végétation absorbe d’énormes quantités d’eau de pluie, qui, sans elle, ravinerait le sol et contribuerait à la chute des stèles. Si l’on devait se décider à désherber radicalement, il faudrait prévoir un service d’entretien permanent extrêmement coûteux, chargé de redresser les stèles tombées et de réparer les stèles brisées. Une solution moyenne consisterait à désherber manuellement, tout au moins les chemins. La végétation garantit une relative conservation des stèles contre les atteintes naturelles et contre les vandales. Elle fait le charme de ce cimetière.

La stèle la plus ancienne du cimetière encore en place date de 1657. C’est celle de Aaron, fils de Samuel, assassiné à Dachstein en 1657.

Le cimetière possède encore un monument dédié aux victimes de la Shoah de la communauté alsacienne, ainsi qu’une maison des morts.

Dans ce cimetière sont inhumés, entre autres, l’ensemble des rabbins des possessions de l’Évêché de Strasbourg siégeant à Mutzig, représentant une vingtaine de communautés juives des alentours.

Parmi les personnalités notables du cimetière, on y peut y voir aussi la tombe de Cerf BERR (1726-1793).

Marchand de chevaux, il devint fournisseur aux armées pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763) et entra en contact avec le duc de Choiseul, secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Dépositaire de sommes importantes appartenant à l’État, il obtint sur l’insistance de Choiseul et malgré l’opposition des magistrats, de pouvoir résider à Strasbourg dans une maison mieux protégée qu’à Bischheim, à une époque où les Juifs devaient quitter la ville au crépuscule. En 1765, il devint « syndic général » des Juifs d’Alsace, donc un de leurs quatre représentants vis-à-vis des autorités. En 1786, Cerf Berr fonda la yechiva de Bischheim dont le premier directeur fut son beau-frère, le rabbin David Sintzheim, qui devint par la suite le premier grand rabbin du Consistoire central. Il fut l’un des grands acteurs de l’émancipation des Juifs de France. Il mourut lors d’un séjour à Strasbourg et fut inhumé clandestinement dans ce cimetière.

Sa sœur, Esther (1743-1793), épouse de David Sintzheim, repose dans ce cimetière.

Post-scriptum

Merci à Nicolas Badin pour les photos / complément : Wikipedia
Source : https://cimetieres.judaisme-alsalor.fr/