Des origines plus que romanesques...


Le manoir de la Paltrie
Le Manoir de la Pailleterie (localement prononcé et orthographié « la Paltrie ») est situé dans la commune de Rouville (76). Il, est le berceau de la famille Davy de la Pailleterie : il fut édifié par Anne De Pardieu en 1602. Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie et son fils Thomas Alexandre Dumas ont brièvement habité cette demeure à leur retour en France.

Alexandre Antoine DAVY DE LA PAILLETERIE (1714-1786) est issu d’une lignée de la noblesse de robe et d’épée, solidement ancrée dans le Pays de Caux et anoblie à la fin du XVe siècle. En tant que fils aîné du marquis Alexandre Davy de La Pailleterie, il bénéficie d’un statut d’héritier direct. Suivant la tradition de son rang, il embrasse les armes et intègre les régiments royaux. Il s’élève jusqu’aux charges de colonel d’artillerie et de commissaire général. Malgré ce début de parcours honorable, sa situation en métropole se dégrade rapidement. Criblé de dettes et mêlé à d’importants conflits financiers et familiaux avec ses parents et frères cadets, il choisit la fuite pour échapper aux huissiers et à la déchéance sociale. En 1738, il s’embarque pour la colonie française de Saint-Domingue (actuel Haïti), plaque tournante de l’économie sucrière de l’époque. Afin de masquer sa trace et sa noblesse, il adopte l’identité d’emprunt d’Antoine Delisle. Pendant près de trente ans, il vit de manière marginale et isolée. Vers la fin des années 1750, il s’établit en concubinage avec Marie-Cessette DUMAS, femme d’ascendance africaine qui est son esclave. De leur union naissent quatre enfants, dont Thomas-Alexandre. Ayant appris le décès successif de ses parents et de ses frères, Alexandre Antoine se retrouve seul héritier des titres et des terres de la famille Davy de La Pailleterie en Normandie. Résolu à rentrer en France pour faire valoir ses droits de propriété et récupérer son titre de Marquis, mais sans argent pour le voyage de retour, il vend sa compagne Marie Cessette ainsi que leurs quatre enfants comme esclaves à un officier de Nantes ! L’acte stipule néanmoins une clause de rachat exclusive pour son fils aîné, Thomas-Alexandre, qu’il destine à devenir son successeur légitime. Débarqué en France, il liquide rapidement une partie du domaine normand, puis honore la clause contractuelle en rachetant son fils Thomas (alors âgé de 14 ans) en le faisant venir à Paris pour parfaire son éducation de jeune aristocrate.

Devenu septuagénaire, le marquis décide de s’unir à sa gouvernante, Marie-Françoise Élisabeth Retou. Il s’éteint quelques mois plus tard, le 15 juin 1786, à Saint-Germain-en-Laye.

Acte de décès d’Alexandre Davy de la Pailleterie - 16 juin 1786 - Saint-Germain-en-Laye (78)
« Le vendredi 16 juin 1786, le corps de très haut et très puissant seigneur messire Alexandre-Antoine Davy de la Pailleterie, écuyer, seigneur et patron de Bielleville, époux de Marie-Françoise Retou, mort le jour précédent, âgé d’environ soixante et seize ans, a été inhumé au cimetière, messe chantée en présence du clergé et du sieur Denis Nivarrat, bourgeois, du sieur Louis Regnault, aussi bourgeois, amis du défunt, qui ont signé. »

Il fut donc inhumé à "l’ancien cimetière de Saint-Germain-en-Laye. [1].
Concernant Marie-Cessette Dumas, on ne sait pas vraiment ce qu’elle devint et on ignore sa date exacte de décès à Haïti.


Thomas-Alexandre Dumas et Marie-Louise Labouret, ses parents


Reconnu à Paris sous le titre de comte de La Pailleterie, le jeune Thomas-Alexandre DUMAS (1762-1806) mène une vie mondaine aux frais de son père. Cependant, au début des années 1780, de profondes tensions fracturent leur relation : il s’oppose farouchement à son remariage qu’il estime menaçant pour l’intégrité du patrimoine et de l’honneur familial. Face à la rupture consommée, le jeune homme décide de s’émanciper totalement et de s’engager comme simple soldat au régiment des dragons de la Reine en 1786. Le marquis lui interdisant formellement de salir le nom de « Davy de La Pailleterie » au rang des simples soldats, Thomas-Alexandre adopte le nom de famille de sa mère : il signe son engagement sous le nom d’Alexandre Dumas. Il se rend vite célèbre par ses prouesses herculéennes. Pendant la révolution, sa carrière militaire progresse de manière fulgurante (il ne passe pas inaperçu du haut de son mètre quatre vingt cinq et de son métissage parmi les hommes de son époque).

En août 1789, le régiment est envoyé à Villers Cotterêts, à la suite des troubles. En 1792, à Villers Cotterêts, il épouse Marie Louise LABOURET (1769-1838), fille d’un maître d’hôtel de la ville.

Il participe avec Napoléon Bonaparte à la campagne d’Egypte, en tant que commandant de la cavalerie de l’armée d’Orient. En 1799, il obtient l’autorisation de rejoindre la France pour raison de santé. Craignant un naufrage, son bateau le dépose à Tarente, en Italie, où il se retrouve prisonnier durant deux ans des partisans des bourbons, dans des conditions de détentions éprouvantes. Revenu très affaibli en France, le contexte a changé : l’esclavage est restauré et il est victime de l’épuration raciale de l’armée au moment de l’insurrection de Saint Domingue. Bonaparte le met à la retraite et lui refuse toute pension. Il meurt à Villers-Cotterêts où il est inhumé.

Son épouse connaît alors la précarité : à sa mort, elle le rejoint dans la tombe.

Trois enfants naquirent de cette union :
– Marie Alexandrine Aimée DUMAS (1793-1881) : sœur aîné d’Alexandre, elle en fut également sa

marraine. Alexandre donna ces mêmes prénoms à sa première fille. Elle épousa en 1813 Jules Victor LETELLIER (1787-1861) : il mourut à Paris et fut inhumé au cimetière parisien des Batignolles (13ème division, ligne 7). Elle mourut vingt ans plus tard à Grenoble : j’ignore où elle fut inhumée. Le couple eut une descendance.

– Louise Alexandrine DUMAS (1796-1797) : j’ignore où elle fut inhumée. Elle ne figure pas sur le tombeau familial de Villers-Cotterêts

– Alexandre, le futur romancier.


Alexandre Dumas père (1802-1870)


Dans la gène à la mort de son père, il trouva une place de clerc de notaire, mais ses talents d’écriture furent rapidement remarqués, et c’est sous la protection du duc d’Orléans qu’il travailla jusqu’à la révolution. Sa carrière littéraire commença par le théâtre mais, après le triomphe de son livre Henri III et sa cour, il préféra se consacrer au roman. Il fut un auteur prolifique (avec l’aide notoire de nègres, et en particulier d’Auguste Maquet qui participa à la plupart de ses réalisations), les succès populaires de ses romans feuilletons se succédant. Entre ses voyages en Russie et en Italie, il donna naissance à des personnages mythiques, tels Les trois mousquetaires ou Le comte de Monte-Cristo, qui nourrirent l’imagination populaire et qui furent adaptés de mille manières. Il fut le père d’Alexandre Dumas fils.

Il mourut à Puys, près de Dieppe, dans la villa que son fils Alexandre avait fait construire. Il fut inhumé en un premier temps au cimetière de l’église Saint-Aubin de Neuville-lès-Dieppe (76) [2], puis transféré deux ans plus tard (la guerre retarda ce transfert) dans la tombe familiale du cimetière de Villers-Cotterêts. À l’emplacement de sa première sépulture se trouve aujourd’hui une plaque commémorative installée à l’initiative des Amys du vieux Dieppe (une stèle y a également été inaugurée en septembre 2017). Il fut enfin transféré en 2002 au Panthéon.

Plaque signalant la première sépulture d’Alexandre Dumas à Neuville-Lès-Dieppe.
Tombe de Villers-Cotterêts

Alexandre Dumas multiplia les conquêtes et fut le père de plusieurs enfants, mais n’en reconnut que deux.


Sa descendance avec Catherine Labay


– Lingère et couturière couturière, Marie Catherine Laure LABAY (1794-1868) loge sur le même palier

qu’Alexandre Dumas à Paris, place des Italiens. Une liaison passionnée naît entre la couturière alors âgée de 29 ans et le jeune écrivain prometteur de 21 ans. De cette union naît le 27 juillet 1824 un fils illégitime, Alexandre Dumas fils. Dumas refuse d’abord de reconnaître l’enfant, et Catherine Labay élève donc seule son fils pendant ses premières années. En 1831, alors que le succès littéraire commence à lui sourire, Dumas décide de reconnaître légalement son fils pour en obtenir la garde exclusive. Une bataille douloureuse s’engage alors et la mère se bat pour garder son enfant, mais la loi de l’époque favorise le père. Le jeune garçon lui est retiré pour être placé en pensionnat, une séparation qui marqua profondément l’enfance et l’œuvre future d’Alexandre Dumas fils. Elle passe le reste de sa vie dans une relative discrétion et meurt à Neuilly-sur-Seine, quelques années avant que son fils ne soit élu à l’Académie française.

Elle repose dans l’ancien cimetière de Neuilly-sur-Seine, tombe qu’elle partage avec une partie de sa descendance.

Leur fils Alexandre DUMAS fils (1824-1895) ne repose ni avec son père, ni avec sa mère. Il hérita, dans un genre très différent, de la fécondité littéraire de son père. Il fut l’un des créateurs de la pièce à thèse, c’est-à-dire un drame bourgeois réaliste mettant en scène un problème social et suggérant des solutions pour y mettre un terme. Son principal succès fut, en 1848, la Dame aux camélias, que lui inspira sa liaison avec la courtisane Marie Duplessis, inhumée dans ce même cimetière, et dont Verdi tira la Traviata quelques années plus tard. Il fut également l’auteur de nombreuses pièces moralisatrices dont le public moderne ne goûte plus l’aspect sentencieux. Il fit son entrée à l’Académie Française en 1874.

Alexandre Dumas eut une liaison, désapprouvée à son époque, avec la princesse Narychkine, née Nadejda (dite Nadine) von KNORRING (1826-1895). Noble russe d’origine allemande de la Baltique, elle fut une figure mondaine marquante du XIXe siècle ; surnommée la « sirène aux yeux verts ». Elle était l’épouse du prince Alexandre Narychkine lorsqu’elle entama sa relation avec Alexandre Dumas fils et qu’elle en eut une première fille (voir plus loin). Ils ne se marièrent qu’en décembre 1864 à Neuilly-sur-Seine, après la mort du prince. En 1887, Alexandre Dumas fils entama une liaison avec Henriette RÉGNIER (1851-1934), fille de François Joseph Philoclès Régnier dit "de la Brière", comédien et membre de la Comédie-Française. Elle était alors mariée à Nicolas Félix Escalier, dont elle divorça en 1890. Jalouse, Nadine Dumas partit vivre chez sa fille aînée, qui se brouilla avec son père.
A sa mort en 1895, Nadine fut inhumée dans le caveau de Neuilly-sur-Seine avec la mère de Dumas.

Moins de trois mois après la mort de sa femme, Dumas fils épousa à Paris Henriette Régnier. Il mourut cinq mois plus tard.

Il fut inhumé dans la 21ème division du cimetière Montmartre à Paris, sous un gisant de Saint-Marceaux. Bien que son identité ne figure pas sur la tombe, sa seconde épouse, morte 39 ans après lui, repose bien dans ce tombeau.

Dumas fils et Nadine eurent en 1860 une première fille, née hors mariage : Marie-Alexandrine-Henriette (dite Colette), reconnue en 1864. Ils eurent en 1867 une seconde fille après leur mariage : Olga-Marie-Jeanne (dite Jeannine). Ces deux filles furent l’unique descendance d’Alexandre Dumas fils.

Marie-Alexandrine-Henriette (dite Colette) DUMAS DAVY de la PAILLETERIE (1860-1907) fut une figure mondaine de la fin du XIXe siècle, ce qui lui valut d’être immortalisée par plusieurs artistes. Elle épousa en 1880 en premières noces Maurice LIPPMANN (1847-1924), directeur de la manufacture d’armes de Saint-Étienne et frère de la salonnière Madame Arman de Caillavet. Elle eut deux garçons avec lui (qui suivent). En 1892, elle divorça de cet homme. Elle se remaria en 1897 [3] avec Démétrius Achille Matza, un médecin roumain avec lequel elle n’eut pas de descendance.

Elle repose avec sa mère au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (92). Avec elle repose son second époux, qui s’était pourtant remarié après son décès.

Maurice Lippmann, père de ses enfants, repose quant à lui dans la 3ème division (israélite) du cimetière Montmartre.

Olga-Marie-Jeanne (dite Jeannine) DUMAS DAVY de la PAILLETERIE (1867-1943), sœur de la précédente, reçu ce surnom de son père en référence à l’héroïne de sa pièce de théâtre Les Idées de Madame Aubray, créée avec succès l’année de sa naissance. Elle fréquenta également l’élite artistique de son époque. Contrairement à sa sœur, elle prit le parti de son père lorsque celui-ci quitta leur mère pour Henriette Régnier. Elle épousa en 1890 à Marly-le-Roi le polytechnicien et historien Ernest LECOURT D’HAUTERIVE (1864-1857), reconnu pour ses travaux d’érudition sur le Premier Empire : proche du prince Napoléon, cette position sociale et ses alliances lui permirent d’accéder à des archives privées de premier plan pour nourrir ses travaux historiques. Ils n’eurent pas de descendance et ils reposent ensemble dans le caveau familial de Villers-Cotterêts.

Etat final actuel du caveau Dumas à Villers-Cotterêts.

Reste la dernière génération : nous l’avons vu, Colette et Maurice Lippmann eurent deux garçons :

Auguste et Serge Napoléon Lippmann

– Alexandre LIPPMANN (1881-1960) devint un escrimeur de renommée internationale ainsi qu’un artiste

peintre reconnu. Spécialiste de l’épée, il remporta un total de 5 médailles olympiques au cours de sa carrière, étalée sur trois éditions des Jeux : or et argent aux Jeux olympiques de Londres (1908), argent et bronze aux Jeux olympiques d’Anvers (1920), et or à nouveau aux Jeux olympiques de Paris (1924). Il aurait pu prétendre à un palmarès encore plus étoffé si la France n’avait pas boycotté les Jeux de Stockholm en 1912 à la suite d’un désaccord sur les règlements, et si la Première Guerre mondiale n’avait pas causé l’annulation des Jeux de 1916. Il ne se maria pas et n’eut pas de descendance. Il repose dans le caveau familial du cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine.


– Serge Napoléon LIPPMANN (1886-1975), frère du précédent, devint compositeur. Il ne se maria pas et n’eut pas non plus de descendance. Aussi, lorsqu’il mourut dans le dénuement le plus total le 28 mai 1975 à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye à l’âge de 88 ans, il était - toutes branches confondues - le dernier descendant vivant d’Alexandre Dumas Père. Il fut inhumé dans le caveau familial du cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine.


Sa descendance avec Belle Kreilssamner


Belle KREILSSAMNER (1800-1878), fille d’un couple juif alsacien née à Lyon, était une demi-mondaine comédienne (elle jouait sous ses noms de scène Mlle Serre puis Mélanie Serre). Elle entama une relation avec Dumas en 1830 et l’année suivante naquit sa fille, Marie Alexandrine, qui fut le dernier enfant que Dumas reconnut. Dumas passa vite à autre chose : en 1833, elle est supplantée par Ida Ferrier, l’unique maîtresse que Dumas épousa en 1840. Belle décéda célibataire et fut inhumé dans la 3ème division du cimetière Montparnasse à Paris.

Marie-Alexandrine DUMAS DAVY de la PAILLETERIE (1831-1878) porta donc le prénom de sa tante. A la garde de son père, ce dernier la confia à Ida Ferrier qui fut celle qui l’éleva à Paris puis à Florence, avant de revenir vivre auprès de son père à partir de 1846. Elle s’adonna à la peinture, au dessin, aux miniatures et à l’enluminure. En 1856, elle épousa le poète Pierre Auguste Olinde Petel, secrétaire de son père (avec Victor Hugo comme témoin !). L’union battit rapidement de l’aile en raison de l’instabilité psychologique de l’époux, qui multiplia les crises de violence : au retour d’un voyage en Orient en 1861, elle se sépara de lui [4]. Profondément religieuse, elle se réfugia un temps au couvent des Dames de l’Assomption, avant de revenir s’occuper de la maison de son père. Elle mourut à Courbevoie en 1878 : son acte de décès n’indique évidemment pas le lieu de ses obsèques. Le site Findagrave l’indique inhumée au cimetière Montmartre, mais c’est une erreur, et elle est en réalité absente des registres de tous les cimetières parisiens [5]. Le couple n’eut pas de descendance.

Acte de décès de Marie-Alexandrine Dumas Davy de la Pailleterie - Courbevoie, 1878.

Son unique épouse, Ida Ferrier


Ida FERRIER (Marguerite-Joséphine Ferrand : 1811-1859), sous le nom de scène de Mademoiselle Ida, foula les planches des grands théâtres parisiens des années 1830, incarnant des rôles de premier plan dans le drame romantique de Dumas ou d’Hugo. Elle rencontra Dumas en 1832 et elle devint rapidement sa maîtresse ainsi que son actrice fétiche. Contre l’avis de ses proches (en particulier l’hostilité de son fils Alexandre), Dumas l’épousa en 1840. Ce mariage, en partie motivé par des questions financières et la pression sociale, resta la seule union officielle de l’écrivain. Leur relation fut tumultueuse, ponctuée d’infidélités réciproques. Comme on l’a vu, c’est elle qui éleva la fille que Dumas avait eut avec sa précédente maîtresse. Le couple se sépara officiellement en 1844, et Ida s’installa en Italie. Exilée mais dépendante financièrement, elle passe une grande partie de ses dernières années à réclamer sa pension à Dumas. Elle mourut à Gênes et fut inhumé au cimetière du Stagliano de la ville, où son caveau est toujours présent. Le couple n’eut aucune postérité.


Sa descendance avec Anna Herzer


Née en Allemagne, Anna "Annette" HERZER [6] (1823-1884), elle avait épousé l’industriel Antoine Bauër. Elle noua avec Dumas une relation amoureuse furtive, vers 1850 ; une époque où Alexandre Dumas partageait déjà sa vie entre plusieurs femmes. De lui elle eut un fils, Henri, qui comme en témoigne son acte de naissance fut officiellement le fils d’Antoine Baüer, même s’il était de notoriété publique le fils naturel de l’écrivain qui ne le reconnut jamais. Après la faillite d’Antoine Baüer et son émigration en Australie, Anna Herzer prit son autonomie. Révélant un véritable talent pour la gestion et les affaires, c’est elle qui redressa la situation financière familiale et assura seule l’éducation et l’avenir de son fils. Il semble qu’elle ait soutenu les Communards (à commencer par son propre fils). Elle mourut rentière à Sceaux (92). Je n’ai trouvé aucune information sur son lieu d’inhumation [7].

Henri BAÜER (1851-1915)

Il s’engagea activement à 20 ans lors de la Commune de Paris en 1871 comme officier fédéré. Arrêté après la répression de l’insurrection, il fut condamné à la déportation et passa sept ans en Nouvelle-Calédonie (1872-1879), où il se lia d’amitié avec Louise Michel. À son retour en France, il devient l’une des plumes les plus redoutées et respectées de la presse parisienne, notamment à L’Écho de Paris. Esprit libre et progressiste, il utilisa son influence pour soutenir le naturalisme d’Émile Zola, et les avant-gardistes (dont Debussy, Jarry ou Rostand). Il prit également activement parti pour le capitaine Dreyfus lors de l’affaire. En 1880, il épouse dans le 17e arrondissement de Paris Pauline Lemariée (1864-1945) [8]. Le couple eut deux enfants, qui suivent. Henri Baüer mourut en pleine Première Guerre mondiale.

Crématisé au colombarium du Père-Lachaise à sa mort en 1915, ses cendres furent d’abord placées dans la crypte familiale de la famille de son épouse à Chatou (78). En 1963, son propre fils (Gérard Bauër) fit transférer les restes du couple au cimetière de Charonne, où ils se trouvent actuellement.

Henri et Pauline Lemariée eurent deux enfants :
–  Charles Louis BAÜER (1882-1961), sur lequel on ne possède quasiment aucune information. Il mourut célibataire à Fleury-Les-Aubrais (45).
–  Gérard BAÜER (1888-1967) : journaliste, il commença sa carrière à L’Écho de Paris (1907-1935) et

fut également l’assistant de Georges Clemenceau à L’Aurore. À partir de 1935, il rédigea le très populaire Billet de Guermantes dans Le Figaro. Il dirigea également la revue Les Annales politiques et littéraires ainsi que le quotidien Paris-Presse à la Libération. Il était membre de l’Académie Goncourt. Il mourut sans descendants et avec lui s’éteignit la descendance Dumas par les Baüer.


Sa descendance avec Emélie Cordier


Emélie CORDIER (1840-1906) est présentée comme une actrice (bien qu’on ne trouve guère d’informations sur sa carrière théâtrale). En 1859, elle rencontre Dumas alors qu’elle a environ 19 ans et lui 57. Elle l’accompagne notamment dans un voyage en Méditerranée, habillée en costume de mousse sous le pseudonyme d’« Amiral ». Elle donne une dernière fille à Dumas, la petite Micaëlla. Plus tard, Emélie se marie avec un banquier, François Edwards, avec lequel elle a plusieurs enfants. Elle meurt à Paris mais est inhumée au cimetière de Milly-la-Forêt (91), d’où était originaire son époux.

Micaëlla CORDIER (1860-1936) fut le dernier enfant d’Alexandre Dumas. Elle mena une existence discrète et s’installa en Bourgogne. On trouve très peu d’informations sur elle, mais elle resta célibataire et n’eut pas de descendance. Elle fut inhumée au cimetière de Brienon-sur-Armançon (89).

Post-scriptum

Photos Villers-Cotterêts : Philippe Broyard
Photo tombe Micaëlla Cordier : Bertrand Beyern

[1] Il est peu probable qu’il s’agisse de l’actuel "ancien cimetière" de la ville, qui avait à l’époque été créé en 1775. Soit il le fut à l’ancien cimetière de la Place du Marché-Neuf (mais là encore, peu probable dans la mesure où ce dernier fut désaffecté en 1776 pour bâtir l’actuelle place du même nom), soit dans un autre cimetière paroissiale de la ville qui ne nous est pas connu.

[2] C’est aujourd’hui un quartier de la ville de Dieppe.

[3] Les deux témoins de l’épouse étaient l’académicien français Victorien Sardou et le peintre Edouard Detaille, qui témoignent de l’environnement artistique et culturel qu’elle fréquentait.

[4] Il repose au cimetière de Châteauroux.

[5] J’ai vérifié sous ses différents noms possibles : Dumas, Petel -elle était encore mariée quoique séparée - Davy de la Pailleterie.

[6] Le Maitron indique que son nom était Hertzer, mais ce n’est pas sous cette orthographe qu’elle figure sur les actes de naissance, mariage et décès de son fils.

[7] Après consultation des registres des cimetières, elle ne semble pas inhumée à Paris.

[8] Il a 29 ans, elle en a 15 ! Trois députés parmi les témoins, dont Louis Blanc