DECAZEVILLE (12) : cimetière de Miramont

visité en août 2007
lundi 4 février 2008
par  Philippe Landru

Decazeville est une ville récente : à partir d’un petit bourg ancien, le ministre Decazes fondait au début du XXe siècle, dans le contexte d’une Révolution industrielle balbutiante, cette ville qui prit son nom en 1929. Fondée sur l’extraction du charbon, elle connut les crises de la reconversion et les friches industrielles actuelles, son habitat populaire, témoignent des grandes saignées de la mutation économique de la France.

Les premières concessions accordées au cimetière de Miramont remontent pourtant à 1835. Il est la « grande » nécropole de la ville divisée en plusieurs morceaux à flanc de colline, témoignant de cette histoire : beaucoup de tombeaux humbles, une statuaire réduite à peu de choses...

Certains tombeaux gardent l’empreinte du passé minier de Decazeville.

Au milieu de cette modestie, un tombeau détonne : gigantesque, en grande partie ruiné, il présente à son entrée deux statues (un homme et une femme) décapitées. Il s’agit du mausolée Cabrol.


Decazeville. Le mausolée Cabrol bientôt restauré [1]


Le mausolée Cabrol, sis au cimetière de Miramont, devrait être prochainement réhabilité. François-Gracchus CABROL (1793-1882) fut le directeur-fondateur des mines et des usines de Decazeville, s’impliquant totalement dans sa mission aux côtés du duc Decazes, qui lui apporta les garanties financières. François Cabrol fit d’un champ bucolique traversé par le Riou-Mort un grand centre industriel français. Il fut député de l’Aveyron à partir de 1846. Ce Ruthénois de naissance décida de reposer dans la ville qu’il avait fait naître et croître. De son vivant, François Cabrol fit élever son mausolée. Présentons l’édifice pour ceux qui ne le connaissent pas. Il est composé d’une imposante chapelle, munie de magnifiques rosaces.

à l’intérieur ; se trouvait un autel, détruit par l’effondrement d’une partie du toit, et de superbes fresques murales effacées par des infiltrations (elles sont visibles sur un plan au local de l’ASPIBD). La chapelle servait d’espace cérémoniel lors des enterrements. Elle surmonte une crypte où repose François Cabrol, son épouse et élie Cabrol, leur fils, qui ne s’est pas marié. L’entrée de la crypte est précédée de deux grandes statues de marbre, le deuil et la foi, aujourd’hui étêtées. En outre, le mausolée se trouve au centre d’une immense concession, peut-être l’une des plus grandes de France, précise Lucien Orsane, entourée par un mur d’enceinte de 38 m sur 28 m, soit plus de 1 000 m2. Plusieurs tombes parsèment la concession et de l’abbé Fourgous, qui était franc-maçon.

Depuis sa création, en 1997, l’ASPIBD s’inquiète de l’état de délabrement d’un monument singulier, en partie méconnu, qui s’inscrit dans la mémoire collective de la cité. Une issue favorable voit enfin le jour.


Parmi les défunts se dresse le tombeau -lui aussi anonyme ! - de la célébrité locale, Paul RAMADIER (1888-1961). Avocat de formation, il fut député socialiste de l’Aveyron à plusieurs reprises de 1928 à 1958. Ministre du Front Populaire, il en fut l’un des artisans principaux. Il refusa de voter les pleins pouvoirs à Pétain, entra dans la Résistance et fut inscrit, en raison de son action durant la guerre, sur la liste des justes de Yad Vashem. Plusieurs fois ministre après 1945, il devint le premier président du Conseil de la IVème République durant l’année 1947. Son court mandat est fondamental dans un contexte de Guerre Froide naissante : éviction des communistes du gouvernement qui mit fin au Tripartisme, adhésion au Plan Marshall, insurrection malgache, statut de l’Algérie...

Sa carrière politique dure jusqu’en 1959 : en 1956 encore, il est ministre des Affaires économiques et financières du gouvernement Mollet. A ce titre, il favorise l’instauration de la troisième semaine de congés payés et la création du fonds national de solidarité en faveur des vieillards économiquement faibles, dont il prévoit que le financement sera assuré par les recettes de la vignette automobile, cette fameuse et impopulaire vignette qui lui est désormais rattachée et qui ternit très injustement le reste de son action sociale.

Maire de Decazeville de 1919 à 1941 puis de 1945 à 1959, il était logique qu’il y soit enterré. On peut trouver sa tombe sur les hauteurs, dans la partie droite du cimetière.


Miramont sur les traces du Père Lachaise ? [2]


Et si Miramont devenait un Père Lachaise à la Decazevilloise ? On n’en est pas encore là et il n’en sera sans doute jamais tout à fait ainsi. Bien sûr. Toutefois, par la volonté de la municipalité et de son maire Jean Reuilles, le principal cimetière de la ville pourrait bien devenir un de ces jours un haut lieu touristico-culturel. En effet, le premier élu considère que l’endroit présente suffisamment d’atouts pour qu’on les mette (enfin) en valeur. Évidemment, dans cette logique, le mausolée Cabrol tiendrait une place centrale. Passablement dégradé par le temps et surtout l’action idiote de quelques individus malintentionnés, le Somptueux monument funéraire a bien besoin d’une restauration en bonne et due forme. Une restauration qui semble aujourd’hui dans les tuyaux. Des responsables des Bâtiments de France se sont rendus sur place voilà peu pour évaluer les dégâts et déterminer la nature de la réhabilitation. Une proposition va être sous peu présentée à la mairie… qui n’aura alors plus qu’à trouver les financements pour remettre en état cet élément majeur du patrimoine local. Dans le prolongement, Jean Reuilles imaginerait un circuit de découverte réservé aux touristes et curieux, qui s’arrêterait devant quelques tombes célèbres où reposent certains des hommes et des femmes qui ont marqué la vie locale, voire nationale : les Ramadier, Cayrade, Calvé, Tinel et autres…


[1article de Ladepeche.fr en date du 19 septembre 2010

[2article de Midilibre.com en date du 09 octobre 2010


Commentaires

DECAZEVILLE (12) : cimetière de Miramont
lundi 20 décembre 2010 à 17h41

Rectificatif à la date de création de Decazeville
Sise sur la commune d’Aubin et les terres de la famille Lassalle,l’usine construite par Cabrol,par manque de place à Firmy où eut lieu la première coulée de fonte le 24 décembre 1828 pendant la nuit de Noël,engendra la construction d’une véritable agglomération.
Le 11 novembre 1831 le conseil d’administration de la société décidait d’appeler l’usine Decazeville.Le 15 mai 1832 Cabrol présenta une pétition au préfet Guizard pour que cette agglomération soit érigée en commune.
Cette requète n’aboutit qu’en 1834 et le premier conseil municipal eut lieu le 21 août 1834.

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DECAZEVILLE (12) : cimetière de Miramont
dimanche 14 février 2010 à 19h22 - par  Maisonhaute

Voici quelques précisions sur le Mausolée Cabrol
"A.Le Mausolée de Cabrol
Avant de parler du mausolée de Cabrol présentons le personnage.
Né le 17 février 1793 à Rodez, il était le fils d’un marchand drapier qui fut un révolutionnaire ardent. François Cabrol fut de la première promotion de l’Ecole Polytechnique en 1810 d’où il sortit en1812 élève sous-lieutenant d’artillerie. Le 9 décembre 1813 il reçut le galon de capitaine, ce qui était un début prometteur.
La chute de L’Empire remit tout en question. Jusqu’en 1824 et malgré la campagne d’Espagne à laquelle il participa, Cabrol attendit en vain un poste d’officier supérieur. C’est pourquoi en 1824 il démissionna de l’armée pour se consacrer à la sidérurgie dont il prévoyait l’essor prodigieux. Après un stage en Angleterre il se met en rapport avec le duc Decazes qui en 1827 le fait engager par le Conseil d’Administration en qualité de directeur de la « Société des Houillères et Fonderies d’Aveyron ».En 1844, il est désigné premier magistrat de la commune de Decazeville. Retiré des affaires le 15 mars 1860 Cabrol mourut le 6 juin 1882 à Paris et fut inhumé à Decazeville.

Description du mausolée de Cabrol :

Son tombeau est orné de deux statues allégoriques « le Deuil » et « la Consolation », œuvres du sculpteur aveyronnais Gayrard (1777-1858). Représenté par une femme drapée baissant la tête et tenant dans ses mains deux couronnes, « le Deuil » fut exposé au Salon de 1848 et reçut les éloges suivants : « Quelle douleur sur ces traits attristés ! Quel sentiment d’affliction, d’amertume ! Quel accablement : Et cependant aussi, quelle résignation ! Le front s’incline et les yeux s’élèvent, la terre pour le corps qui n’est plus, le ciel pour l’âme qui est immortelle » (1).
Ce type de mausolée s’inscrit bien dans son époque. Le XIXe siècle est un siècle ouvert à la nouveauté, à la découverte, à la technique et depuis l’ouverture de Père Lachaise les artistes accordent leurs services à la mort. Gayrard fera don de ces deux statues à François Cabrol. Gayrard sculptait des bustes et des médaillons pour décorer les tombeaux, notamment le buste de Pariset au Père Lachaise et le médaillon de Petit Radel au cimetière Montparnasse. Pour le tombeau du général Tarayre il exécuta un portrait en pied, façon courante à l’époque de représenter les généraux.
La banalité triste des cimetières actuels avec leurs « canapés lits » arrogants, alignés sans même cette rigueur et cet ordre si impressionnant des cimetières militaires ou monastiques, ne fait pas oublier cette recherche d’originalité qui pouvait exister dans les cimetières du XIXe siècle. Le mausolée de Cabrol illustre bien cela. A cette époque les grands étaient à la recherche de l’originalité à tout prix, chacun cherchant à laisser le souvenir le plus personnalisé de ce qu’il a été ici-bas et de son importance. Dans ce mausolée, le funéraire devient le lieu rassembleur entre l’art et l’artisanat. L’œuvre funéraire lorsqu’elle est réussie (tel est le cas pour ce mausolée) est un activateur de mémoire. Plus elle est imposante plus elle est interprétée comme une œuvre d’ultime vanité. Quand on rentre dans le cimetière de Miramont on ne voit que le mausolée de Cabrol. Il écrase de par sa splendeur les petites tombes qui en deviennent presque anonymes et secondaires.
Cabrol fut l’une des personnalités les plus importantes dans la vie économique et politique de Decazeville et ce mausolée symbolise le rôle qu’il a joué pour cette ville et ses habitants.

Qu’en est-il du mausolée aujourd’hui ?

Comme vous avez pu l’observer sur la photo le mausolée est malheureusement en état de délabrement avancé. Délabrement dû au temps mais aussi au vandalisme. En effet il fut durant l’année 2003 frappé d’un geste incompréhensible. Des inconscients ont décapité les statues du « Deuil » et de « la Consolation » alors que deux mois auparavant une association de Decazeville avait fait la demande de classement aux monuments historiques, requête qui fut refusée. En cherchant dans les documents que la mairie m’a généreusement confiés j’ai trouvé l’attestation des dernières demandes de restauration faites par des descendants de Cabrol, soit en 1916 et 1950. Vous trouverez les lettres de la famille Féligonde, descendants de Cabrol, adressées aux maires en annexe. Je ne puis vous dire ce qu’il va advenir de ce mausolée mais je peux vous assurer qu’il est en grand danger. S’il reste dans cet état d’abandon le patrimoine de Decazeville risque de perdre un de ses plus beaux et symboliques monuments. Ce monument rappelle l’époque glorieuse du Bassin Houiller de Decazeville."
Extrait d’un dossier réalisé dans le cadre d’une Licence en Histoire,
Julie Maisonhaute

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lundi 15 février 2010 à 01h14 - par  Philippe Landru

Merci beaucoup pour ce commentaire qui lève le voile sur cet étonnant monument.

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