SAINT-OUEN (93) : cimetière parisien (partie récente)

samedi 16 février 2008
par  Philippe Landru

Le cimetière parisien de Saint-Ouen ne doit pas être confondu avec le cimetière communal de Saint-Ouen, qui se trouve dans le centre-ville. Exilé proche du périphérique, ce cimetière parisien fut à l’origine le troisième cimetière de Montmartre (son nom était d’ailleurs anciennement « Montmartre Saint-Ouen »). Il fut édifié dans la zone non lotie aux abords des fortifications, entre la Porte de Clignancourt et celle des Poissonniers, pour faire face à l’engorgement du cimetière Saint-Vincent.

Le cimetière se présente aujourd’hui en deux parties, séparées par une rue guère utilisée (on parle de joindre à terme les deux parcelles) : la partie ancienne, dite également « petit cimetière », ouvrit ses portes en 1858, tandis que la partie plus moderne, formant l’essentiel de la surface, ouvrit en 1872. L’ensemble occupe 27 ha, soit une fois et demie la superficie du cimetière Montparnasse !

Le cimetière de Saint-Ouen est un cimetière de déshérités : tout y respire la tristesse, malgré le soin apporté à border ses avenues de végétations. Il n’est guère visité, pas même par une « clientèle de quartier ». Bordé par des lignes de chemin de fer sur lesquelles stationnent des TGV vides en attente de contrôle, il est un alignement de pauvres monuments devenus souvent illisibles et pour beaucoup en piteux état, et de dalles modernes ajoutant à la monotonie grise. Dans sa partie ancienne, les reprises sont nombreuses, laissant certaines divisions comme exsangues de tombes.

En terme de monumentalité nécropolitaine, on n’a ici pas grand-chose à se mettre sous la dent. La présence de célébrités, rarement des « pointures » mais le plus souvent des oubliés, rend néanmoins la recherche intéressante.

Pour ce qui est de la localisation, pendant longtemps, on y distribuait un plan totalement fantaisiste, où aucune mise à jour n’avaient été faites. Depuis quelques temps, un nouveau plan officiel a vu le jour : il a reprit l’ensemble des personnalités contenu dans cet article, qui en a donc été le modèle, complété par quelques célébrités que j’ai moi-même ajouté à l’article : bref, c’est un travail collaboratif !

Cet article ne traite que de la partie principale, la plus récente, qui date de 1872. La partie ancienne fait l’objet d’un autre article : voir le cimetière de St-Ouen : partie ancienne.

curiosités

- A l’entrée du cimetière, une plaque rappelle la mémoire de deux fossoyeurs qui furent fusillés en 1940.

- un très grand nombre de tombes gitanes, toujours richement décorées, qui oscillent entre la cabane de jardin et la cabine téléphonique !

- Peu de monuments grandioses donc dans ce cimetière : quelques statues localisées dans quelques divisions seulement...

- La très belle tombe en céramique de la famille Peyracchia.

- Une plaque-médaillon en bronze de S.Kinsburger sur la tombe du jeune Maurice Lucas, tombé au front en 1917.

- Un médaillon minéral sur la tombe de Pierre Walter-Amaury, signé Léo Amaury.

- La plus étonnante tombe du cimetière est celle de la famille Bournet-Popinot-Bouesnach-Renaud, signalée dans la 14ème division par un buste de Kourmskoff surmonté d’un ciel zodiacal.

- une rare épitaphe surprenante :

- La mère de Guillaume Seznec avait été inhumée dans ce cimetière mais fut transféré ultérieurement dans le caveau de son fils en Bretagne. Idem pour l’écrivain autrichien Ödön VON HORVATH (1901-1938), qui après avoir reposé ici, dans la 28ème division, fut tranféré au cimetière de Heiligenstädt à Vienne en 1988, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa mort.

Les célébrités : les incontournables...

-  Suzanne VALADON

... mais aussi

- La comédienne Jenny ALPHA (voir Noël-Henri Villard)

-  Le chanteur ANDREX (André Jaubert : 1907-1989), qui commença sa carrière à l’Alcazar de Marseille avant de « monter » dans la capitale pour se produire dans les plus prestigieuses salles de l’époque (le Concert Mayol, l’ABC, Bobino...). Son répertoire sans prétention (le titre dont il fut l’interprète « historique » demeure Comme de bien entendu, issu du film (Circonstances atténuantes) était compensé par un bagout tout méridional qui plaisait. Ami de Fernandel, il fut également acteur et fit partie de la distribution de nombre de ces films, en particulier dans ceux de Pagnol. Il avait épousé l’actrice des années 40 et 50 Ginette BAUDIN (1921-1971), très oubliée de nos jours, avec laquelle il est inhumé dans la 15ème division.

-  L’actrice Mireille BALIN (1911-1968) qui connut un destin tragique : mannequin vedette chez Patou, elle est remarquée par le cinéma et tourne dans quelques films (mais avec Grémillon, Pabst et Duvivier !). On se rappelle d’elle dans Pépé le Moko et Gueule d’Amour, où elle donnait la réplique à Jean Gabin. Elle est tour à tour sa maîtresse, puis celle de Tino Rossi. La Seconde Guerre mondiale marqua la fin de sa carrière : violée à la Libération (elle avait continué à tourner durant la guerre, et avait une liaison avec un officier allemand), atteinte du typhus, elle sombra dans l’alcool connut une lente déchéance physique. Elle mourut dans la misère et elle doit d’avoir une tombe à l’association la Roue tourne (œuvre d’aide aux artistes dans le besoin fondée par Paul Azaïs et sa compagne Janalla Jarnach). Lors de son enterrement, on plaça dans son cercueil, dit-on, un petit ours en peluche offert par Tino Rossi.
Elle fut rejointe en 1973 par l’acteur Jean TISSIER (1896-1973) avec lequel elle n’avait pas de lien, mais qui mourut également dans le dénuement, atteint d’une hémiplégie, et qui fut pris en charge par la même association. Issu du théâtre, il fut un acteur à la carrière remarquable tant dans la durée (de 1925 à 1972), dans le nombre de films (plus de 200) que par les réalisateurs qui le firent tourner (Autant-Lara, Vadim, Mocky, Carné ou Chabrol). Il jouait des ahuris nonchalants mais souvent sournois. Son rôle le plus fameux fut celui du fakir dans l’Assassin habite au 21.

Leur sépulture, dans la 31ème division, est fleurie à chaque Toussaint par l’association.

-  Je n’ai pas su identifier qui est le jeune E. BAUME (1882-1905) qui repose sous un médaillon en bronze dans la 1ère division.

- Léon BÉLIÈRES (1880-1952) : acteur français de théâtre et de cinéma, il tourna de 1911 à 1952. Il repose dans la 10ème division.

- Georges BEVER (Georges Van Bever : 1884-1973) : chanteur dans les caf’conc’ de la capitale, puis dans les revues et opérettes, il s’orienta ensuite vers le cinéma. Sa carrière cinématographique comporte plus de 200 films entre 1927 et 1969. Il repose dans la 25ème division.

- L’escrimeur André BONIN (1909-1998), sacré champion olympique d’escrime en fleuret par équipes aux Jeux olympiques d’été de 1948 à Londres et champion du monde d’escrime en 1947 à Lisbonne.Il repose dans la 36ème division.

- L’humoriste et dessinateur Pierre Henri CAMI (1884-1958), qui connut le succès dans les années 20 avant de sombrer dans l’oubli. Doué pour la caricature, mais plus particulièrement encore pour le théâtre loufoque, il créa des personnages burlesques fort appréciés (en particulier de Charles Chaplin). Il fut également l’auteur de « la semaine Camique » dans L’Illustration. Il repose dans la 18ème division.

-  L’anarchiste et franc-maçon Léo CAMPION (1905-1992), qui fut caricaturiste de talent dans la presse belge, chansonnier à Bruxelles puis à Paris, comédien puis successivement directeur artistique du Caveau des Trois Maillets, du Caveau de la République et du Tabou.... Bref, un personnage difficilement classable. Il était connu pour ses bons mots dont celui-ci, souvent attribué à Cocteau : « Il est curieux de constater combien les homosexuels prolifèrent, alors qu’ils ne se reproduisent pas ». Il repose dans la 33ème division.

-  Georges L. CASTELAIN (1883-1949), ouvrier du textile, qui contribua à créer en 1929 la Société des Meilleurs Ouvriers de France destinée à faire connaître ceux qui avaient été récompensés par un Prix. Sa tombe, dans la 23ème division, est ornée d’un médaillon reproduisant la médaille des M.O.F, réalisée par René Papa d’après un modèle de Henri Lagriffoul.

-  L’homme de lettres Pierre CHAPELLE (1876-1927), qui composa des chansons pour la valse, repose dans la 18ème division sous un médaillon d’Auguste Maillard.

- Le sculpteur, médailleur et ébéniste français Alexandre CHARPENTIER (1856-1909), qui fut l’auteur de nombreuses médailles de diverses personnalités. Il participa à la décoration exemplaire de la Villa Majorelle à Nancy, et réalisa une salle à manger pour Adrien Bénard, banquier et promoteur du Métropolitain, pour sa villa de Champrosay (ensemble conservé au musée d’Orsay à Paris). Rénovateur des arts décoratifs, il fut l’un des maîtres français de l’Art nouveau. A Paris, il réalisa en particulier le décor sculpté du cabaret le Chat noir. Il repose dans la 10ème division.

- La comédienne de théâtre mais aussi de cinéma (elle tourna des années 10 aux années 30) Jeanne CHEIREL (1868-1934). Elle repose dans 18ème division.

-  Les poètes Georges (1884-1927) et André (1908-1944) CHENNEVIERE (Debille de leur vrai nom) ; le premier ayant créé en 1906 avec son ami Jules Romains la doctrine de l’Unanimisme, considérant que les groupes sociaux connaissent une vie psychique propre, comme les individus qui les composent, le second ayant été fusillé en août 1944 à la libération de Paris. Tous deux reposent dans la 1ère division.

-  Le sculpteur René COLLAMARINI (1904-1983) avait son atelier rue Tourlaque, en bas de la butte Montmartre. Professeur aux Beaux-Arts, il fut l’auteur de sculptures monumentales qui ornent un très grand nombre d’édifices publics des villes de France. Il participa en particulier à la reconstruction de villes comme Abbeville, Valognes ou Amiens. Il est inhumé dans la 23ème division avec son épouse, l’actrice Mona DOL (Amélie Collamarini del Bart : 1901-1990), qui fit partie de la troupe de Jean Vilar au TNP, et qui tourna pour le cinéma des années 30 aux années 60. leur tombe est orné d’une sculpture.

-  Henri CURRIEZ (+1976) dit « le Père la Souris », camelot légendaire de Paris, repose dans la 23ème division.

- Le comédien Gérard DARRIEU (Gérard Darrieumerlou : 1925-2004), qui joua énormément, tant pour le théâtre, le cinéma que pour la télévision. Il était abonné aux seconds rôles « bourrus ». Il repose dans la 30ème division.

- Le comédien Jean DAX (Gontran Willar : 1879-1962), qui tourna dans le premier tiers du XXe siècle. Il fut à cette époque l’un des partenaires favoris de Mistinguett. L’arrivée du cinéma parlant et l’âge étant venu, Jean Dax fut relégué aux rôles secondaires. Il repose dans la 24ème division.

-  L’actrice Suzanne DEHELLY (1902-1968), qui tourna beaucoup, mais toujours dans des seconds rôles, des années 30 aux années 60. Elle était l’épouse du scénariste Marcel RIVET (1905-1957) qui est le seul à avoir une identité sur leur tombe commune. Elle repose dans la 21ème division.

-  Le romancier Henri DEMESSE (1854-1908), qui pasticha Dumas, repose sous un facétieux médaillon le représentant dans la 7ème division.

- La comédienne Germaine DERMOZ (Germaine Deluermoz : 1888-1966), qui fit du théâtre chez Réjane, Firmin Gémier dont les nombreuses tournées théâtrales la conduisirent, avant la première guerre mondiale, en Argentine, en Russie. A Saint-Pétersbourg, elle joua devant le Tsar Nicolas II et essuya les premiers tirs de la révolution d’octobre 1917. Entre les deux guerres, elle préféra se consacrer presque exclusivement au théâtre. Elle joua sur les plus grandes scènes parisiennes, y connut d’immenses succès dans des pièces d’auteurs contemporains : en 1938, elle créa le personnage d’Yvonne dans Les Parents terribles de Cocteau, auprès de Gabrielle Dorziat et du tout jeune Jean Marais, remplaçant quasiment au pied levé Yvonne de Bray pour qui le rôle avait été écrit. Sa carrière cinématographique se déroula en grande partie au temps du muet. Celle-ci fut plus relâchée car elle n’accepta des propositions de tournage que si elles ne compromettaient pas ses engagements au théâtre. Citons Le Bal dans lequel elle donna la réplique à Danielle Darrieux dont c’était le premier film. Elle fut aussi, en 1950, Madame Husson auprès d’un Bourvil niaiseux à souhait dans le film Le Rosier de Madame Husson. Elle repose dans la 9ème division.

- DORVILLE (Henri Dodane : 1883-1940) : comique troupier, puis chanteur d’opérettes, il aborda tardivement le cinéma et fit finalement peu de films. Le dernier en date (Circonstances atténuantes en 1939) reste dans les mémoires : il y joue un barman qui entonne, avec Arletty, la chanson Comme de bien entendu. Il repose dans la 14ème division.

-  Le baryton-basse Hector DUFRANNE (1870-1951), chanteur à l’Opéra comique, qui fut l’une des grandes voix de son époque. Il fit plusieurs premières qui comptèrent (en particulier Pélleas et Mélisande de Debussy), et fut un interprète habile du répertoire Wagnérien, tant