CHÂTILLON-SUR-SEINE (21) : cimetière Saint-Vorles

visité en août 2020
mardi 27 octobre 2020
par  Philippe Landru

A la base du cimetière Saint-Vorles, il y a d’abord et avant tout une église. L’église Saint-Vorles est une église romane dont la construction commença au Xe siècle. Avant cette époque, une église primitive s’élevait sur cet emplacement et abritait depuis 868 les reliques de saint Vorles.

Il aurait été un prêtre bourguignon vivant au VIe siècle. Certains lui prêtent des liens de parenté avec le roi des Francs de Bourgogne, Gontran Ier, qui régnait sur la Burgondie à cette époque. Après sa mort, un folklore nourri vit le jour à son sujet. L’invoquer guérissait de nombreuses maladies, comme la peste ou le choléra, prévenait les infirmités, la famine, et bien d’autres choses selon les besoins. Ces reliques étaient originellement dans l’église Saint-Vorles de Marcenay. L’église actuelle fut principalement construite sous l’impulsion de Brun de Roucy, évêque de Langres de 980 à 1016, dans l’enceinte d’un castrum. Édifiée dans un pur style roman, sa façade extérieure est ornée de bandes caractéristiques de l’art lombard. En 1015 les reliques de saint Vorles furent apportées au concile d’Héry pour ajouter à la solennité de l’assemblée. Dans la chapelle qui lui est consacrée, le reliquaire est un buste orné du saint. Elle est décorée d’un diptyque de la translation des reliques de saint Vorles de Marcenay à Châtillon, ainsi que des tableaux de la vie et des miracles de Saint-Vorles, l’ensemble datant du XVIe siècle.

L’église possède également une magnifique Mise au tombeau du XVIe siècle.

Le lieu est également associé à Bernard de Clairvaux : c’est dans cette ville qu’il reçut sa formation littéraire, et c’est de là qu’il partit avec ses trente compagnons pour Cîteaux. La crypte de l’église abrite la chapelle Saint-Bernard aménagée au début du XVIIe siècle. L’escalier qui y descend est orné d’un vitrail le représentant enfant. Elle comporte une statue de la Vierge à l’Enfant que les premiers fidèles venaient vénérer en tant que Notre-Dame la Grande ou la Grande Dame. Celle-ci fut rebaptisée Notre-Dame de Toutes Grâces pour les faveurs accordées et en hommage à saint Bernard de Clairvaux qui y aurait vécu le miracle de la lactation.

Devant l’église se trouve une représentation contemporaine de Saint-Bernard.

Au XIIe siècle, le duc de Bourgogne fit construire le château qui occupait une partie de l’emplacement de l’ancien castrum. Le château du duc et la résidence de l’évêque étaient réunis dans la même enceinte. Endommagé par les Anglais en 1359, il fut démantelé après les guerres de la Ligue, comme les autorisait le roi Henri IV par lettres patentes du 30 janvier 1598.

Ruines majestueuses dominant la ville, c’est sur son site que l’on décida d’aménager au milieu du XIXe siècle le nouveau cimetière communal. Assez naturellement, ces ruines et son emplacement offre au cimetière l’un des plus beaux cadres de tous les cimetières français.

Véritable conservatoire de ses tombes anciennes, le cimetière atteste de l’importance de Châtillon qui fut jusqu’au XIXe siècle un lieu important de pèlerinage et l’un des centres politique, économique et religieux de la Bourgogne même si son aura a bien décliné depuis. De nombreux aristocrates, membres du clergé, ou figures militaires des deux empires y reposent. la bourgeoisie châtillonnaise du XIXe siècle fut avant tout composée de magistrats, de militaires et de hauts fonctionnaires.


Curiosités


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Triple tombeau des Laperouse (lui fut maire de la ville et président du tribunal) avec longue épitaphe hagiographique au dos.
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Tombeau Lemoine-Breard
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Bas-relief sur la tombe de Théoodule Picard (+1925) par Charles-Henri Pourquet.

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Ce tombeau à obélisque fut exécuté, aux frais des habitants, pour Henri-Vincent Prost, curé de la paroisse pendant trente-quatre ans, mort le 6 mars 1862.


Célébrités : les incontournables...


- le maréchal de France MARMONT


... mais aussi


- Jean-Baptiste BEAUDESSON (1761-1836) : ancien inspecteur général des
subsistances des trois armées de l’Ouest, il fut chef d’état-major du gouvernement de Metz. Il repose sous un imposant caveau de famille, dans lequel se trouve également Nicolas Edme Marie Humbert (+1846), qui fut un « secrétaire gratuit (sic) de Buffon ».

- Le chimiste et physicien Louis Paul CAILLETET (1832-1913), qui fut le premier à liquéfier le dioxygène en 1877. Il fut élu membre de l’Académie des sciences en 1884. Toutes ces découvertes sont à l’origine de l’industrie moderne du froid, de la cryogénie et des hautes pressions. C’est ainsi que ces découvertes jouent un rôle important dans notre contemporanéité : conservation des spermatozoïdes, des embryons, et des organes pour leur transplantation par suspension du métabolisme, azote liquide pour traiter les verrues et les lésions cutanées, mais aussi la cuisine moléculaire, aujourd’hui très en vogue, qui utilise l’azote liquide pour la préparation des aliments !

- André COSTA (1926-2002) : journaliste, pilote automobile, navigateur et romancier, il fut rédacteur en chef du magazine l’Auto-Journal depuis la fondation de la revue en 1950, a été aussi protagoniste de nombreux raids et aventures en voiture (il remporta le Rallye du Maroc en 1950 comme copilote). Il fut également l’auteur d’ouvrages historiques consacrés à la seconde guerre mondiale.

- Hector Joseph DEBRUERE de VAUROIS (1769-1838) : maire de Châtillon, il fut député de la Côte-d’Or de 1815 à 1816, siégeant dans la majorité de la Chambre introuvable.

- Le vétérinaire Louis DESLIENS (1879-1975), connu dans le Monde pour ses travaux en physiologie cardiaque et circulatoire sur les chevaux.

- L’architecte Louis GUINOT (1849-1913).

- René JOFFROY (1915-1986) : archéologue, il est surtout connu grâce à son suivi de la découverte de la tombe princière de Vix, dans ce département ; une sépulture hallstattienne au mobilier exceptionnel demeurée pratiquement intacte, par Maurice Moisson . Il fut conservateur du musée de Châtillon.

- L’homme de lettres Hippolyte ROLLE (1799-1883), qui fut bibliothécaire en chef de la ville de Paris, avant de collaborer à divers journaux, comme Le National. Avec lui repose son fils, Henry Armand ROLLE (1829-1903), ancien auditeur au Conseil d’Etat, qui fut député de la Côte-d’Or de 1863 à 1870.

- Claude TESTOT-FERRY (1773-1856) : colonel et baron de l’Empire, puis maréchal de camp, il fut aide de camp du général Marmont, dont il suivit la carrière jusqu’en Espagne, puis à nouveau lors de la Restauration, et près duquel il repose. Il fut un des deux seuls officiers impériaux à avoir été pris en photo. En effet, vers la fin de sa vie à Châtillon-sur-Seine, le procédé inventé par Daguerre en 1835 était au point. Il existe donc un daguerréotype de Claude Testot-Ferry à l’âge de 70 ans environ.


Photos Joffroy et Desliens : http://www.christaldesaintmarc.com/

Une étude a été menée sur les tombes anciennes du cimetière par David Loiselet : « Panorama de la bourgeoisie chatillonnaise du XIXe siècle à travers l’étude des tombes du cimetière de l’église Saint-Vorles »


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vendredi 14 février 2014

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