MONTREUX (Suisse) : cimetière de Planchamp de Territet

visité en août 2017
mardi 19 juin 2018
par  Philippe Landru

Territet est une localité faisant partie de la commune de Montreux, au bord du lac Léman. Elle devint au XIXe siècle un lieu de tourisme et de villégiature pour une population privilégiée aristocratique et bourgeoise du Monde entier.

L’ancien cimetière paroissial des Planches sur Montreux étant devenu insalubre vers 1815, il convenait de le remplacer par un lieu de sépulture pouvant accueillir dignement les visiteurs étrangers. Un nouveau cimetière central destiné aux trois communes des Planches, du Châtelard et de Veytaux fut établi dès 1816 sur le coteau

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Le cimetière entre 1895 et 1905

viticole à proximité immédiate de Territet. Le terrain fut alors terrassé de manière à offrir des replats où seront creusées les tombes. Des escaliers assurent la communication d’un palier à l’autre, dans l’axe de la plus forte pente. Le voisinage immédiat de Planchamp resta agreste jusqu’aux premières réalisations hôtelières de la dynastie Chessex de Territet, vers 1840. La ligne de chemin de fer s’ouvrit en 1862, le funiculaire Territet-Glion en 1883.

En 1875, Ami Chessex, propriétaire de l’Hôtel des Alpes de Territet, offrit une parcelle située proche de la gare de Territet à la Société anglicane de Montreux, qui souhaitait y édifier une chapelle. Cet édifice devait répondre aux attentes spirituelles de la nombreuse clientèle anglophone de l’hôtel, alors l’un des plus renommé de Montreux. L’architecte John-Henri Foretay, de Morges, produisit les plans de la chapelle, caractérisée par son style néo-gothique. Elle fut inaugurée en 1877.

En s’abaissant dans la pente, le cimetière de Planchamp se prolongeait par le Jardin des Roses, esplanade engazonnée, parsemée de plates-bandes florales, où figure la statue de marbre blanc représentant l’impératrice Elisabeth d’Autriche, sculptée en 1902 par A. Chiattone [1]. Une promenade publique était ainsi assurée aux visiteurs regagnant leur hôtel dans la proximité du cimetière.

Avec le temps, le cimetière de Planchamp devint le reflet historique de la clientèle touristique de Montreux. La diversité des confessions représentées témoigne de l’importance du séjour montreusien pour le Gotha international. Fidèles jusqu’au bout à leur engagement professionnel, les hôteliers y sont enterrés au côté de leurs clients parfois décédés au cours d’une ascension en montagne.

Abandonné durant de longues années, les anciens tombeaux furent envahis par la végétation donnant évidemment au site le charme des lieux romantiques. Nettoyé, le cimetière fut finalement désaffecté (on laissa néanmoins quelques tombes, en particulier près de l’église) et transformé en un parc public à la fin des années 1980.

Le site est aujourd’hui paradoxal : s’il est charmant, offrant sur le lac et les montagnes toutes proches de très belles vues ; il est également un site enclavé : entre le cimetière et le lac se trouve à la fois la voie de chemin de fer, mais également la voie de circulation automobile la plus dense qui longe le lac. Rien n’a été prévu pour s’y garer, et s’y arrêter pour visiter le cimetière relève d’un parcours du combattant non sans risque !

Parmi les tombes subsistantes de l’ancien cimetière repose une grosse pointure : l’industriel suisse Henri NESTLÉ (1814-1890). Né d’un père verrier à Francfort, il effectua un apprentissage de pharmacien dans une officine de la ville. En 1843, il acheta un moulin et la distillerie attenante. Il y aménagea une petite usine chimique dans laquelle il essaya de fabriquer du vinaigre, de la farine d’os, de la liqueur et de l’huile. Il s’intéressa aussi à la production d’eau minérale, d’engrais à base d’os pulvérisés et de poudre de moutarde. Il se lança ensuite dans la production industrielle d’un aliment pour nourrissons à base de lait, de sucre et de farine de blé. Il inventa alors en 1866 la Farine Lactée Henri Nestlé sur le modèle du lait artificiel conçu par Justus von Liebig en 1865. Celle-ci fit ses preuves en sauvant un enfant allergique aux produits lactés et fut commercialisée dès 1867, et conquit alors l’Europe et les États-Unis. L’empire agroalimentaire Nestlé commençait son histoire...


Un ouvrage existe sur le cimetière, offrant de très belles photos : Mort d’un cimetière par Jacques et Luc Chessex.


[1Le 10 septembre 1898, elle dut mortellement blessée par un anarchiste italien à Genève alors qu’elle s’apprêtait justement à monter sur le bateau qui devait la ramener à Montreux.


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