Fan des Beatles : il découvre que le grand-père de George Harrison est enterré à Haisnes

Article de La Voix du Nord - 18 septembre 2015
samedi 19 septembre 2015
par  Philippe Landru

Fan des Beatles et féru d’histoire de la Grande Guerre, l’Arrageois Jean-Claude Hocquet a de façon inédite réuni deux de ses passions. En découvrant que le grand-père de George Harrison, l’un des Fab Four, tombé en 1915 lors de la bataille de Loos (dont on célébrera le centenaire le 25 septembre), est enterré au St-Mary Cemetery d’Haisnes. Pas loin du fils de Rudyard Kipling... L’info, qu’il a fait remonter à la Commonwealth War Graves Commission, fait depuis le tour des médias britanniques et irlandais.

Quand il a passé son mètre quatre-vingt-onze sous le montant de la porte du bureau, on a d’abord pensé que Jean-Claude venait nous causer basket, en plein Euro 2015. Genre : « Bonjour, c’est moi qui ait entraîné Nando De Colo à l’ASPTT Arras ». Mais non. Si, à 63 ans, ce retraité des Finances publiques a a un gros panier garni de passions,le basket n’y figure pas. En revanche, les Beatles, oui. Tout en haut de la liste. « Je suis un enfant des sixties. J’avais dix-douze ans quand ils ont envahi les radios et bousculé tous les codes. Alors je suis tombé dans la marmite ! » Biberonné au son des Love Me Do, She Loves You et From Me to You, il n’aura rien raté de la fulgurante carrière des Fab Four, jusqu’à leur dernier opus commun, Let It Be, sorti dans les bacs en mai 1970. Ni même de la suite des aventures, en solo, des Mc Cartney, Lennon, Harrison et Starr. Un seul regret : « Celui de ne pas avoir pu les voir en concert ». Il se sera consolé avec les Stones et Bob Dylan, dont il également un inconditionnel.

Un livre référence

La passion est telle que Jean-Claude a écrit un livre sur les Beatles, en collaboration avec un ami, Éric Krasker. La France et les Beatles, volume 1, édité en 2005, compile et détaille de façon très exhaustive la discographie française des quatre gaillards de Liverpool entre 1962 et 1970, soit les huit années d’existence du groupe : «  Douze albums originaux, publiés initialement en Angleterre, ont été édités chez nous. En ajoutant les compilations et les rééditions, on arrive à un total de 26 albums (33 tours) publiés en France entre 1962 et 1970. Durant la même période, 40 super 45 tours (4 titres) et 47 45 tours simples (2 titres) ont aussi vu le jour. Soit 113 références... », liste Jean-Claude. Lequel a passé des mois à la Bibliothèque nationale, à Paris, pour éplucher les documents de la section phonothèque, conservant jalousement et méticuleusement un exemplaire de chaque galette sortie en France depuis l’invention du vinyle jusqu’au dernier CD de Patrick Sébastien (certains disques prennent beaucoup de place pour pas grand-chose...).
Le bouquin étudie aussi les trois labels qui auront veillé aux intérêts français des Beatles : Polydor, Odéon, et Apple, leur propre maison de disque. De même qu’il livre de savoureuses anecdotes sur les illustrations des pochettes, énumérant les pièces rares que s’arrachent les collectionneurs, ou sur le fait qu’on publiait en France des EP à quatre titres : « Les albums étaient trop chers pour les jeunes ! Et les deux titres étaient réservés aux exploitants de juke box »...

Henry Harrison, grand-père de George, tombé en 1915 en Artois et enterré à Haisnes

Après les Beatles, la seconde passion de Jean-Claude Hocquet, c’est l’histoire. Et notamment celle de la Grande Guerre, l’Arrageois qu’il est sachant combien le territoire en porte de nombreux stigmates.
Une deuxième passion qu’il est, par le plus grand des hasards, parvenu à raccrocher à la première. Ainsi, en feuilletant une biographie en anglais des Beatles, Jean-Claude lit que le grand-père de George Harrison serait mort, à l’âge de 33 ans, au premier jour de la bataille de Loos-en-Gohelle, le 25 septembre 1915, et qu’il aurait été enterré au Saint-Mary ADS cemetery d’Haisnes-Lez-La Bassée, un cimetière entre Hulluch et Vermelles érigé à l’emplacement d’un ancien poste de secours britannique, où reposent plus de 1 800 soldats.
« J’y suis allé, explique Jean-Claude. J’ai photographié la tombe. Puis, pour en savoir davantage, je me suis rapproché de la Commonwealth War Graves Commission, qui ignorait que ce Henry Harrison était l’aïeul de George ». Une info de premier ordre, pourtant, alors que l’on commémorera les cent ans de cette bataille la semaine prochaine. Et une info qui, grâce à Jean-Claude, circule d’ailleurs depuis plusieurs jours dans la presse britannique et irlandaise, dont le lectorat est très attaché au devoir de mémoire !

Inhumé Pas loin du fils de Rudyard Kipling

Henry Harrison, père de sept enfants (dont une petite Jane qu’il n’aura pas connue puisqu’elle est née en avril 1915), avait quitté fin 1914 les docks de Liverpool, où il travaillait dans le bâtiment, mobilisé au sein du 1st Batt. Loyal North Lancashire Regiment.
Le hasard fait qu’il repose non loin d’une tombe qui a fait parler d’elle, et attire des centaines de touristes britanniques chaque année. Celle du fils de l’écrivain Rudyard Kipling (Le Livre de la Jungle), le lieutenant John Kipling, engagé dans les Irish Guards et tué le 27 septembre1915 à l’âge de 18 ans. L’histoire est tragique (racontée dans un film, My Boy Jack, sorti en 2007, avec Daniel Radcliffe, alias Harry Potter, et David Haig). Kipling père avait usé de son influence pour faire engager son fils, déterminé à aller se battre en France. La famille était restée deux ans sans nouvelles de lui, avant d’apprendre sa mort, mais sans savoir où il avait été inhumé. Ce n’est qu’en 1991, grâce à des recoupements successifs effectués dans les archives des Irish Guards et divers documents dont la biographie de Rudyard Kipling que des spécialistes britanniques de la Grande Guerre parviendront à identifier de manière concluante la tombe du lieutenant John Kipling. Au Lopin 7, rangée D, tombe 2, sur laquelle avait été jusque-là inscrit la mention « Known unto God », soit « inconnu sauf de dieu ».

« Their name liveth for evermore »

Jean-Claude, qui entend désormais tenter de retracer le parcours en Belgique (bataille de Mons) et en France d’Henry Harrison jusqu’à sa mort, a aussi déniché un autre point commun entre la Grande Guerre et les Beatles. En 1960, à l’époque où ces derniers, qui en ont assez d’écumer les bars miteux de Liverpool, vont tenter leur chance à Hambourg, en Allemagne, ils sont photographiés dans le cimetière d’Arnhem, devant une de ces pierres blanches que l’on trouve dans tous les cimetières britanniques, portant l’inscription : « Their name liveth for evermore ». Leur nom vivra à jamais. « C’est Rudyard Kipling, ravagé par le fait de ne pas savoir où avait été enterré son fils, qui a milité pour que cette inscription figure dans tous les cimetières britanniques, explique Jean-Claude Hocquet. C’est assez cocasse quand on sait que le nom des Beatles, lui aussi, vivra sans doute à jamais !  »


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