FONTEVRAUD (49) : abbaye

Visité en janvier 2011
mardi 3 novembre 2020
par  Philippe Landru

L’abbaye de Fontevraud est une ancienne abbaye d’inspiration bénédictine, siège de l’ordre de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel et située à Fontevraud, près de Saumur. Site de 13 ha établi à la frontière angevine du Poitou et de la Touraine, elle est l’une des plus grandes cités monastiques d’Europe. Initialement monastère mixte, accueillant femmes et hommes au sein des mêmes bâtiments, puis agrandi en monastère double dans l’esprit de la réforme grégorienne, l’abbaye de Fontevraud s’attira la protection des comtes d’Anjou puis de la dynastie des Plantagenêts qui en fit sa nécropole. Après un déclin à partir du XIIIe siècle, l’abbaye fut dirigée pendant presque deux siècles par des abbesses issues de la famille royale des Bourbons. La Révolution française porta un coup d’arrêt définitif à l’établissement religieux qui se transforma en établissement pénitentiaire jusqu’en 1963. Les différentes rénovations des édifices débutèrent dès le XIXe siècle après le classement de l’abbaye au titre des monuments historiques en 1840 et se poursuivent jusqu’à nos jours. En 2000, l’abbaye de Fontevraud fut classée au patrimoine mondial de l’Unesco avec l’ensemble du site culturel du Val de Loire.

Notre présentation se concentrera évidemment sur la dimension funéraire du lieu, même si, évidemment, d’autres aspects très intéressants sont à évoquer dans cette abbaye.

Robert d’Arbrissel

Fils de prêtre breton, né vers le milieu du XIe siècle, il devint en 1076 le bras droit de Sylvestre, l’évêque de Rennes. Il partit ensuite à Paris, où il étudia. De retour à Rennes, il obtint la cure d’Arbrissel et aida l’évêque de Rennes à appliquer la réforme pontificale de Grégoire VII. À la mort de l’évêque, ayant suscité jalousie et hostilité, il quitta Arbrissel. Retiré en forêt de Craon, il vécut, déjà quinquagénaire, en ermite, pratiquant la pénitence et l’ascèse. Il attira les disciples et fonda l’abbaye de la Roë. Connu pour son éloquence et son charisme, le pape Urbain II le chargea d’une mission de prédication. Une foule d’hommes et de femmes le suivit, mais cette troupe errante, hétéroclite, suscita de nombreuses critiques. Robert pratiqua le synéisaktisme (Ascèse particulière qui contraint les hommes à vivre dans le voisinage des femmes tout en restant chaste) pour obtenir son salut. Il installa sa communauté à Fontevraud, respectant plusieurs principes évangéliques : égalité, accueil des pauvres, des malades et en référence aux dernières paroles du Christ confiant saint Jean à la Vierge, il nomma une femme à la tête de cet ordre double.

Il mourut le 25 février dans le prieuré fontevriste d’Orsan (Cher). Une lutte âpre s’engage alors autour de sa dépouille (culte des reliques). Finalement, son corps regagna Fontevraud le 7 mars 1116 [1]. Il fut enterré à droite du maître autel de l’abbatiale, contrairement à ses vœux (il souhaitait être enterré dans « la boue du cimetière »). Le choix fait par la première abbesse de l’inhumer dans le choeur de l’abbatiale ne permit pas aux foules de venir de se recueillir et empêcha ainsi toute « constitution de miracle ». Ce fut là une volonté délibérée, pour le clergé, d’empêcher l’accès du peuple au tombeau : les exigences spirituelles et la conduite de Robert d’Arbrissel lui créèrent des difficultés pendant toute sa vie et bloquèrent les tentatives de canonisation au XVIIe siècle. Les historiens contemporains se disputent encore sur le sens de son action, le décrivant tour à tour comme un précurseur du féminisme, un défenseur des pauvres, un réformateur exigeant.

Les tombeaux de Robert d’Arbrissel

L’iconographie nous a transmis la représentation de plusieurs tombeaux de Robert d’Arbrissel complètement différents. Il faut faire tout d’abord la part de l’inexactitude des reproductions et des fantaisies des dessinateurs. En réalité, Robert d’Arbrissel n’eut qu’une tombe à Fontevrault, avec deux monuments différents :
- Un tombeau élevé par l’abbesse Pétronille de Chemillé, quelques temps après la mort de Robert (1116), qui portait une effigie évidemment en pierre, car à cette époque, en France, on ne savait pas encore sculpter dans le marbre.
- Un mausolée de 1624 avec effigie en marbre blanc couchée sur une table de marbre noir. Ce dernier tombeau ne fut pas élevé à la même place. L’abbesse Louise de

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Gravure du gisant de la moitié du XVIIe siècle.

Bourbon-Lavedan ayant fait faire un nouvel autel qui se trouva trop grand elle n’hésita pas à déplacer la tombe du saint fondateur. Ses cendres furent recueillies eu 1622 dans une capse de plomb et placées sous le nouveau mausolée, qui ne fut érigé qu’en 1624. Sur ce tombeau du milieu du XVIIe siècle, on lisait l’épitaphe qu’Hildebert, Evêque du Mans, avait faite en son honneur. L’objectif de Louise de Bourbon était de faire construire un bel autel pour décorer l’église abbatiale. Elle passa commande à un architecte du Mans, Gervais de la Barre ainsi qu’à son collaborateur Michel (appartenant à l’école mancelle des terracottistes de la première partie du XVIIe siècle) d’un tombeau monumental pour la sépulture du fondateur. On déposa donc sur l’autel, surmonté d’une table en marbre noir, l’effigie de 1624 de Robert d’Arbrissel, en marbre blanc, le représentant vêtu de ses vêtements sacerdotaux, les mains croisées sur sa poitrine, avec son tau (bâton pastoral) le long de son corps, les pieds nus et la tête reposant sur un coussin.

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Tête du gisant de 1624.
Abbaye de Fontevraud.

Que sont devenues les statues de ces tombeaux ? En dehors de la tête de Robert, daté de 1624, et qui est conservé à Fontevraud, On ne le sait pas. On a dit que les marbres noirs du dernier mausolée avaient été employés à faire les cheminées du château de St-Médard, entre Varennes et Chouzé mais on ne les y
retrouve plus aujourd’hui. Quant aux restes de Robert d’Arbrissel, Contrairement à ce qui a été dit et écrit, ils n’ont pas été profanés et dispersés à la Révolution. Le mausolée a pu être mutilé, mais on n’en a aucune preuve. La démolition n’a été faite qu’à la transformation de l’abbaye en maison de détention. La capse de plomb qui les contenait a été remise ainsi que celle du cœur aux religieuses fontevristes de Chemillè.

Le cœur de Robert d’Arbrissel, à sa mort, avait effectivement été conservé à Orsan. Un témoignage de 1711 décrit la présence d’une pyramide-carditaphe dans l’église du prieuré d’Orsan (disparu). On connaît mal les tribulations de ce reliquaire, qui se trouve désormais au prieuré de Sainte-Marie de Fontevraud la Barre de Martigné-Briand (49).

Que reste-t-il de nos jours ? A vrai dire pas grand chose : à l’emplacement de son tombeau, il ne reste plus désormais, entre deux colonnes, que la base du sarcophage protégé par une vitre.

Le panthéon des Plantagenêts


Cette abbatiale a parfois été appelée le « Saint-Denis des Plantagenêts ». Plusieurs membres de la descendance capétienne d’Aliénor d’Aquitaine furent effectivement inhumés ici. Cette empreinte était assez forte pour que, après l’effondrement continental de l’empire de cette famille, on y ait encore porté le cœur du roi d’Angleterre Henri III.

Les six Plantagenets avaient chacun leur sépulture distincte et chaque tombe était ornée d’un monument funéraire avec l’effigie du défunt. Tous ces monuments demeurèrent intacts jusqu’en 1504. En cette année, l’abbesse Renée de Bourbon, sous un prétexte de réforme, éleva dans l’église une clôture pour les nonnes et y transporta les effigies en même temps qu’elle troublait la disposition des sépultures cachées sous la pierre. Renée de Bourbon disposa ces effigies dans l’ordre suivant : « Henri II,

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Les tombeaux après 1638.

Richard, Aliénor, Jeanne d’Angleterre, toutes quatre, a côté l’une de l’autre et à la suite, couchées et étendues sur tombeaux vides et élevés ». Plus près de la grille, furent placées les statues d’Elisabeth et de Raymond.

En 1562, les Huguenots ravagèrent l’Anjou et saccagèrent l’abbaye ; puis, en 1638, pour un motif de décoration de l’église, les tombes royales furent de nouveau bouleversées ; les effigies subsistantes, au nombre de quatre, furent réunies sous une même arcade et en une sépulture commune. La clôture des dames et le cimetière des rois n’étaient pas ornés dans le goût du temps. Jeanne Baptiste de Bourbon résolut de faire deux belles arcades qui côtoieraient la grande grille et serviraient d’appui à deux autels placés dans le chœur des religieuses. « Pour faire les tranchées dés fondements de ces deux belles arcades », les tombes, déjà bouleversées par Renée de Bourbon, le furent à nouveau ; tombeaux et statues furent une fois encore disposés autrement.

Sans tenir compte des places occupées par les cendres royales dans les tombes, Jeanne Baptiste de Bourbon fit élever un mausolée commun sur lequel elle plaça quatre figures arrachées aux divers monuments qui les supportaient et les plaça dans cet ordre : Henri, Richard, Aliénor, Elisabeth. Comme son arcade était trop peu large pour contenir six statues, elle en fit disparaître deux ceux de Jeanne d’Angleterre et de Raymond ; elle les remplaça par deux statues de marbre blanc à genoux, qu’elle mit devant.

Les tombeaux connurent de nouvelles profanations en 1793. En 1810, les quatre gisants survivants « gisaient » parmi les décombres de l’abbaye. En 1816, l’Angleterre suggéra leur translation à l’abbaye de Westminster à Londres. Le gouvernement français ne s’y opposa pas, mais il en fut tout autre des Angevins ! Le préfet du Maine-et-Loire exigea une remise en place décente des tombeaux. Ceux-ci déménagèrent à plusieurs reprises. On les remis en état à Versailles en 1846 : le résultat fut loin d’obtenir l’assentiment. Une source de l’époque stigmatisa les « odieux restaurateurs » qui « ont profité du séjour des Plantagenêts à Paris leur remettre des nez, des mains, des sceptres, des couronnes ; les réparer à tort et à travers et les enluminer d’une couche de peinture épouvantable ». Un nouveau transfert à Westminster fut proposé en 1866, mais ils se solda par un nouvel échec.

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Disposition des gisants au XIXe siècle.

Les quatre gisants constituent le centre d’intérêt majeur de la visite. Aujourd’hui placés dans la dernière travée de la nef, à un emplacement proche de celui d’origine, il ne proposent néanmoins qu’une partie des œuvres funéraires que contenait l’église avant la Révolution. On les voit désormais dans l’état de restauration qui fut réalisée en 1846.

Les quatre effigies reposent sur un lit de parade drapé. Première observation : la statue d’Henri II était destinée à être à l’horizontale, comme en témoigne les plis des drapés vers le bas ; tandis que les trois autres sont bien des gisants « allongés ». Trois des gisants sont en calcaire (celui d’Isabelle est en bois) ; ceux d’Henri et de Richard ont été réalisés par les mêmes artistes. Les souverains sont revêtus des insignes de la royauté (couronne, sceptre, épée et gant).

Reposèrent donc à Fontevraud :

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Gisants d’Henri II et d’Aliénor d’Aquitaine.

- Henri II (1133-1189) : fils de Geoffroy V d’Anjou et de Mathilde l’Emperesse, fille du roi Henri d’Angleterre, il participa aux efforts de sa mère pour reprendre le trône d’Angleterre occupé par Étienne de Blois, cousin de sa mère et neveu de son grand-père Henri Ier. Fait duc de Normandie à 17 ans, il hérita du comté d’Anjou en 1151 et épousa peu après la duchesse Aliénor d’Aquitaine, dont le mariage avec le roi Louis VII de France avait récemment été annulé par le second concile de Beaugency. Après l’expédition d’Henri en Angleterre en 1153, le roi Étienne signa le traité de Wallingford par lequel il acceptait comme héritier Henri. Ce dernier monta sur le trône un an plus tard.

Henri II se révéla un souverain énergique et parfois brutal qui chercha à récupérer les terres et les privilèges de son grand-père, Henri. Au début de son règne, il restaura l’administration royale dévastée par la guerre civile et rétablit l’autorité de la Couronne sur le pays de Galles et ses possessions continentales. Sa volonté d’accroître le contrôle royal de l’Église lui valut l’opposition de son ami Thomas Becket, l’archevêque de Cantorbéry, et la dispute qui dura une grande partie des années 1160 se solda par l’assassinat de l’ecclésiastique en 1170. Sur le continent, Henri II entra en conflit avec Louis VII et les deux souverains s’affrontèrent dans ce qui a été qualifié de « guerre froide » pendant plusieurs décennies. Henri II agrandit ses possessions continentales souvent aux dépens du roi de France et en 1172, il contrôlait l’Angleterre, une grande partie du pays de Galles, la moitié orientale de l’Irlande et la moitié occidentale de la France ; ces territoires ont été qualifiés d’« Empire Plantagenêt » par les historiens.
Henri II et Aliénor eurent huit enfants et cela provoqua de fortes tensions sur la succession et le partage de l’Empire, des frictions encouragées par Louis VII et son fils Philippe-Auguste. En 1173, le fils aîné d’Henri II, Henri le Jeune organisa un soulèvement pour protester contre sa mise à l’écart du gouvernement et il fut rejoint par sa mère et ses frères Richard et Geoffroy ainsi que par les comtes de Flandre et de Boulogne. Cette grande Révolte fut écrasée mais la réconciliation ne dura pas longtemps et Henri le Jeune mourut après une nouvelle révolte en 1183. L’invasion de l’Irlande permit à Henri II d’offrir des terres à son fils cadet Jean mais le roi avait du mal à satisfaire les désirs de pouvoir de tous ses fils. Philippe II parvint à convaincre Richard qu’il risquait d’être évincé de la succession au profit de Jean et il se révolta en 1189. Henri II fut vaincu et il mourut peu après au château de Chinon d’une hémorragie digestive provoquée par un ulcère.

Il avait souhaité être inhumé dans l’abbaye de Grandmont dans le Limousin mais le temps chaud rendit impossible le transport de sa dépouille qui fut enterrée dans l’abbaye de Fontevraud.

- Aliénor d’Aquitaine (ca1122-1204) : tour à tour reine de France, puis d’Angleterre, elle joua un rôle politique important en Occident, notamment en ce qui concerne les relations entre les deux pays. Elle reçut une éducation noble et raffinée, apprenant le latin, la musique, la littérature, l’équitation et la chasse. Héritière du duché d’Aquitaine, elle fut mariée à l’héritier du trône de France, au futur Louis VII, mais resta duchesse d’Aquitaine cependant. Peu de temps après leur mariage mourut Louis VI, roi de France : elle fut couronnée reine de France à Noël 1137. Si elle semble faiblement impliquée dans le gouvernement, elle a de l’influence sur son mari. En 1145, Louis VII et Aliénor d’Aquitaine partirent ensemble pour la deuxième croisade, qui fut un échec cuisant. Au cours du voyage, les discordes entre les deux époux se multiplièrent. A Antioche, Aliénor fut soupçonnée d’infidélité et la rumeur d’une liaison entre elle et Raymond de Poitiers, son oncle et prince d’Antioche, enfla. Les deux époux rentrèrent séparément.

En 1152, le mariage fut annulé (on invoqua le motif de consanguinité aux 4e et 5e degrés). Huit semaines plus tard, elle épousa à Poitiers Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, de dix ans son cadet. Une catastrophe pour le roi de France : la conjugaison des possessions de son époux et des siennes en firent la première puissance occidentale, et on parla d’empire Plantagenêt. En 1154, ils devinrent les souverains anglais.

Les deux premières années, Aliénor assit son autorité. Elle suivit son mari au cours de ses voyages et le représenta quand il ne pouvait se déplacer. Entre 1167 et 1173, elle commença à prendre des décisions d’importance. Malgré sa réputation sulfureuse, elle sembla excédée par les nombreuses infidélités de son mari. En 1173, elle trama le complot qui souleva ses fils Richard, Geoffroy et Henri le Jeune contre leur père. Cette fut soutenue par Louis VII, le roi d’Écosse Guillaume Ier et de puissants barons anglais. Aliénor espéra lui reprendre le pouvoir mais elle fut capturée et Richard finit par rallier son père. Elle fut emprisonnée pendant presque quinze années. Après la mort d’Henri II, en 1189, elle fut libérée sur ordre du nouveau roi, son fils Richard Cœur de Lion. Elle gouverna l’Angleterre en son nom jusqu’au début de 1191. Lorsqu’il fut capturé, à son retour de la troisième croisade, elle rassembla la rançon pour le faire libérer. Lorsque Richard mourut en 1199, elle prit parti pour son dernier fils Jean et, à 77 ans, parcourut la France pour lui trouver des alliés. Une « légende noire » s’est tout d’abord constituée autour d’Aliénor d’Aquitaine avant sa réhabilitation par les historiens. Ce personnage historique hors norme a inspiré de nombreuses fictions, notamment romanesques.

Son tombeau fut profané à la Révolution et ses ossements dispersés. Subsiste son gisant.


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Gisants d’Isabelle d’Angoulême et de Richard Ier.

- Richard Ier « Cœur de Lion » (1157-1199) : élevé dans le duché d’Aquitaine à la cour de sa mère, ce qui lui valut dans sa jeunesse le surnom de Poitevin, il devint comte de Poitiers à l’âge de onze ans et duc d’Aquitaine lors de son couronnement à Limoges. Après la mort subite de son frère aîné le roi Henri le Jeune en 1183, il devint héritier de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l’Anjou, de la Normandie et du Maine. Pendant son règne, qui dura dix ans, il ne séjourna que quelques mois dans le royaume d’Angleterre dont il n’apprit jamais la langue. Il utilisa toutes ses ressources pour partir à la troisième croisade (il en profita pour s’emparer de Chypre laquelle régnait un prince byzantin, Isaac Doukas Comnène, après s’être détaché de l’empire byzantin en 1184), puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste, auquel il s’était pourtant auparavant allié contre son propre père. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituaient la plus grande partie de son héritage Plantagenêt. Poète et écrivain célèbre à son époque, notamment pour ses compositions en occitan mais aussi en langue d’oïl, il fut le modèle du « roi-chevalier » même si la postérité a excessivement grandi sa légende (ainsi, la légende de Robin des Bois, d’abord située sous le règne d’Édouard II (vers 1322), fut déplacée dans le temps par des écrivains anglais à partir du XVIe siècle dans le but de la rattacher au règne de Richard Ier). Il mourut d’une gangrène contractée suite à un tir d’arbalète lors du siège de Châlus (87).

Dictant ses dernières volontés, il a souhaité que son corps repose à Fontevraud, auprès de celui de son père. Son gisant y est toujours. Il a demandé que son cœur soit déposé dans la cathédrale de Rouen en « rémembrance d’amour pour la Normandie », auprès de son ancêtre Rollon. Il considérait aussi les Normands comme ses plus fidèles sujets. Quant à ses entrailles, selon une légende tardive, il les légua à cette terre limousine, qui lui aurait donné ses meilleurs compagnons d’armes et la langue dans laquelle il aimait écrire ses poèmes. En réalité, il entretenait des rapports complexes et paradoxaux avec l’Aquitaine, où il avait acquis par ses exactions une réputation de cruauté. Et, c’est pour punir ses « fidèles barons limousins » et l’évêque de Limoges qu’il s’était retrouvé, avec Mercadier, au pied du château de Châlus [2]. Ainsi écrit-on aussi qu’il voulut que ses entrailles reposent en Poitou en signe de mépris pour les Poitevins qui l’avaient trahi. En réalité, un fait pratique et beaucoup plus prosaïque explique que la terre de Châlus conserve les entrailles de Richard : afin d’être préservé de la putréfaction son corps fut, très vraisemblablement et selon l’usage, embaumé. Cette opération nécessite une éviscération. Ses entrailles furent donc laissées sur place et conservées dans l’église du château, Notre-Dame du Haut-Châlus, aujourd’hui ruinée. La boîte de plomb contenant les restes du cœur embaumé est redécouverte avec son gisant en 1838 par l’historien Achille Deville, directeur du musée des antiquités de Rouen lors d’excavations archéologiques dans la cathédrale de Rouen. Elle fut étudiée pour la première fois en 2012 par une équipe interdisciplinaire menée par Philippe Charlier.

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Gisant-carditaphe de la cathédrale de Rouen (76)

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Très hypothétique tombeau des entrailles dans l’église Notre-Dame du Haut-Châlus.

Le gisant de femme qui se trouve à ses cotés n’est pas celui de son épouse, Bérengère de Navarre, qui repose dans l’abbaye de l’Épau (72) qu’elle avait fondée et dans laquelle on peut voir son gisant.

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Gisant de Bérengère de Navarre en l’abbaye de l’Epau.

- Isabelle d’Angoulême (ca1188-1246) : fille du comte d’Angoulême, et d’Alice de Courtenay, petite-fille du roi de France Louis VI, elle fut reine d’Angleterre par son mariage avec le roi Jean sans Terre, dont elle eut cinq enfants. Loin d’être un mariage d’amour, ce fut une union politique : elle était convoité par le comte Hugues de Lusignan. En cas de mariage, ce dernier serait devenu si puissant qu’il aurait pu devenir un sérieux rival et déstabiliser l’empire Plantagenêt. À la mort de Jean sans Terre en octobre 1216, son fils aîné devint roi d’Angleterre sous le nom d’Henri III. Il semble que la comtesse-reine ait alors été exclue du cercle restreint des nouveaux conseillers du roi son fils. Elle se vit aussi confisquer une partie de son douaire, à la suite de quoi elle abandonna ses enfants en Angleterre et partit en France pour pouvoir s’occuper de son héritage. Durant les trois années suivantes, elle reprit progressivement le contrôle effectif de ses terres, écartant peu à peu les administrateurs qu’avait nommés son mari. En 1220, elle épousa Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, son ancien fiancé. Celui-ci venait de succéder à son père et leur mariage permit de former le territoire (Lusignan, la Marche et Angoulême) que Jean sans Terre redoutait en 1200. La guerre de Cent ans pouvait continuer...

Elle se retira à l’abbaye de Fontevraud. C’est là qu’elle mourut, après avoir pris le voile sur son lit de mort. Elle fut inhumée dans le cimetière des religieuses. En 1254, de passage à l’abbaye, son fils Henri III fit transférer son corps à l’intérieur de l’abbatiale, dans une tombe proche de celles de ses ancêtres Plantagenêt.

- Jeanne d’Angleterre (1165-1199) : fille d’Henri II et d’Aliénor, soeur de Richard Ier et de Jean-sans-terre, elle fut d’abord reine de Sicile par son mariage avec Guillaume II, puis comtesse de Toulouse en épousant Raymond VI. Affaiblie par sa dernière grossesse, elle se retira à Fontevraud, accoucha d’une enfant mort-né et mourut peu après.

Difficile de savoir où reposent les restes de Jeanne d’Angleterre, à cause des bouleversements qui se sont produits au cours des siècles, dans la disposition des tombeaux. Lorsque l’abbesse Renée de Bourbon décida la réforme de l’abbaye et la clôture des religieuses, elle fit transporter tombes et gisants dans la nef. Plus tard, en 1638, l’abbesse Jeanne-Baptiste remuera les monuments pour construire une belle arcade recouvrant le cimetière des rois, où elle plaça les gisants, puis elle fit sculpter deux statues en marbre, représentant Jeanne et Raimond. Il n’en reste rien.

- Raymond VII de Toulouse (1197-1249) : fils de la précédente, comte de Toulouse

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Représentation peinte de Raymond VII face à l’emplacement de son tombeau (dont il ne reste rien).

après la mort de son père, son règne fut marqué par la lutte contre la famille de Montfort pour reconquérir ses états qui avaient été données à cette famille après le concile de Latran (1215). Excommunié pour ne pas avoir lutter contre l’hérésie cathare, ce qui entraîna Louis VIII de France dans une nouvelle croisade contre les « Albigeois », Raimond VII dut céder au roi de France la partie méditerranéenne de ses États (Carcassonne, Béziers, Agde et Nîmes), ainsi que l’Albigeois. Il consentit, en outre, au mariage de sa fille unique, Jeanne, avec Alphonse de Poitiers, frère de Louis IX, ce qui prépara l’annexion définitive du comté de Toulouse au domaine royal (traité de Meaux-Paris, 1229). Afin de combattre l’hérésie, Louis IX et l’Église contraignirent Raimond VII à fonder l’université de Toulouse (1229), à ordonner la poursuite des cathares, et à autoriser les inquisiteurs dominicains à exercer leurs activités judiciaires dans ses domaines. Plus tard, Raimond VII tenta d’empêcher l’absorption finale de ses domaines par les Capétiens en s’alliant au roi d’Angleterre Henri III (1242), mais, à la suite de la retraite des Anglais, il dut s’incliner et signer le traité de Lorris (1243), qui marqua la fin de l’indépendance du comté.

Mort à Millau, il avait demandé à être inhumé à Fontevraud. Il ne reste plus rien de son tombeau, ni des statues priantes qui furent faites de lui (voir plus haut), mais on sait avec précision où il fut inhumé lorsqu’on découvrit sa tombe au pied d’une peinture le représentant sur la pile nord-ouest de la croisée. Cette peinture abimée est toujours visible.

Cette nécropole abrita également les restes de plusieurs princes de la famille, ainsi que les cœurs de Jean-sans-Terre et d’Henri III.


[1hormis son coeur : voir plus bas

[2Le lieu est discuté.


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vendredi 14 février 2014

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