CHANTILLY (60) : cimetière Saint-Pierre

Visité en mars 2013
samedi 9 mars 2013
par  Philippe Landru

Connu sous le nom de cimetière de la Fourrière, l’endroit recevait, pendant la guerre de 1914, les cadavres de chevaux morts pendant les combats.
Lorsqu’on eut besoin de terrain pour les blessées morts dans les hôpitaux militaires de Chantilly, on érigea les murs et on changea son affectation.

On peut lire sur le net une anecdote que je n’ai pas pu vérifier : on aurait donné au cimetière le nom du premier civil enterré, à savoir Pierre Marquis. Le chien de Pierre Marquis serait venu mourir sur la tombe de son maître peu après son inhumation : on ne voulut pas les séparer, mais comme on ne pouvait pas enterrer le chien en terre consacrée, sa tombe se trouverait de l’autre côté du mur.

Bien qu’entouré par la forêt, ce cimetière n’a strictement aucun attrait : la banalité du site sans aucune végétation n’est pas compensée par l’absence d’oeuvres d’art. Seule la présence des personnalités inhumées dans ce lieu, toutes étrangement marquées par des parcours sulfureux, entraînera donc le curieux dans sa découverte.


Curiosités


- Saluons l’organisation de la Conservation : à l’entrée du cimetière, un petit espace couvert contient le registre des concessions (rangées par ordre alphabétique) ainsi qu’un plan de grande taille sur lequel chaque tombe est identifiée. Avec la liste, il est donc très rapide de se rendre sur les quelques tombes présentées ci-après (à l’exception d’Abel Hermant : voir un peu plus loin).


Célébrités : les incontournables...


Tous les inhumés cités dans cet article pourraient faire partie, chacun à leur manière, des incontournables. C’est la raison pour laquelle je n’en ai privilégié aucun et les conservent dans la catégorie suivante.


... mais aussi


- Emilien AMAURY (1909-1977) : magnat de la presse, il était pourtant d’origine modeste. Il devint secrétaire de Marc Sangnier, puis fonda l’Office de Publicité Générale (OPG) qui gèrait les annonces publicitaires pour plusieurs titres de la presse démocrate-chrétienne. Sous l’Occupation, Amaury se vit confier par le régime de Pétain la diffusion de sa propagande sur le thème de la famille, mais il anima en sous-main un groupe clandestin, luttant contre la propagande et l’occupant. Sa position officielle lui permit d’inonder de papier la presse clandestine de la Résistance, toutes tendances politiques confondues (Résistance, L’Humanité, Courrier du Témoignage chrétien...), ainsi que les réseaux de faux documents pour la Résistance.A la libération, il créa Le Parisien libéré. S’associant par la suite à la Ligue féminine d’action catholique, il fonda Marie France. C’est aussi à cette époque qu’il créa le Syndicat de la presse hebdomadaire parisienne (devenu ensuite Syndicat professionnel de la presse magazine et d’opinion). En 1946, il aida Jacques Goddet à relancer le journal sportif l’Auto en le renommant L’Équipe. L’année suivante, L’Équipe et le Parisien libéré furent autorisés par l’état français à organiser le Tour de France. En rachetant L’Équipe en 1965, son groupe devient unique propriétaire de la course. Entre 1975 et sa mort, il s’opposa dans un violent conflit avec les ouvriers du livre. Il décéda des suites d’une chute de cheval.

- Jean (Jean Brochet : 1921-1963)) et Josette (1920-1996) BRUCE : après avoir appartenu à la police spécialisée de la brigade spéciale, actuelle Interpol, puis à la Résistance dans l’aviation, il exerça un grand nombre de métiers (dont joaillier, secrétaire d’un maharadjah ou encore acteur dans une troupe ambulante !), il commença sa longue série littéraire, le désormais très célèbre OSS 117, en 1949. De 1960 à 1963, Jean Bruce dirigea également la collection Espionnage des Presses de la Cité. Outre l’écriture de la saga OSS, pour gagner sa vie, il écrivit diverses histoires érotiques sous des noms de plume.

Rappelons l’importance de son oeuvre dans la fixation devenue stéréotypée de la figure de l’espion : le héros sportif en pleine possession de ses moyens, au visage énergique et buriné de prince pirate, au regard clair, à l’ironie tranquille, se posant sur les êtres et les choses avec cette assurance née d’une vie riche en aventures, son charme ne laissant aucune femme insensible. Car on l’oublie, mais Hubert Bonisseur de La Bath, dont « OSS 117 » est le matricule au sein de l’Office of Strategic Services, est né en 1949, soit quatre ans avant James Bond ! Le réalisme de l’oeuvre de Jean Bruce (nourri par la connaissance des différents métiers qu’il avait lui-même exercé) dans le contexte de la Guerre froide expliquent les raisons du succès de son oeuvre, ravivé régulièrement par les adaptations cinéma, dont celles d’André Hunebelle dans les années 1960 et, plus récemment, les comédies de Michel Hazanavicius dans les années 2000 avec Jean Dujardin dans le rôle titre.

Jean Bruce se tua au volant de sa Jaguar alors qu’il roulait à 200 km/h et finit sa course dans un arbre. Après sa mort, sa seconde épouse Josette Bruce poursuivit l’écriture de nouveaux titres dans la même série (série désormais poursuivie par les enfants du couple). Même sans les avoir lu, tout le monde connaît les couvertures, invariablement faites de jeunes femmes en tenue légère, et les titres improbables des aventures d’OSS (Coup de masse aux Bahamas, Halte à Malte, Zizanie en Asie ou encore Frénésie à Nicosie !).

- Abel HERMANT (1862-1950) : chroniqueur mondain de la Belle Epoque, homosexuel racé, ses satires des mœurs sans complaisance plurent assez pour lui valoir un siège d’académicien français en 1927. Sous le pseudonyme de Lancelot, il se consacra à des ouvrages puristes sur la langue française. Condamné, en 1945 à la dégradation nationale et à la réclusion perpétuelle pour avoir collaboré à la presse parisienne sous l’Occupation, il fut gracié et libéré en 1948. Exclu de l’Académie, son fauteuil, contrairement à ceux de Philippe Pétain et de Charles Maurras, fut pourvu de son vivant. Abel Hermant tenta de se justifier sur sa conduite pendant l’Occupation dans Le Treizième Cahier. Son oeuvre prolifique est totalement tombé dans l’oubli.

Malgré le peu de gens qui se souviennent encore de sa présence éventuelle dans ce cimetière, il est intéressant de noter que son identité ne figure pas sur le cahier à l’entrée. Sa tombe figure sous le nom du concessionnaire, à savoir l’Institut de France ! Sa tombe se trouve à l’entrée du cimetière.

- Alfred SIRVEN (1927-2005) : on a tellement entendu prononcer son nom dans les médias qu’on ne se souvient plus vraiment à quelle(s) affaire(s) judiciaire(s) il était lié ! « Directeur des affaires générales » chez Elf Aquitaine, il se constitua un réseau de personnalités politiques de droite comme de gauche dont il finança en partie les parcours. Il fut partie prenante de l’affaire Dumas pour avoir recruté la maîtresse de ce dernier, Christine Deviers-Joncour, afin qu’elle convainque le ministre d’accepter le contrat de vente de six frégates à Taïwan. Condamné à la prison ferme, parti un temps en cavale, il mourut d’un accident cardiaque avant la fin de son second procès.


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Commentaires

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CHANTILLY (60) : cimetière Saint-Pierre
vendredi 5 septembre 2014 à 18h49 - par  Dgabrielli

Y reposent également Maitre André GATTELET, notaire, chevalier de la Légion d’honneur, et son épouse Jeanne PRUDHOMME de LABADYE, petite-niece de Sully-Prudhomme, 1er Prix Nobel de littérature en 1901.

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