ASNIÈRES-SUR-OISE (95) : cimetière

Visité en mars 2013
samedi 9 mars 2013
par  Philippe Landru

Voilà, sur son site, comment se décrit la commune : « Village rural construit autour de l’Abbaye Royale de Royaumont [...] située au carrefour de la vallée de l’Oise et de l’Ysieux, flanquée des forêts de Chantilly et de Carnelle... ». Très proche de la capitale sans en subir les aléas, Asnières fait partie de cette « ceinture » bourgeoise du Val d’Oise (L’Isle Adam, Valmondois, Enghien...) qui attira depuis le début du XIXe siècle aristocratie, bourgeoisie (les châteaux et manoirs y sont nombreux), et artistes dans son sillage. Pour le taphophile, ces communes donnent des cimetières intéressants à visiter : les cadres en ont été généralement préservés (le patrimoine funéraire est aussi vecteur d’inégalités sociales), la densité d’oeuvres d’art y est plus grande, et c’est dans ce type de petites nécropoles que l’on fait le plus grand nombre de découvertes de personnalités inattendues.

Un nettoyage récent (2012) des nombreux grands tombeaux a participé également à une rénovation optimale du site.


Curiosités


- A l’extérieur du cimetière, mais à proximité, une tombe isolée et entourée de murs, à l’aspect de cimetière privé, porte comme unique identité « Soye-Tabar ». Je n’ai trouvé aucune information sur cet étrange tombeau.

- Une chapelle dotée d’un petit clocheton vient d’être nettoyée.

- Une belle pleureuse sur la tombe Chamard-Lesobre.

- Un buste en bronze par Charles Caunois sur la tombe Delchet.

- Une imposante stèle contemporaine sur la tombe d’un boulanger le reproduit dans son cadre professionnel.

- Plusieurs monuments à la mémoire des soldats morts à l’abbaye de Royaumont durant la Première Guerre mondiale, ainsi que la tombe d’une infirmière écossaise morte en service à la même époque. Un monument des « Dames écossaises » a été d’ailleurs édifié dans la commune pour leur rendre hommage.


Célébrités : les incontournables...


- L’historien et académicien français Frédéric Masson fut maire du village et aurait pu s’y trouver, mais il repose au Père Lachaise.

Pas de grande pointure, encore que par certains égards, les industriels Derolland-Delacoste pourraient y figurer.


... mais aussi


- Amédée ALBY (1862-1942) : ingénieur des Ponts et Chaussées, il épousa Sarah, la fille d’Emile Pereire. Nommé à Paris au Service de la Navigation de la Seine, il fut d’abord chargé de construire le pont Mirabeau ( l’une des quatre monumentales statues de bronze décorant les becs de piles de ce pont représente « la Navigation » sous les traits de Sarah Pereire). Il construisit également le pont Alexandre III et la passerelle Debilly dans la capitale.

- Le journaliste et critique d’art Arthur BAIGNERES (1834-1913), sous une stèle de facture antique en terre cuite.

- La belle chapelle DEROLLAND-DELACOSTE (qui a perdu sa gangue de végétation lors de la rénovation). Cette chapelle funéraire abrite les restes de deux familles associées à la tête d’une entreprise de jouets. Vers 1840 était implantée une modeste fabrique où se succédèrent, quelques années durant, diverses activités sans qu’aucun locataire ne s’enrichisse. En 1862, un industriel parisien, Monsieur Culaz, vint s’installer en ces murs pour y entreprendre la fabrication d’articles en caoutchouc ; de la confection d’imperméables, il passa rapidement à la fabrication de jouets et le succès ne se fit pas attendre. Il engagea Monsieur DEROLLAND (1834-1918), originaire comme lui de Haute-Savoie, l’associa en 1872 et lui remit la fabrique et la maison de commerce de Paris deux années plus tard. Celui-ci développa l’affaire et investit dans de nouvelles machines. En 1880, la maison Derolland proposait une gamme étendue de jouets qui était appréciée tant en France qu’à l’étranger. Monsieur Derolland associa à l’entreprise son neveu, Monsieur DELACOSTE (1866-1934), qui allait lui succéder et poursuivre, avec ses descendants, l’essor de la manufacture.

Marquée par les mouvements sociaux et une grève de trois mois en 1936, la société fut à son apogée dans les années 1960. C’est effectivement dans les locaux Derolland-Delacoste d’Asnières que naquît, en 1961, la désormais mythique « Sophie la Girafe », une girafe en caoutchouc mou naturel provenant de l’hévéa, de 18 centimètres de hauteur, tachetée au pochoir de noir et de marron, creuse, avec un sifflet produisant un couinement caractéristique, destinée au nourrisson de quelques mois, principalement pour différents aspects de son éveil et pour se faire les dents.

Après son rachat en 1977, puis en 1981, les activités de l’entreprise furent maintenues mais les effectifs réduits à une trentaine d’ouvriers. En 1993, les activités furent transférées en Haute-Savoie. Toute la famille est réunie dans la chapelle qui contient en particulier un buste en marbre.

Devant la chapelle, d’autres membres de la famille Derolland sont inhumés sous une stèle ornée d’un buste.

- La chapelle CONEGLIANO : contrairement à ce qu’on peut lire sur certains sites mal informés, le maréchal napoléonien Bon-Adrien Janot de Moncey, duc de Conegliano, mort en 1842, ne repose évidemment pas dans cette chapelle puisque, gouverneur des Invalides à Paris, ses restes se trouvent dans la crypte de la vénérable institution. C’est en revanche bien ici que repose sa fille Hélène (1807-1852) et sa descendance. Le maréchal n’eut pas de descendance mâle survivante, aussi on autorisa, à sa mort, l’époux d’Hélène, Alphonse-Auguste Duchesne de Gillevoisin (1791-1878) à reprendre ce titre (ainsi que la Pairie). C’est donc la descendance de ce couple qui repose auprès d’eux dans cette chapelle. C’est ainsi que parmi eux reposent :

  • Adrien Duchesne de Gillevoisin, 3ème duc de Conegliano (1825-1901), fils des précédents, qui fut chambellan de Napoléon III. Il fut en outre, de 1857 à 1869, député du Doubs de la majorité dynastique.
  • Antoine de Gramont-Lesparre Moncey de Conegliano (1889-1971), petit-fils du précédent, député de la Sarthe sur les rangs des républicains de Gauche de 1928 à 1932.

La chapelle de famille est anonyme de l’extérieur.

- Dans un coin du cimetière, récemment nettoyées et désormais immaculées, se trouvent trois croix annonçant le tombeau de famille des TRAVANET. ici reposent deux frères qui rachetèrent l’abbaye de Royaumont et en firent une manufacture et une filature de coton : Jean Joseph Guy Henri de Bourguet, marquis de TRAVANET, qui fut dénoncé et incarcéré à la prison Saint-Lazare avec son frère, en 1793. Libéré en 1794, il décéda en vendémiaire an IV, et Pierre Nicolas Joseph BOURGUET de TRAVANET (1753-1812), qui fut de 1802 à 1810 député du tarn.


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