LA ROCHELLE (17) : cimetière Saint-Maurice

vendredi 25 mai 2012
par  Philippe Landru

Bien qu’il soit minuscule, le petit cimetière Saint-Maurice accueille finalement plus de tombes notables que le grand cimetière Saint-Eloi.Son aspect ancien a été conservé, enclave d’un quartier désormais cerné de résidences modernes, ce qui explique qu’il séduise toujours, comme en témoigne l’inhumation « relativement » récente de Michel Crépeau.


Curiosités


- Pour les amateurs, on trouve dans ce cimetière un arbre nécrophage assez photogénique.

- Une vieille dalle signale la présence de Pierre André Salmon, chirurgien décédé le 5 février 1794. Une tête de mort très stylisée orne la tombe.

- Sa stèle nous accueille, fière et énigmatique, à l’entrée du cimetière de Saint-Maurice : « Ci-gît Norma Tessum Onda, née le 18 septembre 1854, décédée le 8 mai 1875 ». Drôle de nom pour une défunte. Drôle de destin aussi pour une jeune femme morte à 21 ans d’une tuberculose alors qu’elle vivait dans la petite rue du Bois-l’Épine, à Port-Neuf. Une femme qui, après sa mort, fut longtemps considérée comme la fille cachée de George Sand et Alfred de Musset.

Il faut dire que la tombe avait de quoi jeter le trouble : non seulement elle ressemble étrangement à celle d’Alfred de Musset, au Père Lachaise, mais Norma Tessum Onda n’est autre que l’anagramme de Roman, Musset et (à une lettre près) Sand. Il n’en fallut pas plus pour alimenter la légende. C’est un chroniqueur de l’« Écho Rochelais » du 19 avril 1882 qui entretint cette légende de l’enfant naturel du poète et de l’écrivain. L’histoire était belle. Mais totalement fausse.

Norma Tessum Onda s’appelait en fait Joséphine-Marie Ménard. Originaire d’un petit village du Maine-et-Loire, elle fut confiée à l’âge de 8 ans à une étrange dame venue de Nice, Françoise Coras alors âgée de 64 ans. Semi-mondaine, affabulatrice, la tutrice de Joséphine-Marie se plaisait dans le Paris agité de la fin de l’empire. Adolescente, Joséphine-Marie était magnifique. Françoise l’introduisit dans les milieux littéraires où elle rencontra peut-être Paul de Musset, le frère du poète - mais pas le poète - et posa pour quelques peintres. Quand Joséphine-Marie tomba malade, Françoise partit s’installer avec elle à La Rochelle, où la jeune femme mourut.

Et c’est cette même Françoise Coras qui commanda la stèle ressemblant à celle de Musset et y fit inscrire ce mystérieux anagramme qui fit couler tant d’encre. La tutrice, alors âgée de 77 ans, survécut six années à sa protégée. Elle mourut à l’hospice en 1881. Après son décès, on découvrit une foule d’objets ayant appartenu à Joséphine. Dont des livres d’Alfred de Musset dédicacés « À ma fille bien aimée », « À ma chère petite Norma ». D’authentiques faux en écriture dont on ne saura jamais s’ils provenaient de la plume de Joséphine-Marie ou de celle de Françoise. [1]


Célébrités : les incontournables...


- Michel CRÉPEAU


... mais aussi


- Eugène FROMENTIN (1820-1876) : peintre orientaliste dont l’oeuvre est à cheval entre l’art et l’ethnologie, il fut inspiré par ses voyages, notamment en Afrique du Nord. Il fut l’un des premiers artistes parisiens à prendre l’Algérie comme sujet principal de ses peintures. Très influencé par Delacroix, les toiles de l’artiste se caractérisent par un travail soigné de la composition ainsi que l’utilisation de couleurs très brillantes. Moins prolixe qu’avec un pinceau, l’artiste s’illustra également avec sa plume. En 1862, il publia Dominique : dédicacé à George Sand, ce roman autobiographique est considéré comme l’un des meilleurs dans sa catégorie.

Sa tombe est séparée de celle de son gendre, Alexandre Billotte (1845-1900) par un buisson. Leurs deux médaillons en bronze sont de Eugène Christophe.

A quelques mètres de ces deux tombes se trouve celle de Jenny Léocadie Chessé (1817-1844). Elle était L’épouse d’un agent de change rochellais, mais fut en l’occurrence l’inspiration du personnage de Madeleine de Nièvres dans le roman Dominique de Fromentin.


La morte oubliée

 [2]


Il l’appelle « La morte oubliée ». André-Gilbert Menant, membre de la Saintonge littéraire, s’est intéressé à une modeste tombe du cimetière Saint-Maurice à La Rochelle. Avant que le temps ne finisse par gommer le calcaire, on pouvait encore y lire « Jenny Béraud. 1817-1844 ». Simple anonyme disparue prématurément ? Pas pour ceux qui s’intéressent à la littérature. Car Jenny était un personnage de roman et non des moindres puisqu’elle inspira Eugène Fromentin pour son roman phare, « Dominique ». Jenny Béraud était en fait Jenny, Caroline, Léocadie Chessé, Rochelaise d’origine créole mariée à 17 ans à un surnuméraire des Contributions directes.

Une folle passion

À 19 ans, elle vécut une folle passion adultère avec son jeune voisin de 14 ans, Eugène Fromentin. Emportée par un cancer à l’âge de 27 ans alors qu’elle avait trois enfants, Jenny-Léocadie restera le premier et quasiment unique amour du peintre, écrivain et orientaliste rochelais. Dans « Dominique », publié en 1862, il la prénomme Madeleine. Mais tout laisse à penser qu’il s’agit bien de Jenny Léocadie. Et ce d’autant qu’il existe des correspondances entre Fromentin et George Sand qui le confirment. On s’écrivait beaucoup à l’époque dans les milieux littéraires.

Une supercherie

Et c’est là que la géographie fait un clin d’œil à l’histoire. Car, à un détail près, il semblerait que tout ce beau monde soit réuni en un même cimetière. Eugène y est, trônant fièrement avec son portrait sculpté sur la stèle, au milieu de toute la famille Fromentin. Jenny y est également. Mais en retrait, toute effacée, comme une amante cachée au regard de la bonne bourgeoisie rochelaise. Il ne reste plus de son souvenir qu’une pierre anonyme posée près du mur nord.

Et puis une autre tombe pourrait bien se mêler à cette histoire d’amour post-mortem : celle de Norma Tessum Onda, fille présumée de George Sand et Alfred de Musset. C’est du moins ce qu’ont longtemps cru les historiens voyant dans l’étrange nom de la défunte l’anagramme de Roman Musset Sand. Sauf que c’était une supercherie. Sand et Musset n’ont jamais eu d’enfant. Et si Norma, de son vrai nom Joséphine-Marie Ménard, a bien fréquenté les cercles littéraires parisiens, c’est sa tutrice qui, post-mortem, inventa l’histoire abracadabrantesque de cet enfant naturel des deux auteurs, allant même jusqu’à ériger une stèle ressemblant pierre pour pierre à celle de Musset au Père-Lachaise et glisser des fausses dédicaces « à sa fille adorée » dans les ouvrages de Musset au domicile de la défunte.

Donc, si Sand a bien recueilli les confidences de Fromentin, elle n’eut aucun enfant qui fut enterré à La Rochelle. Ce qui n’empêche pas le petit cimetière de Saint-Maurice d’avoir des allures de salon littéraire. Car, à deux pas de l’auteur de « Dominique » et « Un été dans le Sahara », on trouve également un certain Michel Crépeau qui publia « L’Avenir en face » et « les Chemins ardus du bonheur ». Ce même Michel Crépeau dont la devise « Avoir les pieds sur terre et la tête dans les étoiles » fut reprise, commentée, argumentée, philosophée…


Merci à Nicolas Badin pour les photos.


[1Article de sudouest.fr en date du 14 septembre 2010

[2Article de Sudouest.fr en date du 01 novembre 2012


Commentaires

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LA ROCHELLE (17) : cimetière Saint-Maurice
vendredi 11 juillet 2014 à 06h59 - par  J-P Perrin

Bonjour
Je recherche des informations sur la tombe de Georges Grasset, compagnon de la Libération, , décédé le 2 juin 1998 à Pons en Charente Maritime. Il a été Inhumé à La Rochelle mais je ne sais pas dans quel cimetière. Par ailleurs, je souhaiterais savoir si son épouse, Nadine Grasset, née de Lesdain en 1911, est inhumée à la Rochelle.Si c’est le cas, une plaque ou la pierre tombale mentionnent-elles la date de décès ? Merci par avance à qui pourrait me répondre. Et encore bravo, M. Landru pour ce très riche et passionnant site.
J-P P.

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