HERSIN-COUPIGNY (62) : cimetière

jeudi 11 août 2011
par  Philippe Landru

Cet article ne présente aucunement une visite exhaustive de ce cimetière mais met en lumière l’une de ses célèbres résidentes, au destin étonnant.

- Berthe LEROY est née le 10 août 1884 à Hersin dans le coron de La Longue Pierre, fille de Jules Leroy, mineur, et d’Adeline Calonne. Elle a une soeur jumelle, Marthe. Jeune fille, elle est placée à Paris après avoir fréquenté l’Ouvroir (atelier de coutures, lingerie et enseignement ménager) tenu par les soeurs de Saint-Vincent-de-Paul. Un jour de 1908, elle rencontre Mme Walter Douglas à l’hôtel Majestic, femme d’un richissime industriel américain (qui a fondé la marque Quaker Oats) qui lui demande de l’accompagner en tant que gouvernante. Berthe, fille de mineur, accepte. C’est une chance inespérée de découvrir le monde.

« Le 10 avril 1912, après un voyage de trois mois en Europe avec ses patrons, elle embarque sur le Titanic à l’escale de Cherbourg, pour préparer les 50 ans de Walter Douglas, en première classe », explique Thierry Dufournaud, membre de l’association française du Titanic (AFT), basée à Bruay. Une vie brillante et luxueuse commence alors à bord du Titanic : réceptions, fêtes, bals... Pour sa part, Berthe occupe une jolie cabine. Soudain, le navire heurte un iceberg. On frappe plusieurs fois à la porte de sa cabine. Mais Berthe ne répond pas. Il faut dire qu’auparavant, un steward l’avait courtisée. Les lumières s’éteignent. Elle attrape alors sa robe de chambre. Dans la confusion et dans le noir, elle ne trouve qu’une seule pantoufle. Elle erre un bon moment dans les couloirs obscurs et ne sait pas où se trouvent ses patrons. Sur le pont, un marin lui offre sa veste. À l’intérieur d’une des poches, elle y trouvera une pièce de 1 dollar qu’elle gardera en porte-bonheur. Elle monte dans le canot n°2, l’un des derniers à quitter le navire. Elle ne se rend même pas compte que sa patronne est dans la même embarcation. « Elle disait toujours que les cris des gens se noyant la hanteraient jusqu’à la fin de ses jours », note Christian Gorrée-Wéry, président de l’AFT. Quant à Walter Douglas, il périt dans les eaux froides de l’océan Atlantique nord. À l’aube, le Carpathia arriva et les recueillit à son bord. Berthe retrouva Mahala Douglas qui lui demanda de promettre de rester avec elle jusqu’à la fin de ses jours. Chose qu’elle accepta.
Berthe Leroy a peu parlé de cette triste nuit du 15 avril 1912. Les gens n’osaient pas l’interroger. Autre épisode malheureux de sa vie : Berthe Leroy échappa à l’incendie de son hôtel en Floride.

En 1927, alors qu’elle est partie à la gare de Boston pour chercher des musiciens pour sa patronne, elle rencontre Gaston Bourlard, né également à Hersin-Coupigny. C’est un ami de son frère qui a émigré aux États-Unis en 1912. Ils se marieront en 1929. « Mahala Douglas, grande philanthrope, a décidé d’offrir une autre vie à Gaston Bourlard. Elle l’envoie dans une école de majordomes à New-York. Il deviendra son chauffeur et son majordome », raconte Thierry Dufournaud. Mme Douglas aimait beaucoup Berthe. Elle acheta une maison à Hersin pour sa mère et sa soeur jumelle, au 65 rue Émile-Basly. Maison surnommée « la maison dollar » ainsi qu’une concession au cimetière, à la mort d’Adeline Calonne-Leroy. Berthe, la gouvernante, est aussi devenue la confidente de Mahala Douglas. « Elle fut le délice de ma vie pendant trente-deux ans. Un coeur d’or, un humour jamais défaillant, honnête, compétente, fidèle, dévouée, un cadeau des dieux », écrit Mme Douglas à propos de sa gouvernante, dans ses mémoires.

Mahala Douglas, fille du gouverneur Bradford et considérée comme excentrique par ses contemporains, décède en 1945. Elle ne s’est jamais remise de la mort de son mari Walter Douglas, à bord du Titanic. Berthe et Gaston partent alors en retraite à Santa-Barbara jusqu’en 1955, année où meurt Gaston. Il est d’ailleurs inhumé à Santa-Barbara. Berthe est anéantie. Elle fait un premier voyage de repérage sur la Côte d’Azur en 1960, revient voir sa famille à Hersin. En 1964, le paquebot France la ramène définitivement en France. Partie aux États-Unis Française, elle en reviendra Américaine. Elle finira sa vie dans la résidence Sully de Béthune. Le 4 juillet 1972, jour de l’Independance Day (fête nationale) aux États-Unis, et à 88 ans, «  elle demanda de l’eau et un double hoquet mis fin à sa vie  », déclare Thierry Dufournaud. Une fin hors du commun pour une femme au destin exceptionnel.


Source : article de Camille Janik dans L’Avenir de l’Artois en date du 28 mai 2009.

Merci à Pascal Charlet pour la photo.


Commentaires

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HERSIN-COUPIGNY (62) : cimetière
samedi 18 novembre 2017 à 19h53 - par  mackowiak béatrice

Je viens de lire cette histoire que je ne connaissais pas. Native d’Hersin Coupigny en 1949, je remercie la personne qui a publié cet article. Au cimetière d’Hersin repose tous mes ancêtres, grands parents PACER - TRAFFAS, oncles, tantes, mes ami(e)s, certaines parties si jeunes, voisins, voisines, j’espère un jour pouvoir refaire ce pèlerinage, encore merci

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