CHAUCONIN-NEUFMONTIERS (77) : cimetière militaire de Villeroy

visité en avril 2004
vendredi 8 février 2008
par  Philippe Landru

Le cimetière militaire de la Grande Tombe ne ressemble à aucun autre : il ne s’agit pas d’un alignement de tombes, comme ceux que l’on peut trouver dans la Meuse, mais d’un minuscule enclos propret au bord de la route. La petite porte poussée, et on se retrouve devant un ossuaire contenant les restes de 133 soldats tombés à cet endroit lors d’une contre-offensive de septembre 1914, c’est-à-dire au tout début de la guerre. Parmi eux repose leur lieutenant, Charles PÉGUY (1873-1914), le créateur des Cahiers de la Quinzaine, le poète qui chanta Jeanne d’Arc et la Meuse...

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Acte de naissance de Charles Peguy - Orléans.

Je n’aime pas Péguy : je ne me retrouve pas plus dans son catholicisme exalté et mystique que dans son nationalisme tout aussi passionné. Il appartient pour moi à une autre époque, à d’autres valeurs.

Néanmoins, sa tombe interpelle indéniablement : au bord de la route, cernée par les champs de blé de la fertile Seine-et-Marne où se déroulèrent naguère ces combats sanglants, et où le silence règne désormais - sinon le bruit du vent dans les épis - le site est enchanteur, irréel presque... Peguy aurait sans aucun doute apprécié cette sépulture.

Un peu plus loin, un monument et un calvaire indiquent l’endroit précis où Peguy tomba. Une petite table d’orientation permet de cerner les positions allemandes, celles des troupes françaises... L’endroit est emphatique, mais il n’est pas sans grandeur.

Un témoin de la mort de Peguy décrivit la scène dans une lettre à Maurice Barrès, que celui-ci publia :

***

« Ah ! cette fois, c’est fini de rire. Escaladant le talus et rasant le sol, courbés en deux, pour offrir moins de prise aux balles, nous courons à l’assaut. La terrible moisson continue, effrayante ; la chanson de mort bourdonne autour de nous. 200 mètres sont ainsi faits ; mais aller plus loin pour l’instant, c’est une folie, un massacre général, nous n’arriverons pas 10 ! Le capitaine Guérin et l’autre lieutenant, M. de la Gornillière, sont tués raides. « Couchez-vous- hurle Péguy- et feu à volonté ! » mais lui-même reste debout, la lorgnette à la main, dirigeant notre tir, héroïque dans l’enfer.

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Fiche de décès du ministère de la Défense.

« Nous tirons comme des enragés, noirs de poudre, le fusil nous brûlant les doigts. A chaque instant, ce sont des cris, des plaintes, des râles significatifs ; des amis chers sont tués à mes côtés. Combien sont morts ? On ne compte plus. Péguy est toujours debout, malgré nos cris de : « Couchez-vous ! », glorieux ; fou dans sa bravoure. La plupart d’entre nous n’ont plus de sac, perdu lors de la retraite, et le sac, à ce moment, est un précieux abri. Et la voix du lieutenant crie toujours : « Tirez ! Tirez ! Nom de Dieu ! » D’aucuns se plaignent : « Nous n’avons pas de sac, mon lieutenant ; nous allons tous y passer ! - Ça ne fait rien ! crie Péguy dans la tempête qui siffle. Moi non plus, je n’en ai pas, voyez, tirez toujours ! » Et quand, 100 mètres plus loin, je jette derrière moi un rapide coup d’œil alarmé, bondissant comme un forcené, j’aperçois là- bas comme une tache noire au milieu de tant d’autres, étendu sans vie, sur la terre chaude et poussiéreuse, le corps de ce brave, de notre cher lieutenant. »


Commentaires

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CHAUCONIN-NEUFMONTIERS (77) : cimetière militaire de Villeroy
lundi 11 mars 2013 à 16h54 - par  LIMON Jacques

Ce cimetière militaire a fait l’objet d’importants travaux de restauration et d’entretien il y a quelques années. Il a retrouvé une dignité et de la solennité. Le « Souvenir Français » y travaille.
Le mémorial Péguy installé à l’origine en vis-à-vis de la grand’ tombe (située sur Chauconin), a été déplacé à la fin des années 1980 au carrefour proche (et situé sur Villeroy), à l’initiative de l’ Amitié Péguy (c’était un projet d’un ancien président de l’association : Auguste Martin).
Péguy et la plupart des soldats sont tombés dans le grand champ situé au delà de la grand’ tombe, dans la pente allant vers le ruisseau de la Sorcière ; près de l’emplacement actuel du mémorial, là est tombé le capitaine Guérin.
A l’autre extrémité de la commune de Villeroy, en direction de « La Trace » le puits, dit « puits Péguy », est fléché ; il se trouve en plein champ, et de faible hauteur ; c’est un ancien puits de l’époque mérovingienne.
« L’ Amitié Péguy » et la municipalité de Villeroy veillent à entretenir la mémoire des lieux.

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CHAUCONIN-NEUFMONTIERS (77) : cimetière militaire de Villeroy
lundi 8 octobre 2012 à 13h44 - par  HolyvieR

J’aime particulièrement ce lieu de mémoire (en hommage aux premiers poilus de septembre 1914 tués au champs d’honneur) que j’ai découvert par hasard il y a 2 ans. Situé en bordure d’un champs sur la route qui va de Villeroy à Chauconin-Neufmontiers, je passe souvent devant ce monument funéraire (avec son drapeau français battant au vent) lors de mes balades à vélo et je m’y arrête parfois pour y déposer une rose.

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CHAUCONIN-NEUFMONTIERS (77) : cimetière militaire de Villeroy
samedi 9 janvier 2010 à 22h37 - par  Pierre

Bonjour,
J’ai visité une première fois ce cimetière il y a environ 10 ans, il m’était apparu comme vous le décrivez : « un minuscule enclos propret au bord de la route », j’y avais d’ailleurs renconté la personne qui entrenait ce cimetière et fort bien m’a-il semblé. Je suis retourné sur les lieux l’été dernier, j’ai été choqué par l’état de déréliction du lieu : la haie de charmille est en très mauvais état, les arbustes morts n’étant pas remplacés, il semble que le cultivateur les pulvérise comme il fait avec ses récoltes, la terre me semblait « traitée » aux déherbants, je ne sais pas si des fleurs avaient été plantées mais il n’y en avait aucune. Il m’a semblé que si l’agriculteur avait pu retourner la stèle avec sa charrue il l’aurait fait, il n’y a pas d’espace de protection entre son soc et le monument. A quelques mètres sur le côté il y a des gravas : poteau de béton barbélès et grillage, n’était-ce pas la cloture de protection ?
Le mémorial Péguy est lui aussi en mauvais état, les voitures se garant juste devant, il n’y a pas d’herbe, celà n’a rien à voir avec les monuments américains et anglais. Il faudrait aussi « repeindre » le texte du poême qui est devenu difficilement lisible. C’est vrai que ce mémorial est mal placé, juste dans le carrefour, c’est un agriculteur qui l’a fait déplacer autrefois parce que la chose dans son champ le gênait ! Il n’est plus au lieu où Péguy fut tué, et la table d’orientation me parait de ce fait quelque peu désorientée. Pour faire bonne mesure j’ai trouvé au beau milieu du champ de bataille une ligne TGV, ça tue complétement l’ambiance ! Par ailleur j’ai été étonné de ne trouver dans Villeroy aucune allusion au puits dit de Charles Péguy, j’ai vu quelques brousailles rue du puits, est-ce celà ?
J’admets très bien que ces morts de Villeroy ne sont pas plus que le million d’autres victimes de cette guerre, mais ce sont les premiers qui ont fait volte face pour repousser l’ennemi qui les talonnait, ils méritent d’être respectés en leur lieu de repos.

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vendredi 14 février 2014

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