LUMIGNY (77) : cimetière

Visité en mars 2007
vendredi 2 avril 2010
par  Philippe Landru

De tous les petits cimetières ruraux visités, celui de Lumigny est sans doute celui qui a le plus conservé l’aspect qu’il avait à la fin du XIXe siècle : une très grande partie des tombes anciennes, pour la plupart abandonnées, ont conservé leur entourage metallique qui était la règle. Parions malheureusement que la situation ne durera pas, et qu’une volonté hygiéniste passera bientôt y mettre « de l’ordre ».

Ce sera d’autant plus dommage qu’il existe finalement désormais très peu de cimetières qui ont gardé cet aspect ancien, faisant de celui de Lumigny un véritable conservatoire des pratiques funéraires du XIXe siècle. Ce capharnaüm de croix et d’entourages rouillés ont évidemment un charme tout romantique. On ne comprendra jamais pourquoi les petites communes rurales, qui n’ont pas le problème de surpopulation des grands cimetières urbains, se sentent toujours obligées de « faire le ménage », faisant ainsi disparaître tout ce qui demeure de leur passé, pour les remplacer par des vilaines nécropoles sans âme : dans le domaine du funéraire, les matériaux nobles des Français du XIXe siècle (même les plus modestes) surpassent largement la laideur kitsch des tombeaux nos contemporains !

Dans un coin du cimetière, quelques tombeaux d’allure sévère annonce l’enclos familial des derniers seigneurs du lieu, qui habitèrent le château jusqu’au milieu du XXe siècle : la famille de Mun.

Parmi les stèles similaires alignées contre mur se trouve celle d’Albert de MUN (1841-1914).

C’est alors qu’il était en captivité en Allemagne, avec son ami René de La Tour du Pin, qu’il découvrit le mouvement catholique populaire existant outre-Rhin depuis 1848 à l’initiative de personnalités telles que Wilhelm Emmanuel Ketteler, archevêque de Mayence et initiateur du catholicisme social, dans la mouvance du parti du Zentrum. Les événements de la Commune de Paris (1871) et la répression sanglante qu’elle entraîna, lui firent mesurer le fossé qui séparait la classe ouvrière du libéralisme : là où le mouvement marxiste apportait des réponses, la catholicisme n’avait rien fait pour s’adapter à la donne nouvelle, conservant des vues ultramontaines et conservatrices très éloignées des aspirations de la nouvelle classe ouvrière.

Pour tenter d’y remédier, il fonda alors avec ses amis les cercles ouvriers. Il souhaitait contribuer de cette façon à la rechristianisation du peuple et à la défense de ses intérêts matériels et moraux.
Député du Morbihan de 1876 à 1878 et de 1881 à 1893, puis du Finistère de 1894 à 1914, il contribua à l’élaboration de presque toutes les lois sociales de la Troisième République. Catholique et monarchiste, il soutint l’aventure populiste du général Boulanger pour contrecarrer la république bourgeoise. Il se rallia à la République dans le sillage des positions de Léon XIII et de la Doctrine sociale de l’Église. En 1901, il fut avec Jacques Piou l’un des fondateurs d’Action Libérale Populaire, le parti politique des catholiques ralliés à la République. Il se démarqua de beaucoup de catholiques en prenant, au début du XIXe siècle, position contre l’Action française.

Albert de Mun, tout comme Lacordaire, Léon Harmel et Montalembert, fut une figure marquante de l’évolution du message social de l’Eglise au XIXe siècle.

Il fut élu à l’Académie française en 1897.

Il fut primitivement inhumé au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux avant son transfert ici. Comme le précise sa tombe, son épouse repose au cimetière de Picpus à Paris auprès de ses parents.

Près de lui repose son fils, Bertrand de MUN (1870-1963), qui dirigea la maison Veuve Clicquot-Ponsardin jusqu’en 1951 et fut président de la Chambre de commerce et d’industrie de Reims et d’Épernay de 1929 à 1940. Il fut député de la Marne de 1914 à 1920 et de 1924 à 1928.

Une autre plaque cénotaphe honore la mémoire d’un autre académicien français, Robert d’Harcourt (1881-1965), qui était le neveu d’Albert de Mun. Il ne repose néanmoins pas ici mais au cimetière de Pargny-lès-Reims.

Tranchant avec ces tombes anciennes, la tombe de l’architecte Jean-Marc GEISER (1929-2005), qui réalisa avec son fils Luc (1954-1988) un dirigeable à pédales (!) opérationnel, le Zeppi.


Commentaires

LUMIGNY (77) : cimetière
mardi 4 décembre 2012 à 09h15

quand on voit la 3ème et la 6ème photo, je ne vois pas où est le romantisme dans tout çà !!!!!Par ailleurs , vu la dangerosité de certaines sépultures ( ferrures et croix saillantes ainsi que nombre de stèles descellées) je souhaite de tout coeur qu’aucun membre des familles de ces commentateurs ne se blessent ou voire plus. Se référer aux nouvelles législations des cimetières. Rien n’empêche les familles des défunts de faire le nécessaire pour remettre en état et effacer de ce fait les dangers.

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mardi 5 novembre 2013 à 14h53 - par  jpb77

Je suis désolé, mais je ne vois pas bien comment on peut se blesser avec les éléments de ces tombes, fussent-elles branlantes ! Si encore il s’agissait de chapelles menaçant de s’écrouler ! Mais ce n’est pas le cas.

Oui, je suis de ceux qui pensent que l’on doit préserver les parties anciennes de nos cimetières ruraux, quitte à créer une association qui s’en charge puisque les communes, et on les comprend, ne veulent ou ne peuvent se substituer aux familles parfois disparues des occupants des concessions.

J’apprends ici avec tristesse la prochaine « rénovation » du cimetière de Lumigny. Peut-être est-elle déjà commencée ?

Au cimetière de Saints, commune située non-loin de Lumigny et qui possède également un certain pourcentage de tombes anciennes, une procédure de reprise vient d’être lancée concernant de nombreux caveaux.

Alors, je lance ici l’idée de créer une Association Nationale de Sauvegarde des Cimetières Anciens. Si elle existe déjà, merci d’en donner les coordonnées.

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LUMIGNY (77) : cimetière
lundi 3 décembre 2012 à 06h18 - par  francois

et oui,la commune a par malheur élu un cimetièreophile....qui osera parler du montant des travaux engagé...alors que la commune manque de budget pour ses écoles etc.....connait-on des petits villages comme les nôtre dont les cimetières vont être gérés sur informatique.....il manquait peut-être un peu de place dans le cimetière de Lumigny mais sur Ormeaux et Nesles pas de crise du logement....après tout nous sommes qu’une seule commune....

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LUMIGNY (77) : cimetière
dimanche 4 novembre 2012 à 11h21 - par  Franck MICHEL

Malheureusement, ça y est. Madame Levaillant, Maire de Lumigny, vient de lancer les procédures de recherche pour les abandons de sépultures....Je crais que de nombreuses tombes abandonnées ne soient condamnées, sauf si une opposition se fait jour pour lutter contre cela.

C’est vraiment malheureux, car le cimetière est loin d’être plein, donc la récupération des tombes abandonnées n’est pas initiée pour une question de place.

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dimanche 4 novembre 2012 à 15h59 - par  HolyvieR

Mon Dieu... quel drame ! :’-(

Qu’est-ce que l’on pourrait faire pour sauver le cimetière de Lumigny et ses anciennes tombes du XIXe siècle, si romantiques ? :-O

LUMIGNY (77) : cimetière
dimanche 17 juillet 2011 à 21h11

Merci pour cet article... c’est vrai que notre petit cimetière et ses nombreuses tombes anciennes dénote avec ceux des communes voisines, mais c’est un plus.

Espérons que les élus ne se croient pas obligés d’y mettre leur grain de sel.

Gino

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