AUVERS-SUR-OISE (95) : cimetière

Visité en 1995
jeudi 1er avril 2010
par  Philippe Landru

Même les moins taphophiles savent que Van Gogh est inhumé à Auvers ! Néanmoins, l’intérêt de ce cimetière ne se limite pas à sa seule présence, comme l’indique d’ailleurs un panneau à l’entrée. D’autres peintres, attachés à la région, furent inhumés ici, mais il est vrai que leur nom est oublié de nos jours. Cet article a donc pour but de les présenter brièvement.

Le cimetière d’Auvers est l’un de ces cimetières ruraux comme il y en a tant en France, et en particulier en Ile-de-France : quadrilatère enfermé dans ses murs à la sortie du village, au milieu des champs peints par Van Gogh (ça et là, en pleine nature, un « parcours Van Gogh » est matérialisé par des panneaux qui reproduisent ses oeuvres in situ). Il ouvrit ses portes en 1858 pour remplacer le vieux cimetière qui se trouvait autour de la fameuse église qui fut peinte par Van Gogh. En 1875, on y transféra quelques tombes anciennes.


Curiosités


- La seule curiosité - appréciable - de ce cimetière est un plan, placé à l’entrée, qui localise les tombes des artistes d’Auvers. Comme nous allons le voir dans cet article, toutes ne sont malheureusement pas situées.

- Madame Chevalier, la gouvernante de la famille Gachet, repose sous un médaillon de profil en bronze signé L. Van Ryssel. Elle éleva les enfants Gachet, et faisait la cuisine pour les nombreux et prestigieux invités quotidiens du fameux mécène.


Célébrités : les incontournables ...


- Vincent et Théo VAN GOGH


... mais aussi


- Emile BOGGIO (1857-1920) : originaire du Vénézuela, après avoir étudier à l’académie Julian puis suivit les cours de Jean Paul Laurens, il participa en 1883 pour la première fois au Salon des Artistes Français où il fut médaillé. En 1900, il se rapprocha de Pissarro et de Monet. Il exposa au Salon d’automne depuis sa création en 1903 jusqu’en 1918 et en fut sociétaire dès 1904. Son art prolonge le postimpressionniste français. Il voyagea en Italie où il peignit des marines, séjourna régulièrement dans la vallée de l’Oise et acquit vers 1910 une maison à Auvers-sur-Oise. Il est considéré comme l’un des pionniers du postimpressionniste au Venezuela.

- Léonide BOURGES (1838-1910) : fille d’un marchand de tableaux, elle fut l’élève et l’amie de Daubigny. Elle habitait Auvers et venait peindre avec son maître, tantôt en atelier, tantôt sur le motif. Elle se lia avec Corot et commença à exposer au Salon de 1857 des natures mortes et des scènes de genre. Peu à peu, sous l’impulsion de Corot, elle se dirigea vers le paysage et la peinture de plein air, exposant au Salon de 1865 ses premières vues d’Ile-de-France. Elle publia en 1894, sous le titre “Daubigny, souvenirs et croquis”, une suite d’estampes retraçant le cadre familier du peintre. Son art reflète celui de son maître, tempéré par une sensibilité très féminine. Elle a exécuté un grand nombre de gravures pour l’illustration de plusieurs volumes.

- Guillaume CORNELIS van BEVERLOO (1922-2010) : peintre d’origine néerlandaise, il vivait en France depuis les années 50. En 1948, il avait créé, avec d’autres peintres et quelques poètes, le mouvement CoBrA (dissous en 1951) qui privilégiait notamment la création en commun d’oeuvres artistiques. Egalement sculpteur et graveur, il exposa dans le monde entier ses oeuvres très colorées, fortement expressionnistes, avec des motifs parfois empruntés aux arts populaires. Son rêve, que l’on respecta, était d’être inhumé près de Van Gogh.

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- Otto FREUNDLICH (1878-1943) : précurseurs de la peinture non figurative allemand, ses oeuvres, présentes très tôt dans les collections des musées allemands, furent à partir de 1939, détruites par les nazis (c’est l’une des ses sculptures qui était reproduite par les nazis sur la couverture du catalogue de l’exposition itinérante sur l’art dégénéré !). Très peu de temps après avoir été arrêté dans le sud de la France où il s’était réfugié, il fut assassiné en mars 1943, au camp de Sobibor. Mort en déportation, ce tombeau lui sert de cénotaphe. Sa compagne, la peintre et sculpteure allemande Jeanne KOSNICK-KLOSS (1892-1966), également pionnière de l’abstraction, y repose.

- Norbert GŒNEUTTE (1854-1894) : ancien élève d’Isidore Pils, ce peintre et graveur oscilla toute sa vie entre l’Impressionnisme, dont il côtoya les principaux protagonistes, et une peinture presque académique, notamment dans certaines scènes de genre qui n’eurent aucune difficulté à être admises aux Salons. Fréquentant Montmartre et la Nouvelle Athènes, il posa en 1875 pour Renoir dans le Bal du Moulin de la Galette : il est celui, en bas à droite, qui fume la pipe face à Georges Rivière, coiffé d’un canotier. En 1891, le Dr Gachet lui trouva une maladie cardiaque et lui conseilla de s’installer à Auvers-sur-Oise. Il accepta d’autant plus volontiers que depuis 1861, autour de Daubigny, une colonie d’artistes s’y était établie. Goeneutte y réalisa un portrait du Dr Gachet (1891), aujourd’hui au Musée d’Orsay. Sans avoir fait une carrière exceptionnelle, il a exposé aux différents Salons, y compris à la Nationale des Beaux-Arts. La plus connue de ses œuvres, Le Boulevard de Clichy sous la neige, se trouve à la Tate Gallery de Londres.

- Le peintre Douglas JONES (1926-1964), qui repose sous une simple plaque indiquant son identité.

- La peintre Fanny-Louise LECOMTE (1836-1894), qui fut l’élève de Carolus-Duran.

- La chanteuse iranienne MARZIEH (Achraf Al-Sadat Mortezaï : 1924- 2010), qui avait entamé sa carrière comme actrice de théâtre à Téhéran, en 1942. Elle connut un vif succès au cours des années 60 et 70, où elle avait sa propre émission quotidienne à la radio. Elle y interprétait les classiques de la musique iranienne et des chansons modernes. Contrainte au silence après la révolution islamique en 1979, elle avait quitté l’Iran en 1994, annonçant son engagement aux côtés des Moudjahidine du peuple, principale composante du CNRI. Au cours de sa carrière, elle avait chanté devant les grands de ce monde : Elisabeth II, Charles de Gaulle, Adenauer ou encore le président américain Richard Nixon.

- L’historien Henri MATAIGNE, auteur de nombreux ouvrages dont une monographie sur Auvers.

- Eugène MURER (Hyacinthe Meunier : 1846-1906) : personnage inclassable ! D’origine très modeste, il s’exerça à plusieurs petits métiers avant de publier plusieurs romans et d’écrire quelques articles, tout en étant patissier, puis restaurateur : on dit qu’il fit fortune en vendant des pâtés ! Passionné de peinture, il devint lui-même un excellent pastelliste et graveur. Propriétaire d’un restaurant à Auvers-sur-Oise, il eut parmi ses clients habitués Pierre Auguste Renoir (qui fit son portrait, ci-contre), Monet ou Pissarro à qui il prêta de l’argent. Marchand et collectionneur de tableaux, il fut un amateur des impressionnistes qu’il invitait tous les mercredi au 95 Boulevard Voltaire pour un repas. Sur les conseils de Renoir, il quitta Paris pour l’Afrique ou il découvrit les couleurs et la lumière. Il en rappotera quelques 300 toiles au bout de deux ans. Il exposa par la suite à plusieurs reprises sa collection.

- Eliane RICHEPIN (1910-1999) : pianiste virtuose, ancienne élève d’Alfred Cortot, de Marguerite Long et d’Yves Nat au Conservatoire de Paris, elle mena une impressionnante carrière mondiale, donnant plus de 1200 récitals et près de 700 concerts avec orchestre ! Elle avait fondé un concours d’interprétation à Montevideo, avant de créer, en 1972, l’Université musicale internationale de Paris.

- Charles SPRAGUE PEARCE (1852-1914) : peintre américain, ancien élève de Léon Bonnat à Paris, il s’installa à Auvers. Il fut à la fois paysagiste et portraitiste, mais également décorateur (Bibliothèque du Congrès à Washington). Il exposa au Salon de 1904.

- L’architecte Jean-Baptiste YOLLANT (1852-1894), ornée d’un médaillon réalisé par Léon Fagel. Le décor de cette stèle mérite un regard attentif, car il ne se livre pas facilement : ce que l’on peut prendre par distraction pour une croix est en réalité l’entremise des deux équerres d’architecte qui évoque le métier du défunt. En scrutant bien (invisible sur la photo), on remarquera également un fil à plomb, un clocher placé à la croisée d’un transept, et une tourelle d’escalier sculptés.


Source : http://www.van-gogh.fr.

Merci à Claude Schwab pour la photo de la tombe de Cornelis.


Commentaires

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AUVERS-SUR-OISE (95) : cimetière
dimanche 1er janvier 2017 à 18h07 - par  Erard

Mais où se trouve la tombe de la famille Gachet ?

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dimanche 1er janvier 2017 à 20h39 - par  Philippe Landru

@Erard : au Père Lachaise.

AUVERS-SUR-OISE (95) : cimetière
lundi 17 novembre 2014 à 16h38

Il me semble qu’on oublie l’écrivain Julien Blanc à côté des Van Gogh non ?

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AUVERS-SUR-OISE (95) : cimetière
lundi 26 septembre 2011 à 09h43 - par  Mathilde

Il y a actuellement une très belle exposition des oeuvres de Corneille au Château de Vascoeuil, 20 km avant Rouen, jusqu’au 23 octobre, on y voit des sculptures, tableaux, tapisseries.

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