LYON (69) : nouveau cimetière de la Guillotière

visité en mai 2001
dimanche 18 janvier 2009
par  Philippe Landru

Depuis 1695, existait près du château de Lamotte, sur le terrain d’une ancienne maladrerie, un cimetière dit « de la Madeleine ». C’était le cimetière des pauvres et des vagabonds. A cette époque, Lyon comptait environ 150 000 habitants et 14 paroisses possédant chacune son ou ses cimetières.

Une séance publique du Conseil général du District de Lyon en date du 1er mars 1795 aboutit à la déclaration qu’il était « très urgent de faire les constructions nécessaires à l’établissement d’un cimetière dans une partie du terrain provenant du nommé Macors frappé par le glaive de la Loi et fusillé le 5 décembre 1793 ». Ce terrain était sur la commune de La Guillotière, jouxtant la grande route de Grenoble, entre ladite commune et celle de Bron donc, hors limites lyonnaises... Le cimetière de la Guillotière ouvre ainsi ses portes en 1822.

En 1852, la Guillotière fut intégrée à Lyon, et avec elle son cimetière.

En 1854, on construisit un cimetière, plus vaste, de l’autre coté de la route de Grenoble, au lieu-dit Combe Blanche. Antoine-Marie Chenavard en fut l’architecte. Il fut organisé selon un tracé radioconcentrique (voir plan google).

La première sépulture y fut faite le 2 janvier 1855, le jour même où fut définitivement fermé le cimetière de la Madeleine. Ce cimetière devint donc « l’ancien cimetière de la Guillotière », pour le distinguer du « Nouveau », créé en 1957 à proximité de l’ancien. Le cimetière a été bombardé le 26 mai 1944. Certaines tombes gardent des traces d’obus.

Curiosités

- Le cimetière de la Guillotière possède un nombre coonsidérable de tombeaux ayant un attrait particulier : difficile en une visite de tout appréhender. Cet article recensera les plus remarquables, sans pour autant être exhaustif.

L’allée principale, menant vers le rond-point central, offre un magnifique panorama de tombeaux ouvragés.

- Le tombeau de Jean-Philippe Anstett (1831-1887), né à Strasbourg « et donc Français de naissance » comme le proclame son tombeau. Président de sociétés patriotiques, il fut nommé « consul des Alsaciens-Lorrains de Lyon ». Sa longue épitaphe renvoie au contexte revanchard des années qui suivirent la perte de l’Alsace-Moselle suite à la guerre franco-prussienne de 1870.

- De nombreuses tombes illustrent la réussite économique des grandes familles industrielles de Lyon : les Lumière, les Milliat, les Berliet, les Perrache...

- De nombreux très beaux tombeaux :

    • La chapelle ouvragée des Charpin-Godet.
    • La très belle tombe art-déco d’Adolphe Garilland.
    • Bébés, angelots, chiens familiers... les détails sont nombreux dans la statuaire du cimetière...
    • Bien entendu, le cimetière à son lot de pleureuses, de veilleuses, d’anges élancés...
    • La tombe de Georges Monget, ornée à la fois d’un médaillon en bronze et d’une pleureuse en pierre.
    • Un magnifique Saturne harassé en bordure de l’Allée principale.

- Un monument dédié aux soldats italiens tombés pendant la Première Guerre mondiale.

Les célébrites : les incontournables...

- Les frères Auguste (1862-1954) et Louis (1864-1948) LUMIÈRE
- Jacques MARTIN
- Max MEYNIER

Les Compagnons de la Libération André BOLLIER (1920-1944) et Gustave ANDRÉ (1908-1944) avaient été inhumés dans ce cimetière avant d’être transférés dans le cimetière militaire La Doua de Lyon.

... mais aussi

- Le peintre et graveur lyonnais Hector ALLEMAND (1809-1886), qui repose sous son buste en bronze.

- Le constructeur automobile Marius BERLIET (1866-1949), qui fut le grand fournisseur de camions et d’autobus durant la Seconde Guerre mondiale, et qui fut condamné après la guerre pour collaboration. Confisquée en 1945, l’entreprise qu’il fonda fut rendue à la famille après sa mort : en 1978, elle fut absorbée par Renault.

- Clotilde BIZOLON (1870-1940), figure populaire de la ville : ayant perdu son fils aux combats en 1915, elle créa un restaurant destiné aux soldats dans la gare de Perrache, le déjeuner du soldat, où elle servait des repas gratuits (on l’appela désormais la « maman des poilus »). Elle fut assassinée chez elle durant la Seconde Guerre mondiale.

- François BOQUET (1913-1987) : résistant, il fut arrêté et déporté à Buchenwald où il recréa un réseau de Résistance. Après la guerre, il poursuivit une carrière militaire en tant que général. Il fut fait Compagnon de la Libération.

- La première femme pilote de chasse de l’armèe de l’air française Elisabeth BOSELLI (1914-2005), détentrice de plusieurs records, qui achemina le courrier des troupes durant la Guerre d’Algérie.

- Le spirite Alphonse BOUVIER (1851-1931), qui fut co-fondateur avec Célestin Brémond de la « Fédération lyonnaise et régionale des spiritualistes modernes »(1903-1910), Directeur-fondateur des revues spirites « L’Union occulte française »(1890-1891) et de « La Paix universelle »(1891-1910). Il fut inhmé au cimetière de la Guillotière. Un monument en son honneur a été inauguré en 1936 (allée centrale, allée 20).

- Jules BRUNARD (1837-1910) : conseiller municipal, adjoint au maire, il fut député radical-socialiste du Rhône de 1902 à 1910. Il fut aussi le « fondateur et Président du Denier des Ecoles de la Guillotière ». Son buste orne sa tombe.

- L’ouvrier métallurgiste Jean CAGNE (1907-1958), qui devint membre du Comité central du Parti Communiste et qui fut député du Rhône de 1951 à 1958. Sa tombe est ornée de son médaillon en bronze.

- Le brasseur de bière lyonnais André COMBALLOT (1770-1841), qui possédait une grande partie du quartier de la Guillotière.

- Le cartographe de Lyon, Laurent DIGNOSCYO (1795-1876)

- Le joueur d’échecs René FANKHAUSER (1905-1985), qui fut champion de France en 1945.

- L’acteur Georges GREY (1911-1954), qui tourna dans les années 30 et 40, en particulier dans les films de Sacha Guitry (Le Destin fabuleux de Désirée Clary, le Diable boiteux...).

- Le chimiste Victor GRIGNARD (1871-1935), qui reçut en 1912 le Prix Nobel avec Paul Sabatier pour sa découverte des dérivés organomagnésiens mixtes appelés également « réactifs de Grignard ». Il était membre de l’Institut. Un bas-relief en bronze le représentant orne sa tombe.

- Victor LAGRANGE (1845-1894) : typographe et publiciste, il fut un député du Rhône siégeant avec la Gauche radicale de 1881 à 1893. Un beau bas-relief en bronze orne sa tombe.

- Jean-Claude POMPEÏEN-PIRAUD (1847-1907) : dentiste de métier, mais passionné d’une discipline qui n’en était alors qu’à ses débuts, l’aviation, il fut un inventeur infatigable. Malgré les échecs, il construisit des engins volants en s’inspirant du vol des oiseaux et des chauve-souris. En 1883, il connut la notoriété avec la construction d’un ballon ovoïde qui vola sur 150 kilomètres. En 1900, il reçut une médaille d’argent pour un aéronef qu’il présenta.

- La famille de cirque RANCY

- Le poète Camille ROY (1851-1922), qui fonda la « Revue du siècle » en 1887 et « l’œuvre de la chanson française ».

- Le tombeau de famille des brassiers RINCK.

- La mémoire du pilote de chasse Antoine ROUSSELOT (1919-1999), qui fut fait Compagnon de la Libération, est évoquée sur le tombeau de sa famille maternelle dans ce cimetière. Il fut en réalité inhumé dans le cimetière de Saint-Cernin, dans le Lot (confirmation de la part de la famille, ainsi que du site de la chancellerie des Compagnons de la Libération qui m’a en outre indiquée qu’il n’était pas Grand Croix mais Commandeur de la Légion d’Honneur). L’évocation d’Antoine Rousselot à la Guillotière doit donc avoir valeur de cénotaphe.

- Le sculpteur Jean VESCHNEIDER (1872-1943), qui repose dans le magnifique tombeau Duc orné de lions aîlés.

- Eugène VINTRAS (1807-1875) : ce normand exerça de multiples métiers avant de se fixer à Tilly-sur-Seulles (Calvados). C’est là que le 6 août 1839 il dit avoir reçu la visite de saint Joseph qui lui annonce l’avènement du règne de l’amour. Il fonda alors l’Oeuvre de miséricorde, destinée à préparer l’avènement du Saint-Esprit. Il disait avoir des extases, des visions et faisait communier ses adeptes avec des hosties ensanglantées. En 1842, il fut arrêté puis condamné à cinq ans de prison pour escroquerie. A sa sortie de prison, il reprit ses activités avant de s’exiler en Angleterre de 1852 à 1862. Il y publia l’Evangile éternel. De retour en France, il institua à Lyon le Carmel d’Elie car il était convaincu d’être la réincarnation du prophète Elie. Il mourut à Lyon. Il fascina Huysmans et fut dénoncer comme un escroc dans l’œuvre de Barrès.


Commentaires

Logo de Philou
LYON (69) : cimetière de la Guillotière
samedi 16 mars 2013 à 12h32 - par  Philou

Concernant Clotilde Bizolon , voir un récent article du PROGRÈS , ou témoigne , 73 ans après (!) , un voisin qui dédouane l’unijambiste accusé à l’époque et qui s’était suicidé au dépôt du palais de justice.
Quant au cimetière de la « Guille » , il est bien sur la route de Grenoble (aujourd’hui avenue BERTHELOT) qui , dans son prolongement , donne sur la commune de BRON.

Logo de jean-louis   retraité 75 ans
LYON (69) : cimetière de la Guillotière
mardi 11 décembre 2012 à 13h00 - par  jean-louis retraité 75 ans

Très belle page. En 1942 j’avais 4 ans , mes parents habitaient Grande rue de Montplaisir et mon petit frère fut enterré le 28 O4 1942 au cimetiere de la Guillotière. Je me souviens , venant du mur proche, des douilles de balles de fusil que je ramassait sur la tombe d’Alain. On m’a dit que c’est là dérrière ce mur, que les nazis fusillaient les résistants. Es ce vrais ? Je cherche des renseignements et le lieu de l’appartement, on passait sous un porche pour aller dans la cour. Au fond de la cour il y avait un genre d’atelier d’ou on sentait comme des métaux (serrurier ? mécanique, autres) . Je jouait sur une vieille carcace de voiture devant cet atelier. Une petite copine ne nommait Devers. J’habite à Tours qui peux m’aider à trouver des indices pour mes « mémoires » sur cette époque destinées à mes petits fils. Merci Jean-Louis sinape@wanadoo.fr

Logo de Lugdu
LYON (69) : cimetière de la Guillotière
samedi 3 novembre 2012 à 00h21 - par  Lugdu

bonjour
dans votre présentation vous citez la commune de Bron : je ne comprends pas, elle est à plusieurs km de là, cela embrouille l’explication et n’apporte rien. La route de Grenoble ne passe pas par là, la plus près était la route de st-Priest…
Dans le cimetière de la rue du Repos, il y avait des tombes anciennes, je me souviens d’une de 1819…
je ne sais que penser !

LYON (69) : cimetière de la Guillotière
samedi 1er septembre 2012 à 11h45

Site très intéressant, très enrichissant merci !
Christèle Grolet

LYON (69) : cimetière de la Guillotière
jeudi 19 juillet 2012 à 20h51

date de construction du mur d’enceinte de l’ancien cimetière de la Guillotière ?

à sa construction le cimetière avait il la surface actuelle ?

Logo de Un perticulier qui fait de la généalogie
LYON (69) : cimetière de la Guillotière
lundi 28 février 2011 à 15h55 - par  Un perticulier qui fait de la généalogie

Merci pour ce merveilleux document et ces photos.
Je cherche désespérément une photo du crématorium et je ne tombe que sur des publicités commerciales pour enterrement : très désagréable !

Brèves

Qui est derrière ce site ?

vendredi 14 février 2014

Pour en savoir un peu plus sur ce site et son auteur :

- Pourquoi s’intéresser aux cimetières ?
- Pourquoi un site sur les cimetières ?
- Qui est derrière ce site ?