Certains vont à Munster pour manger du fromage : j’y suis allé pour visiter son cimetière.
Jusqu’en 1791 le cimetière de Munster entourait l’église Saint-Léger.
Après avoir été transféré sur le terrain de l’Unter-Dubach (à l’emplacement de la caserne des pompiers), le cimetière actuel fut mis en service le 1 juillet 1867.
Le cimetière communal
Dans le cimetière de Munster figurent de nombreux monuments funéraires datant du XIX siècle qui ont une valeur historique. Pas de grandes célébrités nationales ici, mais de très nombreuses personnalités locales associées à Munster et sa région.
A l’entrée du cimetière, un plan indique la localisation des tombes remarquables.
La tombe en grès rose de Johann Isenarm, un ancien juge de paix mort en 1808, est la plus vieille tombe conservée du cimetière.
la famille Hartmann
La famille protestante Hartmann est la grande famille industrielle de la région : la quasi totalité des autres personnalités du cimetière travaillèrent à un moment dans leur entreprise.
L’enclos funéraire de la famille Hartmann est situé sur une terrasse légèrement surélevée, close par une clôture en fonte de fer (à décor de pommes de pin), les monuments étant adossés à un mur. S’y trouvent les tombes de la famille Hartmann qui s’échelonnent entre 1837 et 1950 et regroupent la presque totalité des personnalités marquantes de cette grande famille d’industriels. S’y trouvent en particulier :
- André Hartmann (1746-1837), fondateur des Manufactures Hartmann et Fils de Munster en 1818, et son épouse Catherine Waag (1822) : venu de Colmar, il arriva à Munster en 1783 et s’associa à l’industriel J.-H. Riegé, puis devint en 1789 seul propriétaire de l’usine d’indiennes du Graben. En 1793, les bâtiments du monastère furent vendus comme biens nationaux et André Hartmann se porta acquéreur de plusieurs parcelles. Il fonda en 1818 les Manufactures Hartmann et Fils avec ses deux fils : Frédéric et Henry, auxquels il laissa la gestion de l’entreprise en 1826. Il fut aussi Maire-président de la communauté d’habitants du Val et de la Ville de Munster de 1792 à 1795 et de 1799 à 1815.
– Frédéric Hartmann (1772-1861), fils aîné du précédent : tenant du libéralisme protestant, il côtoya des personnages politiques célèbres tels que Benjamin Constant et le général Foy. De 1830 à 1846, il fut député du Haut-Rhin. Le roi Louis Philippe l’éleva au rang de Pair de France en 1846. Il mourut sans enfants.
- Frédéric Hartmann (1822-1880) : petit-fils d’André, il fut maire de Munster de 1857 à 1880. Grand amateur d’art, il se lia d’amitié avec les peintres Théodore Rousseau et Jean-François Millet, dont il possédait de nombreux tableaux. Il fut un éphémère député en 1871 : élu représentant du Haut-Rhin le 8 février 1871, il démissionna le 1er mars pour protester contre l’annexion de l’Alsace-Moselle.
Près de la tombe, un arbre généalogique est consultable.
Reposent également ici
– Le peintre Mathias DOLL (1804-1884) : repéré pour son talent par la famille Hartmann, celle-ci finança
ses études artistiques à Lyon et à Paris. Peintre de fleurs, il occupa de 1828 à 1850, le poste de dessinateur industriel aux Manufactures Hartmann et Fils, mettant son talent au service de ses bienfaiteurs ;
créant de nouveaux motifs pour leur industrie d’impression sur tissus. Il décida ensuite de renoncer à tout travail industriel, pour ne vivre que pour sa passion artistique, mais la suite de sa vie fut davantage misérable : de cette époque jusqu’à sa mort pourtant, l’artiste réalisa une quantité innombrables d’esquisses et dessins au crayon, ainsi que des dessins aquarellés, d’une perfection et d’une finesse remarquables.
– Marcel HAEDRICH (1913-2003) : journaliste vedette de la « grande presse », il lança à la libération
Samedi Soir. Il a également été grand reporter à Paris-Presse de 1950 à 1953, a dirigé la rédaction de Marie-Claire lorsque le magazine se vit de nouveau publié en 1954, puis fut chroniqueur - éditorialiste à Europe 1. À sa demande, ses deux fils ont dispersé ses cendres dans la vallée de Munster, mais son identité apparaît sur la tombe de sa mère.
– Jeanne LAU (1890-1975) : folkloriste spécialiste des costumes et des traditions populaires de la vallée de
Munster, elle joua un rôle important dans le développement des groupes folkloriques en Alsace. Outre ses chroniques dans la presse locale, elle a également rédigé de nombreux articles dans des revues d’histoire locale ou folklorique et est également connu pour les nombreuses éditions de légendes et de chants populaires.
– Le chimiste Henri LOEWEL (1795-1856), qui fit ses études à Paris sous la direction de Nicolas-Louis Vauquelin puis de Georges Cuvier et Louis Joseph Gay-Lussac. Il travailla également avec Michel-Eugène Chevreul sur les acides gras. Comme beaucoup dans la région, il travailla aux Manufactures Hartmann, pour lesquelles il élabora le vert solide de chrome, un mélange de bleu indigo et de jaune de chrome. Ses travaux le rendirent malade et il fut atteint par la tuberculose.
– Le dessinateur Hans MATTER (1895-1963), qui élabora des modèles auprès des établissements
Hartmann et Fils. A partir de 1923, la maladie pulmonaire contractée sur le front russe ne lui laissa plus de répit, et aux périodes d’intense activité créatrice succédèrent des périodes d’épuisement. En 1926, il participa avec le Dr André Wetzel, Jean Matter, Jeanne Lau et quelques autres personnes à la création de la Société d’histoire du val et de la ville de Munster, dont il illustra les annuaires. Plusieurs expositions vinrent asseoir sa réputation sans cesse grandissante. Nombre de ses dessins sont entrés dans le patrimoine culturel et imaginaire de l’Alsace. Outre son œuvre de dessinateur, il fut également l’auteur de plusieurs poèmes en dialecte.
– L’historien Jean MATTER (1894-1955), qui participa activement à la fondation de la Société d’Histoire du
Val et de la Ville de Munster en décembre 1926 (dont il fut pendant de longues années le secrétaire) ainsi que la publication de ses douze annuaires entre 1927 et 1938. Il valorisa et fit protéger le patrimoine de la ville.
– Gustave ROTHAN (1822-1890) : ministre plénipotentiaire de Napoléon III, présent à Paris le 4 septembre
1870, il gagna les Tuileries et s’occupa personnellement de la sécurité de l’impératrice et de son départ. Il gagna alors la Suisse avec sa famille. En janvier 1871, Gambetta le nomma consul général et ministre plénipotentiaire à Florence, alors capitale du royaume, pour dissuader l’Italie, profitant de la débâcle française, de s’emparer de la Tunisie. Rothan réussit dans cette mission, mais, après le traité de Francfort, renonçant à accepter le poste de directeur des affaires politiques que lui offrit Gambetta, il se retira de la vie politique et diplomatique pour se consacrer à une activité d’historien. Témoin privilégié de son temps, il laissa un grand nombre d’ouvrages sur la politique extérieure du Second empire. Sa fille épousa le rénovateur des Jeux olympiques Pierre de Coubertin.
– Le médecin André WETZEL (1890-1976), passionné de l’histoire locale, qui fut l’un des cofondateurs en
1926 de la Société d’histoire du val et de la ville de Munster, dont il fut le premier président.
– Le peintre Robi WETZEL (Henri Robert Wetzel : 1897-1955), qui réalisa de nombreuses aquarelles des
sites pittoresques de la vallée et de ses environs, des habitants en costumes régionaux et de leurs coutumes. Installé à Paris en 1925, il réalisa des ensembles décoratifs pour la communauté alsacienne qui possédait des restaurants dans la capitale. Dans ces établissements, Robi peignit des frises murales où l’on retrouvait des sujets folkloriques, des beaux sites alsaciens et vosgiens et des silhouettes du terroir. Pendant la guerre, il se lança dans la fabrication de jouets mécaniques.
Le cimetière militaire
Le carré militaire situé à l’arrière du cimetière communal renferme les tombes de militaires morts pour la plupart durant la guerre de 1914-1918. Il y a 68 tombes françaises, 276 tombes allemandes et même celle d’un capitaine démineur indochinois mort en 1920. Pour 1939-45, il y a 3 tombes françaises, 32 allemandes et une stèle à la mémoire de 7 aviateurs canadiens.
Le lion bavarois
Ce lion a été érigé en 1916 par les troupes bavaroises en cantonnement dans les alentours de la ville. Elles ont participé aux violents combats qui se sont déroulés dans la vallée de Munster pendant la Première Guerre mondiale et tout particulièrement durant l’année 1915, au cours de laquelle les villages situés derrière Munster, à l’exception de Mittlach, ont été presque entièrement détruits. Le texte gravé sur le monument signifie « Ferme dans la fidélité jusqu’à la mort ».
Monument funéraire indochinois
Sur la partie française du cimetière un monument insolite surprend le visiteur. Il s’agit de la stèle funéraire d’un soldat (indo)chinois au nom de Wang Bing, en poste à Munster, au Camp Castelnau, entre 1919 et 1920. Il était chargé avec ses camarades d’exhumer les corps des soldats dispersés sur les champs de batailles et de remettre en état les lieux où les armées ennemies s’étaient affrontées. Il mourut suite à l’explosion d’un obus.
Monument funéraire d’aviateurs canadiens
Ce monument recouvre la tombe de sept aviateurs canadiens, membres de la Royal Canadian Air force, morts lors de la chute de leur bombardier le 7 janvier 1945, au Hohrodberg. Leurs noms : Campbell, Horne, Mc Arthur, Candy, Lougheed, Mc Aulay et Greenstein, sont gravés dans la pierre.
Post-scriptum
Source : www.munster.alsace