Au cimetière Saint-Guillaume se distingue une partie protestante, où les vieilles stèles sont disséminées dans une végétation luxuriante ; d’une partie catholique, en contrebas, moins arborée. C’est un très beau lieu, offrant de belle vue sur les Vosges, propice à la promenade et au caractère éminemment romantique, dans le sens que l’on donne à ce mot quand on traité des cimetières.
La statuaire n’y est pas considérable, et de facture assez classique.
L’industrie du textile à Sainte-Marie-aux-Mines
Grâce à l’industrie textile, la vallée connut un développement économique exceptionnel qui atteint son apogée au XIXe siècle. C’est sous son impulsion de Jean-Georges Réber que l’industrie textile de Sainte-Marie-aux-Mines est née. Arrivé de Mulhouse vers 1755, il créa des manufactures textiles : filatures et tissages de toile de coton, lin et chanvre. En 1803, on dénombrait à Sainte-Marie 600 métiers battants de siamoises. La production Sainte-marienne de cette époque recourut alors massivement aux paysans tisserands travaillant à domicile. Les manufactures filaient et teignaient les matières textiles et les confiaient ensuite aux paysans des vallées voisines. Ce système de fabrication dispersée favorisa le développement d’un grand nombre d’unités de production mais retarda la mécanisation. La fabrique de Reber passé à ses petits-fils sous la raison Blech-Frères, constitua longtemps le seul élément de l’industrie textile de la vallée. C’est en 1820 qu’apparurent les établissements Dietsch, puis Baumgartner (1824). En 1832, Napoléon Kœnig fonda sa maison et se spécialise dans les madras. 1838 vit la création de la maison Simon et Cie. En 1863 fut fondée la maison Kling et Cie. Les fabriques de tissus en laine, soie et coton employaient alors tant à Sainte-Marie-aux-Mines que dans toute la vallée, y compris jusqu’à 80 kilomètres à la ronde, plus de 25 000 personnes ouvriers tisserands.
Les manufacturiers du textile, protestants, sont nombreux, en particulier dans le haut du cimetière.
La tombe la plus insolite du cimetière, dans laquelle ne repose pas encore son concepteur, est "l’automate funéraire" de Michel Georges (né en 1951), ancien professeur de mécanique qui, une fois à la retraite, se mit à inventer un nombre considérable d’objets parfois utiles, parfois gadgets, mais toujours étonnants. Le petit film qui suit présente celui qui revendique le qualificatif de Géo Trouvetou.
Cet "automate funéraire" très bavard présente un grand nombre des dites inventions ("urinoir réglable à usage mixte, vélo BMZèbre propulsé par les bras et les jambes, siphon anti fuite")... , en particulier celles qu’il créa pour son fils travaillant dans le cinéma. Découvrir ce genre de tombe, et faire connaissance avec leur étonnant concepteur, version moderne du facteur Cheval, est toujours un grand plaisir de mes visites.
Reposent en particulier en ce lieu :
– Jules BOURGEOIS (1847-1911) : entomologiste de renommée internationale, Jules Bourgeois étudia
surtout les coléoptères malacodermes exotiques. Il décrivit plusieurs centaines d’espèces nouvelles dans de nombreuses publications scientifiques. Il fut surtout connu des entomologistes alsaciens par son catalogue des coléoptères de la chaîne des Vosges et des régions limitrophes, publié à partir de 1898.
– Laure DIEBOLD (1915-1965) : restée en Alsace annexée après l’invasion allemande, fin juillet 1940, elle
rejoignit une filière de passeurs mais, repérée, dut quitter l’Alsace clandestinement pour se réfugier en zone libre à Lyon. Elle s’engagea pleinement dans la Résistance, en qualité d’agent de liaison, recueillant des informations qu’elle codait et faisait passer sous forme de courrier à Londres pour l’Intelligence Service. En septembre 1942, elle fut recrutée par Daniel Cordier en tant que secrétaire dactylo sous le nom de "Mado" pour le secrétariat de la délégation de Jean Moulin - qu’elle ne rencontra qu’une unique fois - en zone libre. Arrêtée en septembre 1943, elle convainquit la Gestapo qu’elle n’a fait que servir de boîte aux lettres et échappa ainsi à la torture. Elle fut déportée et connut un grand nombre de camps avant sa libération. Femme, Alsacienne - le souvenir des « malgré-nous » ayant terni l’image de la région -, dans l’ombre de Daniel Cordier, n’appartenant à aucun mouvement politique ; elle ne bénéficia pas, comme d’autres résistants, des hommages de l’après-guerre. Elle fut néanmoins faite Compagnon de la Libération, faisant d’elle l’une des six femmes seulement à obtenir cette distinction. Elle fut inhumée à sa demande dans le caveau de ses parents, dans la partie catholique du cimetière, mais exhumée peu après par son époux qui la plaça dans son propre caveau de famille, dans la partie protestante. Sur sa tombe est indiqué « mort pour la France », du fait des souffrances physiques endurées par la déportation. Une plaque récente indique sa présence sur le portail du cimetière.