Jusqu’au XIVème siècle, Épinal dispose, pour la Grande Ville, d’un cimetière localisé places de l’Âtre et Edmond Henry. Jusqu’en 1626, les tombes pour la Petite Ville se situent au cimetière Saint-Rémy (à l’extrémité de la rue Aubert). Ensuite, c’est le cimetière du Poux (à l’emplacement actuel de la Préfecture) qui accueille les dépouilles funéraires pour la Grande Ville. Devenu trop petit, insalubre et lieu d’errance pour de nombreux animaux, la ville décide de chercher un nouveau lieu.
Le 25 pluviôse de l’An XI (14 février 1803), le maire d’Epinal Christophe Denis acheta un terrain de 162 ares pour y implanter le cimetière municipal de Saint-Michel. En 1840, le rabbin obtint un terrain de 14 ha contiguës pour y édifier un cimetière pour la communauté israélite. Un cimetière protestant fait également son apparition dans la seconde moitié du XIXe siècle (qui rappelle l’impact de la guerre franco-prussienne de 1870, et l’influence de la migration alsacienne sur la Lorraine). Une dernière parcelle est attribuée aux sépultures militaires.
Le cimetière Saint-Michel, après plusieurs agrandissements, s’étend désormais sur une superficie d’environ 53620 m². Il rassemble 7000 tombes partagées en 21 Îlots, sans compter le cimetière israélite, le cimetière militaire et le cimetière de garnison.
C’est un grand cimetière urbain qui recèle des tombes anciennes intéressantes. La statuaire reste cependant rare.
Curiosités
– Saluons les archives municipales d’Epinal pour avoir remarquablement valorisées le patrimoine funéraire en réalisant plusieurs brochures présentant des parcours thématiques dans le cimetière. Ces brochures peuvent être téléchargées sur leur site. Ils ont été évidemment des sources précieuses pour la réalisation de cet article.
– On pénètre dans le cimetière israélite par une porte car il est séparé du reste de la nécropole par un mur.
– Dans cette partie israélite du cimetière se trouve les vieilles tombes des familles Durkeim et Mauss. On y
trouve en particulier la tombe de Moïse Durkeim (1805-1896), qui fut, de 1835 à sa mort, Grand rabbin des Vosges et de la Haute-Marne. Il était le père d’Emile, fondateur de la sociologie. Par sa fille Rosine (qui repose ici), il fut en outre le grand-père de Marcel Mauss, considéré comme le père de l’anthropologie.
– En raison de sa position géographique, le patrimoine funéraire d’Epinal lié aux guerres (1870 -1914 - 1940) est riche.
– En 1873, le conseil municipal cède à l’État des terrains pour les sépultures des soldats français et prussiens morts au cours de la guerre de 1870 et dans la période d’occupation. En 1876, 64 soldats prussiens ont été exhumés et réinhumés ici.
Mme Parmantier, 52 ans ; sa fille Lucienne, 29 ans, sa petite- fille Colette, 7 ans. La Ville d’Épinal prit en charge les obsèques et frais de concession.
– La Nécropole Nationale d’Épinal, gérée par Metz, d’une surface de 5210 m2, regroupe le cimetière de garnison et le cimetière militaire. Elle rassemble les corps de 1307 soldats français, 11 Russes et 9 Polonais, décédés dans des hôpitaux ouverts pendant la Grande Guerre, ainsi que 71 Hindous décédés le 11 mai 1944. Elle est successivement aménagée en 1921-1924 puis en 1935.
Célébrités : les incontournables...
Aucune célébrité d’envergure nationale, mais un véritable conservatoire des notabilités spinaliennes.
... mais aussi
– Le peintre et sculpteur Louis AMANN (1848-1908).
– François BLAUDEZ (1893-1969) : journaliste, il fut rédacteur en chef de l’Express de l’ Est. Ami de Maurice Pottecher, fondateur du Théâtre de Bussang ; il créa avec lui à Bussang La Ruche.
– Alfred BRUGNOT (1827-1903), qui fut un député (1881-1891) puis un sénateur (1891-1903) républicain
des Vosges. Il avait épousé la fille du député Eugène Jeanmaire.
– Le journaliste et critique musical et dramatique CÉGESTE (Pierre Jeandidier : 1929-2018), qui fut
également poète.
– Joseph CUNY (1780-1844), qui fut député des Vosges de 1815 à 1816, puis de 1824 à 1830.
– L’architecte Louis GAHON (1800-1859).
– Charles GUILGOT (1803-1867), qui fut député des Vosges de 1850 à 1851, siégeant à gauche. Il protesta contre le coup d’État du 2 décembre 1851 ce qui lui valut l’exil.
– Henri GUINGOT (1897-1952) : fils du peintre Louis Guingot, inventeur en 1914 d’une tenue camouflée pour l’Armée française, il fut lui même dessinateur et sculpteur (il suivit les cours de Victor Prouvé). Conservateur-adjoint du musée d’Épinal, il créa en son sein en 1951, le Musée national de l’imagerie populaire, qui devint le Musée international de l’Imagerie en 1957. Ses sculptures firent la part belle aux oiseaux.
– L’abbé Robert JAVELET (1914-1986), particulièrement éclectique : journaliste, poète, ou encore historien
d’Epinal sur laquelle il écrivit plusieurs ouvrages. À la fin de sa vie, le soucis pastoral domina : il créa, en 1977, le journal Horizons lorrains où il exposa ses convictions religieuses.
– Eugène JEANMAIRE (1808-1886), maire d’Epinal en 1848, il fut un député de la Gauche républicaine de
1876 à 1881. Sa fille épousa Alfred Brugnot.
– L’architecte Louis-Ernest MOUGENOT-MELINE (+1929), , gendre de Jules Méline. La commune de Ban-de-Sapt lui doit un grand nombre de ses édifices.
– Le sculpteur sur bois Edouard PALMER (1859-1925), inhumé sous un buste réalisé par Louis Walle.
– L’homme de lettres Florent PARISOT (1766-1842).
–
Jean-Charles PELLERIN (1756-1836) : dessinateur, illustrateur et imprimeur, il demeure célèbre pour les images d’Épinal qu’il composa dès la Révolution et qu’il imprima lui-même à partir de 1800 dans son établissement, l’Imagerie Pellerin. L’Imagerie Pellerin connut son heure de gloire en publiant de nombreuses planches de paper dolls, poupées de mode à découper, créées par les Anglais et imprimées sur papier avec une garde-robe amovible se fixant à la figurine par des pattes repliables. Ses images connurent un succès considérable dans toute la France, au point que par extension et au figuré, "image d’Epinal" se dit d’un lieu commun largement répandu.
– Le poète Jean-François PELLET (1781-1830), qui écrivit et publia des poèmes et des tragédies. Dans Le Barde des Vosges,
il loua la beauté des Vosges. Ses poèmes portèrent également sur l’histoire de son temps et notamment sur Napoléon et ses victoires militaires.
– L’écrivain régionaliste René PERROUT (1868-1920). Ami de Maurice Barrès et de Charles
Sadoul, il est considéré comme l’historien et le chantre d’Épinal. De son œuvre, constituée principalement d’études, de récits et de romans en rapport avec l’histoire de la Lorraine et même presque exclusivement de la région d’Épinal, émergent notamment le recueil de récits Autour de mon clocher (1905).
– L’architecte Henri-Louis REVEILLEZ (1784-1829).
– Léon SCHWAB (1862-1962) : Maire d’Epinal de 1938 à 1941, il fut révoqué de son mandat sur critère racial sous le régime de Vichy, puis redevint maire de 1944 à 1945. Il s’intéressa aussi à l’histoire économique de la Révolution française. Il repose dans la partie israélite du cimetière.
– L’ingénieur Albert SINGRÜN (1860-1933) : issu d’une famille alsacienne installée à Epinal après
l’annexion allemande, il modernisa l’engin réfrigérant d’Audiffren, sorte de machine à glace créée par l’abbé Audiffren, qu’il se mit à produire dans ses usines. Le brevet du procédé, baptisé frigogène, qui connut un succès retentissant, fut finalement vendu aux Etats-Unis. Il fut donc l’un des inventeurs de nos actuels réfrigérateurs. Il se lança également dans la construction de turbines hydrauliques.
– Le photographe Paul TESTARD (1872-1961), qui de 1890 à 1950 parcourut les Vosges et prit des clichés des nombreux villages, mais aussi des lieux et événements qui faisaient l’actualité de son époque. En éditant un nombre important de cartes postales, mais également d’ouvrages sur la région, il contribua à l’essor touristique des Vosges.
– Le compositeur Charles TOUREY (1824-1903).
Post-scriptum
Portrait Albert Singrün : Guillaume Lafarge