Sauf mention contraire, toutes les photos sont les miennes.
Principale nécropole madrilène, il est le plus grand cimetière d’Europe occidentale avec ses 120 hectares (à titre de comparaison, le cimetière parisien de Pantin qui est le plus grand cimetière de France, fait 108 hectares) [1]. Il tire son nom de la Vierge de l’Almudena, patronne de la ville.
Ouvert en 1884, 5 millions de personnes y furent inhumées [2], soit plus que la population actuelle de la ville ! Après la disparition des cimetières paroissiaux et jusqu’à l’ouverture du cementerio Sur Carabanchel, il fut l’unique cimetière communal de Madrid, abstraction faite des sacramentaux (San Lorenzo y José, San Justo, San Isidro...) qui sont des cimetières catholiques et qui feront l’objet d’autres articles.
120 hectares ! Autant dire un monstre à taille inhumaine [3]. J’y ai passé deux après-midi entières, assez pour en avoir une vision globale assez fine, sans évidemment aucune velléité d’exhaustivité !
Se repérer
Attention : le cimetière de la Almudena se décompose en trois cimetières distincts :
– le cimetière "central", c’est à dire l’essentiel de la nécropole, destiné à des populations catholiques (il n’y a pas de "laïcité des cimetières" en Espagne)
– le cimetière civil, où sont inhumés les non-catholiques, les enfants non baptisés, les suicidés, de superficie assez modeste
– le petit cimetière juif (cementerio hebreo), adjacent au précédent.
Je le précise dans la mesure où les sources ne font régulièrement pas la distinction, indiquant des personnalités inhumées au cimetière de la Almudena alors qu’elles se trouvent dans le cimetière civil. Cet article fera systématiquement la distinction entre les deux.
Focalisons-nous maintenant sur le grand cimetière : là encore, on peut distinguer trois secteurs principaux :
– la partie la plus ancienne, l’ancien cimetière des épidémies (cementerio antiguo). Vu à l’origine comme une extension provisoire, il fut finalement absorbé par son grand voisin auquel il donna cependant son nom. (liseré vert)
– le projet monumental (liseré rouge)
– l’extension de 1955 (liseré bleu)
Si vous désirez vous rendre en métro (ligne 2) au cimetière de la Almudena par le portail principal, attention à descendre à la station La Elipa puis marcher une dizaine de minutes. Si c’est le cimetière civil qui vous intéresse, descendre à la station Almudena qui est à 5mns de l’entrée.
LE CIMETIERE NOTRE-DAME DE LA ALMUDENA
Histoire du cimetière
En 1868 fut prise la décision de bâtir une "nécropole de l’Est" dans la partie orientale de la ville [4].
Les architectes Fernando Arbós y Tremanti et José Urioste y Velada remportèrent le concours pour la construction de la nécropole. Le projet prenait en compte la topographie du terrain, une colline dont le point culminant est situé à 695 mètres. Influencé par les cimetières de Gênes et de Vienne, le cimetière fut divisé en cinq terrasses, chacune cinq mètres en dessous de la précédente ; des niches étant situées dans les murs de soutènement.
Leur projet prenait la forme d’une basilique, comme une croix grecque, avec ses quatre côtés formés par autant d’absides trilobées inscrites à leur tour sur d’autres absides semi-circulaires extérieures. Au centre de la croix, sur la partie la plus élevée de la colline et profitant de l’élévation du terrain comme s’il s’agissait du dôme de la basilique, était prévu un monument avec une crypte destinée aux sépultures des personnalités les plus célèbres : il ne fut jamais réalisé.
En 1884, alors que la nécropole était en construction, Madrid fut frappée par une épidémie de choléra. Pour faire face à l’afflux des décès, il fut décidé, en marge de la construction du nouveau cimetière, de créer un cimetière provisoire, qui fut ouvert en juin de cette même année : c’est lui que l’on appela « Cementerio de Nuestra Señora de la Almudena », dénomination qui finit par être étendue à l’ensemble de la nécropole. En septembre, sept des onze cimetières de la ville cessèrent de fonctionner, ne laissant que ceux des sacramentaux de San Isidro, San Justo, Santa María et San Lorenzo. C’est ce "cimetière des épidémies" qui constitue donc la partie la plus ancienne ; le cementerio antiguo (voir plan).
En 1905, l’architecte municipal Francisco García Nava prit en charge les travaux, donnant au complexe l’aspect qui est parvenu jusqu’à nos jours. Il remplaça le projet néo-byzantin initial, proposé par Arbós et Urioste, par une solution moderniste, aux influences sécessionnistes et gaudiennes.
C’est en 1925 que la nécropole fut officiellement inaugurée.
Dans les années 30, le cimetière fut fortement marqué par la guerre civile. Ses murs furent un lieu d’exécution : dans un premier temps, ce furent les militaires et les civils sympathisants du camp rebelle qui furent abattus par les républicains. Une fois Franco victorieux, les partisans du régime franquiste y exécutèrent plus de 3000 républicains.
A proximité se trouve le monument des Trece rosas (les treize roses) ; treize jeunes femmes qui furent fusillées peu après la fin de la guerre civile et dans le contexte de répression sauvage du nouveau pouvoir en place. Ces jeunes femmes, âgées de 18 à 29 ans, étaient pour la plupart membres des Jeunesses socialistes unifiées (JSU), l’organisation du Parti communiste d’Espagne (PCE) pour la jeunesse. Elles furent emprisonnées, jugées et exécutées ensemble à la suite d’un procès sommaire et inique, qui condamna également
cinquante hommes. Leur exécution connut un certain retentissement international lorsqu’on apprit que, parmi les soixante-trois premiers exécutés se trouvaient treize femmes. Ève Curie mena une campagne de protestation pour les Treize Roses à Paris. Cette campagne, qui fit pression sur les autorités franquistes, ralentit en Espagne le rythme des exécutions. Cet épisode tragique de l’histoire de la fin de la guerre d’Espagne a inspiré un livre à Carlos Fonseca où il retranscrit les lettres qu’elles avaient envoyées à leur famille. Il fut porté à l’écran en 2007.
Plusieurs plaques commémorent ces femmes, sur un mur où l’on peut encore voir des impacts de balles.
De manière générale, le conformisme religieux et l’austérité du cimetière attestent de l’emprise franquiste toujours vive en Espagne, et en particulier à Madrid. Outre le monument honorant la la division azul (voir plus loin), bien d’autres monuments ou tombes du cimetière honorent des acteurs de la dictature et leurs alliés. C’est ainsi le cas :
– de l’enclos funéraire qui abrite les tombes de membres de la légion Condor, l’unité de l’armée de l’air nazie qui a harcelé la ville de Guernica, entre autres, pendant la guerre civile,
–
de la tombe collective honorant les phalangistes morts durent la bataille du cuartel de la Montaña. Ce cuartel était un bâtiment militaire de Madrid construit au XIXe siècle, situé sur la montagne de Príncipe Pío. En juillet 1936, c’est à cet endroit de Madrid que commença le coup d’Etat qui devait donner naissance à la guerre civile. En un premier temps, ce fut un fiasco à Madrid grâce aux troupes restées loyales à la République. De nombreux phalangistes y perdirent la vie.
En 1955 fut pratiqué l’ultime extension qui porta la superficie du cimetière à 120 hectares. En 1973 enfin fut ouvert le premier crématorium de Madrid (il en existe désormais un autre au cimetière Sud de Carabanchel.
Description de l’entrée du cimetière
Le portail principal est une impressionnante entrée à arcades ; succession d’arcs de style moderniste et néo-mudéjar utilisant de la brique, du granit pour la base et du calcaire pour les colonnes, dans lesquels se détachent les trois arcs centraux, ornés de coupoles et de pinacles au sommet, ainsi que de l’image de Dieu au centre de la composition.
Viennent ensuite des jardins, dont la partie droite est devenue le jardin du souvenir du cimetière.
On pénètre ensuite dans ce qui constitue la base de la croix grecque : dans cette partie concave fut édifiée la chapelle, œuvre de l’architecte Francisco García Nava.
Au sommet de cette chapelle se trouve une statue qui donne lieu à une légende ancienne : un ange à l’allure austère, appelé Faust ou encore l’ange exterminateur ! La trompette que porte cet ange est sujette à beaucoup de fantasmes : on raconte que si on l’entend sonner cela peut signifier que vous allez perdre un proche ou que vous allez mourir. On dit aussi que cet ange buccinateur (annonciateur, car portant une longue trompette) proclamera le début de l’Apocalypse : dès qu’il se mettra debout et sonnera, les morts se lèveront pour le Jugement dernier.
Derrière la chapelle, un premier espace surélevé qui constitue l’abside nord de la croix grecque a été aménagé mettre clairement en valeur les sépultures et monuments qui s’y trouvent, en particulier :
– la tombe de Alberto AGUILERA (1842-1913), député et sénateur, qui fut ministre de
l’Intérieur sous la régence de María Cristina de Habsburg-Lorraine et maire de Madrid à plusieurs reprises entre 1901 et 1910.
– Enrique TIERNO GALVÁN (1918-1986), maire de Madrid de 1979 à sa mort, et fut ainsi l’un
des artisans de la Movida espagnole.
–
Le monument dédié à la Légion azul, surnom donné - en raison de la couleur bleue de leur chemise - à la 250e division d’infanterie de la Wehrmacht, officiellement dénommée División Española de Voluntarios (Spanische Freiwilligendivision en allemand) ; corps de 17 692 volontaires espagnols créé à la fin du mois de juin 1941 par le général Francisco Franco et mis à disposition de la Wehrmacht de l’Allemagne nazie. Le fait qu’il soit l’un des rares monuments localisés sur le plan du cimetière - et qu’il soit orné du drapeau espagnol - atteste de la difficulté de l’Espagne à passer la page du franquisme !
– Le tombeau de la famille Flores (voir plus loin).
Les absidioles qui forment la croix grecque sont des plateformes en altitude dont les soubassements sont constitués de niches de columbarium. Les plus anciennes, en briques, sont a priori en train d’être refaites : une gigantesque bâche les reproduisant en trompe-l’œil les recouvrent actuellement.
Dans la partie la plus haute, la vue porte loin : sur la ville de Madrid, et au-delà la sierra de Guadarrama serrière laquelle se trouve Ségovie.
Quelques vues d’ensemble
Disons le : si l’Almudena est le plus grand cimetière de Madrid, il n’est pas le plus beau. Avec une telle superficie, je m’attendais à y voir des unités paysagères variées : il n’en est rien ! Le conformisme des tombes est écrasant ; les ornementations funéraires, quasi intégralement religieuses et de faibles factures, forment l’essentiel de la nécropole. L’originalité - à l’exception de quelques cas particuliers que nous verrons par la suite - n’est pas de mise ici.
Des articles sur le cimetière vantent le foisonnement des immenses mausolées et panthéons familiaux exceptionnels. S’il en existe effectivement quelques uns, la norme demeure la tombe basse et simple, aux motifs décoratifs standardisés.
Les ornementations sont quasiment exclusivement d’inspiration religieuse.
On signalera encore la présence d’un mausolée dans lequel reposent certains des morts dans les guerres de 1898 qui ont conduit au démembrement de l’Espagne, avec la perte des derniers territoires espagnols en Amérique, en Asie et en Océanie, des îles de Cuba et des Philippines, des Palaos et des Mariannes.
Et d’un panthéon collectif de la Real academia espagnola, dans le cimetière ancien, dans lequel reposent le journaliste Antonio Maria Segovia (1808-1874), l’écrivain, diplomate et ministre José del Castillo y Ayensa (1795-1861), le théologien Juan González Cabo-Reluz (1777-1858), l’historien de la littérature Cayetano Alberto de la Barrera (1815-1872), le calligraphe José Francisco de Iturzaeta (1788-1853), le poète Francisco Zea (1825-1877), l’écrivain José Vicente y Caraventes (1820-1880), l’écrivain romantique Antonio Flores Algäu (1818-1866), l’écrivain et député Antonio Ribot y Fontseraré (1813-1871) et l’écrivain Juan de Dios Mora (1827-1884).
Qui repose ici ?
De très nombreuses célébrités espagnoles reposent dans ce cimetière. Pour l’essentiel, elles sont totalement inconnues en France. Comme je le fais systématiquement pour les cimetières étrangers, je renverrais donc à la liste la plus fournie des personnalités du cimetière.
Deux anciens présidents du Conseil des ministres reposent ici : Juan Bautista Aznar-Cabañas (1860-1933), Alejandro Lerroux (1864-1949)
– Niceto ALCALÀ-ZAMORA (1877-1949) : avocat converti aux idées républicaines, il fut le ,
premier président de la Seconde République espagnole de 1931 à 1936. A l’étranger lors du déclenchement de la guerre civile, il s’installa en France puis se réfugia en Argentine après l’invasion des troupes allemandes en 1940. Il mourut à Buenos Aires, et son corps fut rapatrié en Espagne en 1979.
– Le poète Vicente ALEIXANDRE (1898-1984), qui fut l’un des plus prestigieux représentants
de la « génération de 1927 ». Parmi les nombreux prix reçus, il obtint le Nobel de littérature en 1977.
– José CALVO SOTELO (1893-1936) : ministre des Finances pendant la dictature de Primo de Rivera,
chef de file des partisans d’une monarchie autoritaire corporatiste, son assassinat par un socialiste en juillet 1936 acheva de convaincre Franco de rompre avec la République et de se joindre au coup d’État.
– La torera Juanita CRUZ (1917-1981), qui parvint à s’imposer dans ce milieu machiste en
devenant la première femme apparue dans des cartels masculins. Sa carrière ne se fit néanmoins pas en Espagne en raison de ses positions politiques : en tant que républicaine, elle fut obligée de s’exiler en Amérique latine au moment de la Guerre Civile.
– Le footballeur argentin Alfredo DI STEFANO (1926-2014), joueur légendaire des clubs du
Rio de la Plata, des Millonarios et du Real Madrid Club de Fútbo dont il devint président d’honneur. Il est considéré comme l’un des plus grands joueurs de tous les temps.
– Le matador EL YIYO (José Cubero Sánchez : 1964-1985), fils d’émigrés espagnols
installés en France, puis retournés en Espagne. Il mourut jeune lors d’une corrida, et sa tombe est ornée d’une statue le représentant avec une colombe dans les mains.
– Dans le tombeau de la famille FLORES reposent la chanteuse, danseuse et actrice Lola
(María de los Dolores Flores Ruiz : 1923-1995), qui incarna dans la culture populaire espagnole l’archétype de la gitane au tempérament fort. Elle tourna dans de nombreuses comédies et des films musicaux. Son authenticité flamenca se caractérisa par les chansons, dont les arrangements penchaient vers le cinéma hollywoodien ou la variété internationale. Elle bâtit son succès sur la copla ; genre musical issu du folklore et de la chanson populaire andalouse. Participant assidument aux fêtes données par les époux Franco, elle fut accusée d’avoir fait « la bande-son du franquisme ». Avec elle repose son mari, le
chanteur et guitariste Antonio González Batista, dit El Pescaílla (1925-1999), ainsi que leur fils Antonio (1961-1995), chanteur, compositeur de pop-rock et acteur, qui mourut quelques jours après sa mère d’une overdose de somnifères et d’alcool. Il était le père de la comédienne Alba, devenue célèbre à l’échelle internationale grâce à la série La casa de papel. Lola et Antonio sont représentés grandeur nature en bronze à coté de la chapelle.
– JUNIOR (José María González Cachero : 1976-2002) : dompteur de cirque et entrepreneur,
il devint une figure de proue du Grand Cirque Mondial avec ses numéros de dressage de chevaux, d’éléphants et de rhinocéros. Il décéda dans un accident de la circulation après s’être endormi au volant. Sa tombe est composée d’un ensemble sculptural représentant le dompteur avec deux chevaux. C’est l’un des monuments funéraires les plus remarquables du site, avec un système d’éclairage alimenté par des panneaux solaires.
– L’acteur José Luis LÓPEZ VÁZQUEZ (1922-2009). Très populaire dans son pays pour ses
innombrables rôles comiques, il était surtout connu à l’étranger pour des rôles plus dramatiques, interprétés sous la houlette de grands maitres espagnols (Luis García Berlanga, Carlos Saura, Mario Camus, Antonio Mercero) ou internationaux (Marco Ferreri, George Cukor). Actif à l’écran pendant plus de 60 ans, il a participé à environ 250 films, étant l’un des plus importants acteurs du cinéma espagnol de la seconde moitié du XXe siècle. Il fut en particulier le protagoniste du film d’horreur télévisé La cabina, réalisé par Antonio Mercero et lauréat d’un Emmy Award, qui fut l’un de ses rôles les plus mémorables. Il repose dans la galerie 4a du columbarium à proximité du crématorium.
– Le baryton Carlos MARÍN (1968-2021), membre du groupe musical classique Il Divo
formé en 2003 par le producteur de musique Simon Cowell, mêlant airs classiques d’opéra et musiques latinos, qui connut une carrière internationale. Il décéda brutalement à l’âge de 53 ans des suites de complications liées au Covid-19.
– Benito PÉREZ-GALDÓS (1843-1920) : romancier, dramaturge et
journaliste, il fut sans doute le plus grand romancier réaliste espagnol, et impressionna par l’ampleur de son œuvre. Il a passé la plus grande partie de sa vie à Madrid ; aujourd’hui, il est surtout connu en Espagne pour ses Episodios nacionales (46 volumes) ; à l’étranger, il est plus souvent cité pour ses Novelas españolas contemporáneas. Il fut l’auteur de Tristana, librement adapté au cinéma par Luis Buñuel. Il fut également député.
– Le poète Manuel José QUINTANA (1772-1857), qui prit part en 1808 à la guerre
d’indépendance contre l’invasion française et publia des Odes à l’Espagne libre pour enflammer l’ardeur de ses compatriotes. Il fut également sénateur, puis gouverneur de la reine Isabelle de 1840 à 1843.
– Le médecin Santiago RAMÓN Y CAJAL (1852-1934), spécialisé dans l’histologie et
l’anatomie pathologique, souvent cité comme le père des neurosciences. Il partagea le prix Nobel de médecine en 1906 avec Camillo Golgi « en reconnaissance de ses travaux sur la structure du système nerveux ». Il fut également sénateur.
– L’acteur Fernando REY (Fernando Casado Arambillet : 1917-1994), qui connut un très grand succès tant en Espagne qu’à l’international. Il fut un des acteurs fétiches de Luis Buñuel (Tristana, 1970 ; Le Charme discret de la bourgeoisie, 1972 ; Cet obscur objet du désir, 1977).
– Francisco UMBRAL (Francisco Pérez Martínez : 1932-2007) : écrivain et
chroniqueur, son œuvre littéraire a une importante dimension autobiographique. Il fut un écrivain au regard introspectif, qui mêla l’intime et le personnel aux intérêts et pulsions de l’homme de son temps, ce qui en fit l’un des écrivains espagnols contemporains les plus féconds. Il obtint de nombreux prix littéraires importants. Ses cendres se trouvent dans la case de son fils, Francisco Pérez Suárez « Pincho », mort d’une leucémie alors qu’il n’avait que six ans, un fait raconté par un père blessée dans son livre le plus lyrique : Mortal y rosa (1975).
LE CIMETIERE CIVIL
Séparé du grand cimetière de la Almudena par une rue (l’avenue Darroca), il ouvrit également en 1884, mais est de taille bien plus modeste. Il était à l’origine destiné à tous les non-catholiques (protestants, juifs, orthodoxes, quelques juifs... mais également libres-penseurs, enfants non baptisés ou personnes suicidés...). De ce fait, il a un aspect beaucoup plus cosmopolite que son grand voisin. En réalité, un grand nombre de tombes de ce cimetière porte également des croix laissant penser à une appartenance catholique, mais le cimetière civil a également une dimension politique : les grandes figures de la Gauche espagnole s’y sont fait inhumer. En outre, on peut penser qu’une partie des catholiques cherchant à se distancier du catholicisme espagnol pro-Franco fit le choix du cimetière civil.
Outre les personnalités inhumées, un grand nombre de tombes affirment leur identité républicaine par la symbolique : le drapeau tricolore, drapeau officiel de l’Espagne républicaine entre 1931 et 1939, y remplace le drapeau à deux couleurs.
La porte d’entrée franchie, on trouve une allée centrale sur laquelle se trouve les principales personnalités du cimetière.
Quelques ornementations funéraires de facture anti-académique moderne, en particulier du sculpteur Emiliano Barral (qui repose ici).
Le cimetière civil jouxte le petit cimetière juif de Madrid.
Qui repose ici ?
De nombreuses célébrités espagnoles reposent dans ce cimetière. Pour l’essentiel, elles sont totalement inconnues en France. Comme pour les cimetière de la Almudena, je renverrais donc à la liste la plus fournie des personnalités du cimetière
On signalera cependant :
- Les trois premiers présidents éphémères de la Première République espagnole
– Estanislao FIGUERAS Y MORAGAS (1819-1882) qui fut, en février 1873, après l’abdication
d’Amédée Ier, le premier président de la République espagnole, une charge qu’il occupa jusqu’en juin de la même année.
– L’écrivain romantique catalan Francisco PI Y MARGALL (1824-1901), qui en juin 1873
devint jusqu’en juillet un éphémère second président de la République. Après la restauration de la monarchie en 1875, il poursuivit sa carrière comme député aux Cortes. Il défendit le fédéralisme contre le centralisme, gagnant ainsi une large popularité en Catalogne parmi les régionalistes et également parmi les anarchistes.
– Le philosophe Nicolás SALMERÓN (1838-1908) fut le troisième président du pouvoir
exécutif de la Première République espagnole durant un mois et demi en 1873. Il démissionna car il refusait de ratifier une condamnation à mort. Il mourut à Pau, en France, où il se trouvait en vacances. En 1915, sa dépouille fut transférée dans ce cimetière. Son épitaphe inclut une glose de Georges Clemenceau, qui rappelle qu’« il délaissa le pouvoir pour n’avoir pas signé une sentence de mort » (« dejó el poder por no firmar una sentencia de muerte »).
- mai aussi...
– Vintila HORIA (Vintil ? Caftangioglu : 1915-1992) : écrivain roumain d’expression
française et espagnole, il fit l’éloge du fascisme italien et de l’antisémitisme. Condamné à la prison à perpétuité pour avoir favorisé la pénétration des idées fascistes en Roumanie, il partit en exil. Il remporta le prix Goncourt en 1960 pour son roman Dieu est né en exil, mais, à la suite de la révélation, dans les colonnes de L’Humanité et de la revue Les Lettres françaises, de son passé et de ses écrits fascistes, ce prix ne lui fut pas remis.
– Dolores IBÁRRURI (1895-1989) "la Pasionaria" : secrétaire générale du Parti
communiste espagnol (PCE) entre 1942 et 1960, puis présidente de ce parti entre 1960 et 1989, elle fut ainsi la première femme à diriger un parti en Espagne. Elle soutint les troupes républicaines antifranquistes pendant la guerre d’Espagne en prononçant des discours incendiaires à la radio et en visitant les troupes au front pour leur remonter le moral. Elle est connue pour son fameux slogan No pasarán !. Elle revint en Espagne après la mort de Franco (1977) et fut de nouveau élue députée.
– Pablo IGLESIAS (1850-1925), fondateur du Parti socialiste ouvrier espagnol (Partido
Socialista Obrero Español, PSOE) et du syndicat socialiste de l’Union générale des travailleurs (Unión General de Trabajadores, UGT). Il participa en 1888 au congrès fondateur de la IIe Internationale et fut en 1910 le premier député (et unique alors) du PSOE en Espagne. Son tombeau fut réalisé par l’architecte Francisco Azorín Izquierdo et le sculpteur Emiliano Barral.
– Francisco LARGO CABALLERO, qui fut chef du gouvernement durant la République espagnole.
LE CIMETIERE JUIF (cementerio hebreo)
Il fut édifié en 1922, année où le roi Alphonse XIII autorisa les Juifs espagnols à enterrer leurs morts selon le rite hébraïque. Les corps devaient reposer à l’intérieur d’un cercueil, rompant ainsi avec la norme juive d’enterrer les défunts directement sur le sol. Cette petite nécropole de seulement 1 hectare répond à toutes les exigences d’un cimetière juif : l’étoile de David marque toutes les tombes, les inscriptions sont écrites en hébreu et il n’y a aucune trace de fleurs. La porte principale n’est ouverte que pour les enterrements.