De toutes les divisions du Père Lachaise, la 84ème est sans aucun doute celle qui fait penser le plus à un petit cimetière rural de province. Bien qu’à l’immédiate entrée du cimetière (par la porte des Rondeaux), on ne la visite guère -il en est de même de la division 1 à l’autre extrémité du cimetière -. D’aucuns diraient qu’elle est une division de "laissés-pour-compte", d’autres au contraire apprécieront son calme loin des divisions arpentés frénétiquement par les touristes. Il est vrai qu’ici, les célébrités sont rares - et pas des premiers couteaux -. C’est une division assez cosmopolite, abritant en particulier plusieurs sépultures anatoliennes (Turcs, Arméniens...). Ca et là, une dimension paysagère prend son essor : on ose les plantations sur les tombes, avec quelques petites pièces de patrimoine funéraire qui valent le détour.
LES PERSONNALITÉS
... mais aussi
– Le compositeur Christophe ARTHUYS (1956-2004), qui fut l’auteur de la musique du film Tom et Lola, réalisé par son frère Bertrand.
– L’auteur dramatique Henri AUSTRUY (1871-1944), qui écrivit également sous le pseudonyme de Mgr Peilhagor. On appréciera son épitaphe : Qu’ils sont beaux les pieds de l’ange qui viendra m’annoncer la mort !
– Henri BARRÉ (1888-1972) : membre du Comité central du Parti communiste
français (PCF),il en fut exclu en 1928. Membre des deux Assemblées Nationales Constituantes (Seine), conseiller de la République, il fut Sénateur de la Seine de 1946 à 1958.
–
La chanteuse lyrique Jeannette BENSEN (1925-2012).
– Le résistant René BOULANGER (1901-1944), qui fut incarcéré et tué par les Allemands à la prison de Nantes. Je l’indique dans la mesure où une rue du Xe arrondissement de Paris porte son nom.
– Le slaviste Paul BOYER (1864-1949), il inaugura la première chaire de russe à
l’École des langues orientales de Paris en 1891. Administrateur de l’École de 1908 à 1936, il fonda en 1921, avec Antoine Meillet et André Mazon, la Revue des études slaves. En tant que membre du conseil de l’Association Française des Amis de l’Orient à sa création en 1920-1921, il eut comme mission l’encadrement et l’intégration des étudiants chinois, persans, siamois, hindous et indochinois qui étaient de passage à Paris, pour les intégrer à la recherche en France.
– Denis CORDONNIER (1893-1952) : maire de Lille de 1944 à 1947, il fut député
(SFIO) du Nord de 1945 à 1952.
– Jaïc DOMERGUE (Jacqueline Domergue : 1924-1957) : infirmière et parachutiste
(elle fut championne de France en 1955), elle participa à la campagne d’Indochine (1954), de Chypre (1956) puis fit plusieurs séjours en Algérie. Au cours d’une évacuation sanitaire en hélicoptère au sud de L’Arba (Algérie), elle fut tuée d’une balle en plein front. Elle eut droit à des obsèques nationales aux Invalides.
– Le sculpteur Manuel Fernandez GARCIA (1879-1947).
– L’accordéoniste Raymond GAZAVE (1900-1981), créateur du Conservatoire
d’accordéon de Paris.
– L’économiste Georges GLIKSMAN (1892-1955). Sa tombe est ornée d’un médaillon par Marek Szwarc.
– L’architecte américain d’origine iranienne Marvin HATAMI (né en 1925), pour l’heure inoccupée.
– Remy KOLPA-KOPOUL (1949-2015) : journaliste, grand amateur de musique, qui
après avoir été en 1973 l’un des refondateurs de Libération, fut animateur sur Radio Nova, où il assura régulièrement des chroniques musicales malgré, ou grâce, à une voix au timbre particulier et à une diction improbable. Il est reconnu comme ayant été l’un des grands connaisseurs de la culture brésilienne en France.
– Le comédien Raoul LIVERDAN (Raoul Vanlierde : 1931-2004).
– Cathy ROSIER (Catherine Léro : 1945-2004) : mannequin et speakerine, elle fut
remarquée par Jean-Pierre Melville qui lui offrit son plus grand rôle aux côtés d’Alain Delon dans le film Le Samouraï. La suite de sa carrière fut bien plus confidentielle. Elle repose avec son gendre, le décorateur de cinéma Olivier RAOUX (1961-2011), qui reçut le César du meilleur décor en 2008 pour La Môme. On lui doit> également les décors de films comme La Vérité si je mens !,
Jet-set ou La Rafle. Il
succomba à un arrêt cardiaque pendant le tournage du film Les Seigneurs d’Olivier Dahan.
– Le ténor Pierre SANCY (Pierre Soussi : 1922-2004).
– Le Poète, romancier et critique littéraire grec Nicolas SÉGUR (Nicolaos Episcopopoulos : 1874- 1944). Il est indiqué dans le vieil ouvrage de Vincent de Langlade dans cette division, mais si l’information est vraie, sa tombe n’existe plus ou n’est plus du tout lisible.
– Louis VERNEUIL (Louis Collin du Bocage : 1893-1952) : auteur dramatique et
scénariste ; il fut aussi acteur. Il signa seul trente-huit pièces de théâtre et vingt-cinq autres en collaboration avec Georges Berr. Il fut l’un des rois du théâtre de boulevard, aussi souvent à l’affiche que Sacha Guitry, et l’un des champions, avec Marcel Pagnol, du théâtre filmé. En 1923, il prit la direction à la fois du Théâtre de la Renaissance et du Théâtre Antoine. Il fut entre 1921 et 1923 l’époux de Lysiane Bernhardt (1896-1977), la petite-fille de Sarah Bernhard, puis entretint ensuite une longue liaison avec Elvire Popesco, devenue son égérie et son interprète-partenaire fétiche dans une dizaine de pièces, dont sans doute la plus connue, Ma cousine de Varsovie (elle repose dans la division d’en face !). En 1937 enfin, il épousa Germaine Feydeau, la fille de Georges Feydeau. Il se trancha la gorge au Grand Hôtel Terminus.
– Zakeri Ebrahim ZAKEERI (+2003) : opposant iranien, membre du Conseil national de la résistance.
Anecdotes et curiosités
La 84ème division longe l’Avenue des combattants étrangers morts pour la France (anciennement appelée « avenue de la Nouvelle-Entrée ») où figurent, de part et d’autre, des monuments assez imposants. On trouve dans cette division ceux dédiés aux Tchèques, aux Belges et aux Italiens (les monuments de l’autre côté de l’avenue sont à retrouver dans la 88ème division).
On trouve également sur cette pelouse une stèle à la mémoire de Georges Piron de la Varenne (1888-1943). Président des volontaires de guerre Belges en France de 1914-1918, résistant en 1940, il fut décapité par les nazis à Cologne.
Réalisations artistiques
– Le blason en bronze qui ornait la tombe du baron Stalins n’est plus sur la tombe.
– Sur la tombe d’un bébé (+2004), la végétation arbustive se fond avec des tiges en bronze.