Article de Sud-ouest du 27 mai 2010 illustré grâce aux photos de Marie Beleyme.
« Si vous me trouvez la tombe de Jacques Tourneur, je viens à Bergerac pour le prochain My Beautiful Festival ! » Dans la bouche de Bertrand Tavernier, le défi prend toute sa valeur. Aussitôt dit, aussitôt fait. Christine de Libouton, la programmatrice dudit festival, jubile, après quelques matinées passées dans les cimetières bergeracois.
De retour du Festival de Cannes, où il présentait son dernier film, « La Princesse de Montpensier », le réalisateur, qui n’a qu’une parole, fera halte vendredi à Bergerac, avant d’y revenir cet été pour les Rencontres cinématographiques de Bergerac et du Bergeracois. Une belle tête d’affiche pour ce Beautiful Festival, après Stephen Frears et Jacques Audiard, l’année dernière.
Série B bon marché
Qui, à Bergerac, aurait pensé croiser la route de Jacques Tourneur, petit scénariste parti tenter sa chance à Hollywood, en 1934, avec 40 dollars en poche ? « Pour réussir dans les mines, il faut aller dans le Nord. Pour réussir dans le cinéma, il faut aller à Hollywood ! »
Fort de cette maxime, Jacques Tourneur était rapidement passé du siège de monteur à celui de réalisateur. Son premier long-métrage, « La Féline », une série B bon marché produite par la RKO pour 135 000 dollars, avait alors sauvé le studio après l’échec commercial du « Citizen Kane » d’Orson Welles, en rapportant la bagatelle de 4 millions !
Films fantastiques, westerns, films noirs, c’est dans l’épouvante que « Jack Tourneur » a gagné ses titres de noblesse avec « Vaudou », « Les Griffes du passé », « L’Homme léopard », « Rendez-vous avec la peur » ou encore « Pendez-moi haut et court ».
Le réalisateur travaille avec une méthode bien à lui, en jouant avant tout sur le non-dit et la suggestion pour susciter l’angoisse chez les spectateurs. À l’époque, pas d’effets spéciaux, mais des jeux d’ombre, de lumière, des plans en contre-plongée… Dans « La Féline », le monstre qui fait frissonner le public est en fait une ombre chinoise des mains du réalisateur. Et ça fonctionne !
Victime de la nouvelle vague
Avec les années 1950, Hollywood change, c’est la fin de la grande époque, et Jacques Tourneur rentre en Europe. Persuadé que son aura lui permettra de poursuivre sa carrière dans l’Hexagone, il se trompe. C’est le début de la nouvelle vague, et les ficelles de Jacques Tourneur n’intéressent plus les studios. Dans l’indifférence générale, il s’installe à Bergerac dans la famille de sa femme, et décède en 1977.
Aux portes de la cité de Cyrano, on a retrouvé sa tombe dans le petit cimetière de la Beylive. Bertrand Tavernier, en cinéphile averti, aura permis de retrouver la trace de celui qui a incarné le rêve américain pour une génération de réalisateurs français.
Commentaires
1°/ J.T., "petit scénariste" ? Il était le fils de M. T., qui avait été un ponte à Hollywood dans les années 10-20. Avant de retraverser l’Atlantique, il avait réalisé plusieurs films dans notre beau pays. Il choisit de le quitter pour cause d’industrie cinématographique trop "étroite" et parce qu’il voyait les choses "en grand".
2°/ Des "ficelles" ? Lesquelles ? J.T. refusa tout au long de sa carrière d’en utiliser, ce qui lui coûta cher, sa carrière précisément.
3°/ La Nouvelle Vague, cause de l’insuccès de J.T. lors de son retour ? La N. V. n’a jamais fait de tort à personne, si ce n’est aux mauvais cinéastes. Si J.T. n’a pas trouvé de travail une fois en France, c’est parce qu’il s’était coupé de l’industrie cinématographique française : times had changed !
La Nouvelle Vague étant devenue une avant-garde institutionnalisée, il est comique de voir ses zélotes fonctionner comme les gardiens d’un temple à côté desquels certains « gardiens de la foi  », sous d’autres latitudes, pourraient passer pour d’aimables surveillants de square !
Bonjour,
est-ce vous le dentiste à Echirolles (isère) , qui êtes la nièce de J.T ?
je suis historien du cinéma et fan inconditionnel du grand jacques Tourneur, injustement oublié (ou dont l’oeuvre prolifique n’est pas assez médiatisée), je voudrais savoir ce que sont devenues les archives du cinéaste ? (puisque mort en1977 sans héritiers) .. ;et que sont devenus les masters originaux de ses films ?
je rêve de voir éditer en Blu Ray (4K) les grands films de JT : Flibustière des antilles, Canyon passage, les révoltés de la claire-louise, l’enquete est close, rendez-vous avec la peur, la flèche et le flambeau, la bataille de Marathon, l’or et l’amour, Angoisse, la féline etc
sa filmographie est très importante et les éditeurs video commencent timidement à ressortir certains de ses films (Carlotta, Sidonis + Wild side + ed Montparnasse), mais il faut aller plus loin car beaucoup de ses films restent encore inconnus (et ne sont jamais diffusés à la TV)
m’écrire => schallerludovic@yahoo.fr
deux livres sont déjà sortis sur l’oeuvre féconde du cinéaste J. Tourneur, mais pour mieux le comprendre, il faut absolument voir le docu de 25 mn réalisé sur lui à Bergerac en mai 1977 où il raconte son métier, ses débuts à Hollywood, sa vision du cinéma, ses rapports avec les gens du métier, et ce qu’il pense de l’au-delà... il est décédé 7 mois après ce docu qui fait figure de testament cinématographique pour ce metteur en scène de talent qui avait l’humilité des grands !
Je suis allé aujourd’hui sur la tombe de Jacques Tourneur.
Son nom n’est pas gravé sur la tombe, seuls les noms des personnes de sa belle-famille le sont.
Une plaque "Jacques Tourneur 1904-1977" s’y trouve, mais elle a bien noirci depuis toutes ces années, contrairement à ce que l’on peut voir sur la photo de cette page.
Pour éviter aux futurs visiteurs intéressés pour se rendre sur la tombe de Jacques Tourneur, et leur éviter de chercher dans toutes les allées de ce grand cimetière (!), je précise que la tombe se trouve dans l’allée O (la lettre O, pas le chiffre 0).
En empruntant l’allée O, la tombe est la 28ème à droite... : Famille Miermont, avec la plaque Jacques Tourneur bien visible...