Discrète parmi des tombes plus prestigieuses se dissimule, en hauteur bordée par une rampe, la tombe de Gabrielle Russier. Peu de visiteurs lui rendent visite : l’amnésie est de mise dans nos sociétés passé un bref délai. A son époque pourtant, cette femme défraya la chronique.
Printemps 1968. Issue d’un milieu bourgeois, Gabrielle Russier est agrégée de lettres. Mère de deux enfants, divorcée, elle est enseignante au lycée Nord de Marseille, où elle est appréciée par ses élèves qu’elle initie au théâtre moderne, au cinéma et à la peinture. L’un d’eux, Christian Rossi, 16 ans, est en classe de seconde. Il est fasciné par cette prof moderne et enthousiaste, elle est troublée par l’intelligence, la curiosité du lycéen. Ils finissent par tomber amoureux, et se lancent dans une idylle passionnée dans le contexte du si joli mois de mai, que Gabrielle, de sensibilité de gauche, accueille avec enthousiasme. En juin, la romance vire à l’aigre : les parents du mineur, prévenus, tentent d’écarter leur fils de sa « coupable » liaison. Pendant plusieurs mois, ils l’exilent en Allemagne, puis dans les Pyrénées : les amants se retrouvent. Impuissants, ils portent plainte : le 14 avril 1969, Gabrielle est incarcérée aux Baumettes. Elle y reste deux mois, hébétée, mais obstinée dans son amour. Le procès se traîne : le procureur demande une peine de treize mois de prison non amnistiables. L’affaire est renvoyée en octobre. Il n’y aura pas de procès. Le 1er septembre, Gabrielle, effondrée et calomniée, se suicide chez elle après avoir confié son chat à son voisin.
Sa mort indigne et divise la France : elle est l’occasion d’ouvrir un débat de société sur la réalité du détournement de mineur. Passion amoureuse « illégale » terminée dramatiquement : qu’en est-il finalement de cette libéralisation des mœurs promise dans le sillage de mai 68 ? On interroge Pompidou sur l’affaire, qui répond laconiquement en citant Eluard : « Comprenne qui voudra. Moi, mon remords ce fut la victime raisonnable ». En 1971, André Cayatte s’empare du drame et réalise Mourir d’aimer, dans lequel Annie Girardot incarne Gabrielle, l’un de ses plus beaux rôles. Serge Reggiani lui rend également hommage dans sa chanson Gabrielle :
Qui a tendu la main à GabrielleLorsque les loups, se sont jetés sur elle ?Pour la punir d’avoir aimé l’amourEn quel pays, vivons nous aujourd’huiPour qu’une rose soit mêlée aux ortiesSans un regard, et sans un geste ami ?
L’affaire Russier est encore fraîche en 1974 lorsque la majorité passe à 18 ans. Puis son souvenir s’estompe, progressivement, sûrement. Qu’il me soit permis d’en raviver aujourd’hui le souvenir, à une époque où il est de bon ton de remettre en cause les idéaux de mai 68. Pour les amateurs du Père-Lachaise, la tombe de Gabrielle Russier appartient à une catégorie bien spécifique : celle de victimes, le plus souvent jeunes, dont la mort donne lieu à un immense débat de société, dont l’ampleur de l’émotion dans l’instant est proportionnelle à la rapidité de l’oubli dans lequel ces personnes retombent ensuite. Chacun dans leur domaine, Pierre Overney, Gabrielle Russier ou Malik Oussekine appartiennent à cette catégorie. Marie Trintignant les y a déjà rejointe. Leur mort dramatique se transforme alors en fait divers oublié dans le minéral, que nous, taphophiles, nous aimons dénicher.
Commentaires
Bonsoir,
Commentaire remarquable.
Remerciements.
J’avais 19 ans alors et je croyais à l’amour . En mémoire de toi Gila qui a mis un terme à ta vie, comme elle et pour les mêmes raisons. Ta tombe est bien loin de France mais vos destins sont si proches.
Le vent t’a emportée il y a 15 ans, ce vent fou qui ravagea ma vie et qui y a laissé une blessure qui ne se referme pas.
Je fleurirai cette tombe soeur de la tienne à Istanbul avant de revenir te voir un jour ,et, comme le croient mes amis Balinais, la fragrance des fleurs que je lui offrirai s’élèvera jusqu’à toi pour te dire que je ne t’oublie pas.
Pierre
A chaque fois que l’on montre Pompidou répondant en citant Eluard, on croit à une spontanéité induite par ses vénérables souvenirs de normalien agrégé des lettres, mais déjà en ces temps là le président « communiquait  » et le journaliste qui pose la question, Jean-Michel Royer (1933-2009) le faisait en « service commandé  ». Un temps conseiller technique du secrétaire d’Etat à l´Information (1968-69), et alors responsable d’émissions à la gouvernementale Radio-Monte-Carlo (1969-78), il sert donc la soupe à un président désirant montrer sa face « humaine  » sans trop désavouer les juges qui ont mis Gabrielle Russier en prison"¦
Bonjour,
à propos des hommages qui lui furent rendus, rappelons que le groupe Triangle avait à l’époque enregistré "Elégie à Gabrielle"
LM
quand l’on est amoureux et heureux y en a qui n’apprécie pas. Votre suicide leur a donner raison moi j’auri été de votre coté.
This lovestory has a big influens on my life when I was young. The right to love even if the norm say that it is wrong.
Thanks for the big love, thanks for the book.
With all love
Anders Gether S¸rensen
gabrielle est morte d etre une femme !!!
homme ds la meme affaire , tout aurait ete etouffe ...
Bonjour à tous,
Et bien je n’étais pas née lorsque cette affaire a éclaté et je ne la connaissais pas jusqu’à ce que je visite ce site.
En vacances à Paris pour une semaine, je suis allée voir le cimetière du père lachaise hier et j’y retourne demain car je n’ai pas eu le temps de tout voir c’est la raison pour laquelle j’ai fait des recherches sur internet. Je ne manquerai pas de faire un détour sur la tombe de Gabrielle avec le même recueillement que j’ai eu pour Héloïse et Abélard.... Des histoires d’amour qui finalement vivent au delà de la mort avec le souvenir que nous en avons...
Juste une question pour satisfaire ma curiosité elle aussi légendaire :p ==> Quelqu’un sait il ce qu’est devenu le jeune homme après cette histoire ????
Cette histoire devenue malheureusement " une affaire " m’a toujours attristé ! j’avais 8 ans à l’époque, mon frère aîné allait dans le même lycée que Gabrielle Russier. C’est le drame de l’incompréhension, de la méchanceté,de la jalousie, de la bétise des autres .... Le film d’André Cayatte ( 1971 mourir d’aimer ) prend aux tripes avec l’excellentissime regrettée Annie Girardot, tout comme la chanson de Charles Aznavour du même nom.
L’émotion conserve la vie, même quand elle n’est plus.
Come diceva Hermann Hesse : "Normalità" non è sinonimo di "giusto" , è un semplice concetto numerico che indica che la maggioranza delle persone accetta un comportamento, giusto o sbagliato che sia.
QUESTI SONO I DELITTI DELLE CONVENZIONI:SONT CRIMES DES CONVENTIONS
La convenzione è qualcosa che, indipendentemente se giusta o sbagliata, la collettività accetta e approva unanimamente.Come mangiare carne umana nella società dei cannibali.
Quella di Christian Rossi e Gabrielle Russier non fu una una sordida tresca ma un rapporto basato su un sentimento sincero.
Due vite spezzate per una stupida convenzione del tutto priva di logica, che vuole che in una coppia l’uomo sia più grande : si chiama razzismo anagrafico sulla donna
Je viens de lire un article sur l’Express qui rappelle cette terrible affaire qui a impliqué, notamment, la malheureuse Gabrielle RUSSIER. Cette affaire, à l’époque, m’avait bouleversé et en particulier le suicide de cette dame. Si cette affaire était survenue en 2015 comment ce serait-elle terminée ? Les moeurs ont-elles évolué dans un sens plus libéral ?
Paix éternelle à cette malheureuse dame avec une pensée aussi pour ses enfants.
Sujet de l’émission "Affaires sensibles" du 11 janvier 2016 sur France Inter, Fabrice Drouelle est revenu sur cette bien triste histoire.
Voici le lien de l’émission :
http://www.franceinter.fr/emission-affaires-sensibles-les-amours-interdites-de-gabrielle-et-christian-l-histoire-de-mourir-d-a
Bientôt cinquante ans que Gabrielle Russier s’est suicidée. Une société hypocrite l’avait condamnée. Mourir d’aimer comme le titre du film. Mourir pour avoir aimer drôle de fin en fait, l’amour reste une chose naturelle, la haine reste toujours la plus forte. N’oublions pas Gabrielle Russier.
Cette histoire est gravé en moi depuis que j’ai eu l’âge de la comprendre ! j’avais 7 ans au moment des faits, et mon frère aîné de 10 ans ( malheureusement récemment décédé) allait dans ce même lycée ( lycée Nord St Exupery ) ; Notre tante enseignait dans les lycées marseillais aussi et s’est suicidée en 1973... Le film d’André Cayatte " mourir d’aimer" magistralement interprété par Annie Girardot et la magnifique chanson de Charles Aznavour ont permis de mettre davantage en lumière ce drame et la bêtise humaine de certains hommes et femmes coincés de cette époque...
1969 - 2019 .... cinq décennies ... nos parcours se déroulaient parallèlement ... à "quelques" différences près ... j’ai publié ceci en mon blog ... récemment ...
http://scibor-serge-camusard.over-blog.com/2019/11/pour-gabrielle-et-christian.html
pour que survive l’humain ...
Serge
l’amour ne sort pas toujours vainqueur , qu’elle repose en paix désormais
Petite rectification. Il y a bien eu un procès. Gabrielle Russier a été condamnée à 12 mois de prison avec sursis, amnistiable. Du coup, le Parquet, le plus froid des monstres froids (mots de G. Pompidou) a interjeté appel et Gabrielle s’est suicidée au gaz.
Ironie du sort, au départ, ce n’est pas Russier qui était inscrit sur cette concession perpétuelle, mais Rossi. Du nom d’une grand-mère de Gabrielle, qui portait le même nom de ceux qui allaient faire son malheur, les parents de Christian. Le père de Gabrielle a fait effacer ce patronyme, lui et sa femme ayant depuis rejoint leur fille...
Pour le film de Cayatte, succès immédiat à sa sortie, on relève dans la distribution des rôles, le nom d’un acteur bien oublié, Claude Cerval, auquel Cayatte fait porter le poids de la cruauté de la justice et de la société, il interprète le juge d’instruction. Or, en 1969, Claude Cerval avait marqué les esprits, tous les samedi soir, pendant six semaines, en interprétant l’abominable comte de Nansac, dans la série "Jacquou le Croquant". On n’a oublié cela aujourd’hui, mais Nansac est devenu à ce moment le personnage le plus détesté de France ! A tel point que le vrai juge a interpelé Cayatte pour contester l’image qu’il donnait de lui dans cette affaire, celui du salaud intégral, par osmose avec ce que Cerval trimballait dans des imaginaires « récents ». Aux dernières nouvelles, ce juge vit toujours, il a 95 ans.
Et Muriel Robin qui l a aussi interprètée dans une fiction tv sur France 2.
L’histoire de Gabrielle me touche profondément. Né en 1967, j’ai été contemporain de cette histoire mais ne l’ai réellement découverte que plusieurs décennies plus tard. Sans en référer au contexte de l’époque, cette histoire qui finit tragiquement par le suicide de Gabrielle est une Ode et un hymne à l’Amour, à la tolérance et à la bienveillance. Sa passion l’aura consommée jusqu’à ses derniers instants, seule face au destin qu’elle n’avait certainement pas choisi mais subi par ses juges, hommes sans compassion, sans coeur ni intelligence.
Puisses-tu reposer en Paix, Gabrielle, près de tes parents, et ne jamais tomber dans l’oubli qui serait ta seconde mort, "Nam et in saecula saecula"
GABRIELLE RUSSIER
1 septembre 2021
triste anniversaire 52 ans le départ de gabrielle.
il y a quelque chose de plus fort que la mort
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants
une pensée pleine de compassion à cette femme martyrisée ,ces enfants brisés par un groupe
d’imbéciles et cruel .
se souvenir c’est vivre.
Je suis âgé de 66 ans, retraité de la Gendarmerie, 60 années passées en région parisienne, installé en Dordogne (24) depuis 2021 et je profile d’un passage dans de la famille cette semaine, pour me rendre demain, vendredi 20 décembre 2024, au cimetière du Père Lachaise. Emu par cette belle histoire d’amour de Gabrielle Russier et Christian Rossi, dont un film retraçant cette cette histoire a été interprété par Annie Girardot et une chanson de Charles Aznavour : Mourir d’aimer, je vais donc accrocher sur la grille de cette sépulture le coffret du DVD du film, un petit mot personnel à l’intérieur et une rose rouge. Si vous venez donc à passer devant (division 26), pensez que c’est moi qui aura accroché à la grille ce coffret, avec une pensée émue au moment de le faire. J’espère que personne ne le décrochera ! Bien cordialement. Daniel BAYON.