Une historienne affirme avoir localisé la tombe de d’Artagnan aux Pays-Bas

Dépêche TV5Monde du 20 novembre 2008

Une historienne française pense avoir localisé la tombe de d’Artagnan dans une église proche de Maastricht aux Pays-Bas, où le capitaine des mousquetaires du roi, qui a inspiré le personnage d’Alexandre Dumas, a été tué en 1673 durant le siège de la ville.

Avant d’être le héros flamboyant des "Trois mousquetaires" (1844), d’Artagnan, de son vrai nom Charles de Batz de Castelmore d’Artagnan, a en effet combattu deux siècles plus tôt sur tous les fronts au service de Louis XIV.

Passionné par l’histoire des mousquetaires, Odile Bordaz leur a consacré plusieurs livres, dont "Sur les chemins de d’Artagnan et des mousquetaires" (Balzac éditeur), dans lequel elle affirme que d’Artagnan, qui n’a pas de sépulture connue, a vraisemblablement été enterré dans l’église de Wolder, près de Maastricht.

"Avec mes collègues archéologues, archivistes, néerlandais, nous avons étudié les cartes de Maastricht, faites à l’époque par l’équipe de Vauban. On voit le camp de l’armée du roi qui entourait la ville", raconte-t-elle à l’AFP.

Louis XIV et les mousquetaires avaient établi leurs quartiers dans le village voisin de Wolder. "Logiquement, c’est de là que d’Artagnan est parti avec ses hommes le 25 juin 1673 pour monter à l’assaut des remparts de la ville et qu’il s’est fait tuer d’un coup de mousquet", poursuit-elle.

Le roi écrit le jour même à son épouse, la reine Marie-Thèrese : "J’ai perdu d’Artagnan en qui j’avais la plus totale confiance et qui était bon à tous".

Selon Odile Bordaz, les registres paroissiaux de la région démontrent que les personnages "de qualité" tués au combat étaient enterrés dans l’église la plus proche. Mais on ne dispose pas du registre de l’église de Wolder, qui pourrait fournir la preuve que d’Artagnan a bien été enterré là.

"D’après tous les indices, il y a plus de 90% de chances pour que d’Artagnan et d’autres mousquetaires de l’état-major du roi aient été enterrés dans l’église à côté de leur camp", affirme-t-elle.

L’hypothèse selon laquelle son corps a pu être ramené en France, en plein été, ne correspond pas aux usages en temps de guerre, où il fallait "enterrer très vite".

Une thèse qui laisse sceptique Wim Dijkman, archéologue et conservateur de la ville de Maastricht, dont Wolder est aujourd’hui un quartier. "D’Artagnan a-t-il été enterré là ? Ce n’est pas sûr du tout : il n’y a aucune information historique ou archéologique allant dans ce sens", a-t-il déclaré à l’AFP.

Quant à envisager des fouilles archéologiques pour tenter de mettre au jour la dépouille du gascon... "Même s’il a été enterré là, sa tombe peut très bien avoir été détruite au 19è siècle lors de la construction de la nouvelle église, plus grande que l’ancienne qui datait du moyen-âge, au cours de laquelle une partie du cimetière a été détruite", souligne Wim Dijkman.

Le curé de l’église Saint-Pierre et Paul de Wolder, Piet van der Aart, n’est pas opposé à des fouilles, mais n’entend pas non plus donner son autorisation "s’il n’y a pas de preuves".

Odile Bordaz estime elle-même "qu’il faudrait trouver des éléments plus précis". Eléments qu’elle espère dénicher dans des documents inédits, des archives diplomatiques ou privées.

Quant aux archives de l’aumônier du roi, le cardinal Bouillon, qui aurait pu assurer le service funèbre, elles sont supposées se trouver au Vatican.


La tombe de d’Artagnan, héros des Trois Mousquetaires, pourrait avoir été découverte

article de zamin.uz du 12 avril 2026

Il a été annoncé que des restes pouvant appartenir au célèbre mousquetaire français d’Artagnan ont été identifiés dans l’église Saints-Pierre-et-Paul de Maastricht, aux Pays-Bas.

Selon les informations, un squelette humain a été découvert lors de travaux d’excavation provoqués par l’affaissement d’une partie du sol de l’église. La présence d’une pièce française avec les restes suggère que la personne enterrée pourrait avoir occupé un rang élevé.

Les sources historiques indiquent que d’Artagnan est mort lors du siège de Maastricht en 1673 et qu’il aurait été enterré dans cette zone. Actuellement, des scientifiques analysent en laboratoire des échantillons d’ADN prélevés sur les os de la mâchoire retrouvés.

Les chercheurs n’excluent pas la possibilité que ces restes appartiennent à d’Artagnan, mais une conclusion finale est attendue après les résultats des analyses génétiques.


La sépulture potentielle de d’Artagnan à Maastricht, une énigme historique qui vire à la guerre d’archéologues

Article du Monde - 22 août 2026

Un squelette, peut-être celui du célèbre mousquetaire, a été mis au jour par l’archéologue Wim Dijkman en mars dans une église de Maastricht, aux Pays-Bas. L’accusant de fouilles illégales, la municipalité lui a repris le projet. Il faudra attendre encore quelques mois pour que l’analyse ADN livre – ou non – ses secrets.

Cinq mois ont passé après l’annonce, en mars, de la découverte de la tombe potentielle de d’Artagnan à Maastricht (Pays-Bas). Depuis, les analyses engagées n’ont donné aucun résultat probant. « Où en sont les recherches ? C’est la question que nous posent tous les visiteurs », confirme Alina Goebel, responsable du Musée d’Artagnan de Lupiac (Gers), village natal du mousquetaire. Dans les faits, après la tonitruante annonce, tout est repris de zéro dans un feuilleton digne d’Alexandre Dumas par ses improbables rebondissements et imbroglios.

La frustration est à la hauteur de l’excitation qui avait suivi la révélation au printemps de la découverte d’un squelette dans l’église Saint-Pierre-et-Paul à Wolder, aujourd’hui un quartier résidentiel de Maastricht. Il pouvait être celui du célèbre mousquetaire d’Artagnan. Le vrai, bien sûr, Charles de Batz de Castelmore, né au cœur des vallons gascons entre 1610 et 1615, tué au siège de Maastricht d’une balle de mousquet, le 25 juin 1673. Une frustration d’autant plus compréhensible que l’annonce était susceptible de mettre fin à une grande énigme historique : l’absence de sépulture identifiée, trois cent cinquante-trois ans après sa mort, de celui qui est devenu le « mousquetaire universel », paré de toutes les vertus par la grâce littéraire d’Alexandre Dumas (Les Trois Mousquetaires, 1844) bien épaulé par son « collaborateur » Auguste Maquet.

Le travail des historiens, notamment les ouvrages abondamment documentés d’Odile Bordaz, la référence concernant le « vrai d’Artagnan », ont depuis montré que le Gascon, à qui le roman a prêté tant d’aventures, ne cède en rien à la légende dans sa vraie vie, au service du roi Louis XIV. Jusqu’à la fatale issue de Maastricht. Le roi est sur place, il fait dire une messe en hommage à son plus fidèle serviteur. Et puis rien. D’Artagnan volatilisé. Pas le moindre témoignage sur l’emplacement de sa sépulture. La possible localisation à Wolder avait pourtant été évoquée en 2005 par Odile Bordaz en lien avec ses collègues néerlandais. « D’après tous les indices, il y a plus de 90 % de chances pour que d’Artagnan et d’autres mousquetaires de l’état-major du roi aient été enterrés dans l’église à côté de leur camp », affirme-t-elle alors.

A l’origine de la découverte du squelette, en mars, se trouve le réputé archéologue Wim Dijkman, 70 ans, qui depuis près de trente ans espère percer l’énigme de la sépulture de d’Artagnan. Assiégé par la presse internationale au moment de l’annonce, il est fait chevalier de l’ordre d’Orange-Nassau, le 27 avril, pour sa contribution majeure à l’archéologie. Mais il est arrêté trois semaines plus tard, le 20 mai, soupçonné de fouilles et de détention d’ossements illégales. Wim Dijkman est interrogé durant plusieurs heures par la police avant d’être remis en liberté. Coup de tonnerre aux Pays-Bas, sidération en France : «  Je suis tombée de ma chaise », réagit alors Odile Bordaz, qui évoque auprès du Monde « un homme sérieux, compétent, rigoureux, limite austère ». Mais l’épisode va tourner à la consternation au rythme des révélations de la presse néerlandaise sur les conditions des recherches.

Quand la paroisse, longtemps réticente, accepte l’idée d’engager des fouilles en 2025, il est trop tard dans l’esprit de Wim Dijkman, désormais « archéologue retraité », pour espérer être officiellement convié à les conduire par la municipalité. Ses relations avec son successeur, Gilbert Soeters, et avec la mairie de Maastricht sont tendues. Il n’a pas pour autant lâché sa quête en créant une fondation dont l’objectif est de rechercher la tombe de d’Artagnan. La bénédiction du clergé ne suffit pas pour entreprendre des travaux au sol, encadrés par des règles et des autorisations spécifiques (municipalités, ministère de l’environnement). L’archéologue passe outre en janvier-février 2026 et découvre le fameux squelette près de l’autel de l’église : « Si c’est d’Artagnan, ce sera le sommet de ma carrière », sait-il.

De son côté, la municipalité de Maastricht déclare tomber du ciel : elle aurait pris connaissance des excavations par hasard lors d’un échange entre la paroisse et un échevin (élu municipal). La mairie les arrête immédiatement et les déclare « illégales », le 5 mars, et organise à son tour, le 13 mars « une fouille d’urgence ». Mais entre-temps, des prélèvements d’ossements ont été effectués sur le squelette par Wim Dijkman. Ils ont été expédiés aux fins d’analyses ADN dans un laboratoire de Munich, l’Institut für Rechtsmedizin (« Institut de médecine légale »).

Ce choix de labo doit beaucoup à Thomas Samek, surnommé « le sosie de d’Artagnan », cavalier émérite passionné par le mousquetaire qu’il incarne chaque année lors du festival annuel consacré au héros à Lupiac. Ce médecin allemand a justement un confrère de confiance, directeur de l’institut bavarois. Thomas Samek se charge de convoyer deux dents et la partie distale d’un fémur du squelette jusqu’à Munich.

Les fragments de Wolder sont comparés aux prélèvements de sang et de salive effectués dans la plus grande discrétion sur deux cobayes français supposés descendre du grand homme : Olivier de Batz dans le Vaucluse, Aymeri de Montesquiou dans le Gers. « On est venu me gratter les joues et puis rien ! », s’insurge aujourd’hui ce dernier, ex-sénateur de son département. « Aucun résultat ne sera validé tant qu’il ne le sera pas par un laboratoire néerlandais », tonne de son côté la mairie de Maastricht, qui veut reprendre la main. Mais le laboratoire allemand refuserait de lui communiquer les éventuels résultats obtenus.

Wim Dijkman se rend à son tour à Munich pour récupérer les ossements, « inquiet, justifie-t-il au quotidien NRC, que la ville accepte qu’ils reviennent aux Pays-Bas par la poste, avec le risque qu’ils soient détruits ou perdus ». Il décide de les placer « en lieu sûr »… c’est-à-dire à son domicile. D’où ses ennuis avec la police. S’il ne répond plus aux journalistes depuis son interpellation, il avait auparavant confirmé au Monde le sentiment d’être victime « des jalousies de métier [entre archéologues] et des problèmes de bureaucratie à la mairie » : « Sans moi, personne n’aurait jamais rien trouvé dans l’église de Wolder. » Il a ses partisans qui concèdent des « erreurs » mais soutiennent que « la mairie a aussi très mal géré cette histoire ».

Du côté de la municipalité, c’est bien plus que des « erreurs » qui sont dénoncées. « Aucune autorisation n’avait été accordée pour ces activités. Il s’agissait donc d’une fouille illégale », insiste-t-elle avant de publier, le 2 juillet, un « communiqué »… de 11 000 signes qui se révèle à charge pour Wim Dijkman. La « fouille d’urgence » qui a procédé à l’exhumation du reste du squelette, menée cette fois par des anthropologues physiques de l’Université des sciences appliquées de Saxion et l’agence spécialisée en recherche archéologique BAAC, fait l’objet d’une « documentation archéologique standard, souligne ce rapport, (…) contrairement à celles effectuées avant le 13 mars avec une quantité importante d’informations archéologiques irrémédiablement perdues ».

Le squelette découvert dans l’église de Wolder, à Maastricht (Pays-Bas), le 25 mars 2026.

Pis ! « Le processus de reconstitution a révélé la présence de restes osseux provenant de deux jeunes individus, ainsi que de plusieurs os d’adultes ne faisant pas partie du squelette en question. » Gilbert Soeters assombrit le tableau : « Nous aurions aimé savoir précisément d’où viennent certains restes rangés dans une petite boîte à l’intérieur d’un sac de courses, cela aurait considérablement simplifié l’énigme à laquelle nous sommes confrontés.  »

Toute tentative d’identification serait-elle devenue vaine ? Apparemment pas. Car, nonobstant les thèses qui circulent ici et là, selon les convictions ou les intérêts politiques ou personnels en jeu, « les résultats actuels de la recherche ne confirment pas l’identification, mais ils ne l’excluent pas non plus », avance prudemment le rapport municipal. Dans un premier temps, avant toute analyse, quatre éléments provenant des fouilles de Wim Dijkman en janvier et février, étaient venus fortifier l’hypothèse d’Artagnan : le positionnement dans la nef proche de l’autel (emplacement réservé à une haute personnalité), l’âge estimé de l’individu (autour de 60 ans), la présence d’une balle de mousquet présumée à ses côtés (il a été tué avec cette arme), la présence d’une pièce de monnaie de 1660 sur le squelette, un liard du prince-évêque de Liège, qui avait célébré la messe de funérailles.

Côté fouilles d’urgence de la municipalité, les premières analyses hors ADN «  sur une partie importante du squelette d’origine encore présente dans la sépulture lors de l’excavation du 13 mars » confirment bien un homme mesurant environ 1,74 mètre et un âge estimé entre 44 et 66 ans, résultats compatibles avec l’hypothèse d’Artagnan. En revanche, la spectrométrie de masse révèle que l’objet trouvé près du squelette, présenté initialement comme une balle de mousquet, est en fer et ne pèse que 3,3 grammes, il est désormais considéré comme « un fragment de clou forgé ».

La datation du squelette (carbone 14) reste très suspendue avec une fourchette qui s’étend… de 1500 à 1900 après J.-C. Enfin, l’analyse du collagène dans les échantillons prélevés a provoqué une polémique inattendue. « L’individu exhumé consommait une quantité considérable de poissons de mer, entre 27 % et 30 % de son alimentation habituelle. Il s’agit d’une proportion exceptionnellement élevée, qui ne correspond pas à ce que l’on attendrait d’une personne originaire de Gascogne ayant également passé une grande partie de sa vie à Paris et à Lille, persifle le rapport. Les valeurs relevées orienteraient plutôt vers des régimes alimentaires caractéristiques de l’Europe de l’Est et du Sud. »

Sa conclusion reste cependant prudente : « Les résultats des investigations scientifiques menées jusqu’ici proposent des éléments contradictoires. Il est impossible d’exclure totalement que le squelette découvert soit celui de d’Artagnan. » Lors du vernissage de l’exposition « D’Artagnan, cadet de Gascogne », le 3 juillet, Christophe Jankowiak, le président du Centre d’art du château de Lavardens (Gers), a ainsi résumé l’imbroglio pour le public présent : « Vous attendiez un scoop, eh bien il n’y en aura pas ! Seules les analyses ADN nous permettront de savoir si c’est d’Artagnan ! »

La mairie de Maastricht finance justement de nouvelles analyses de l’ADN ancien (ADNa) qualifiées de « volet essentiel ». Un petit échantillon a ainsi été prélevé à la racine d’une molaire du squelette pour « permettre d’identifier une région d’origine géographique probable de l’individu ». D’origine certainement, mais d’identité, rien n’est moins sûr. « L’étude complète de l’ADN ancien devrait durer environ six mois. Selon les résultats obtenus, il sera possible d’évaluer l’utilité d’analyses comparatives d’ADN complémentaires… Mais il est possible qu’une identification définitive ne puisse être établie », prévient la mairie.

Un grand espoir cependant, le pilotage des nouvelles analyses, selon les informations du Monde confirmées par l’intéressé, a été confié au professeur Maarten Larmuseau, biologiste et généalogiste génétique à l’université de Louvain (Belgique), une « pointure » incontestée dans son domaine, connu pour avoir élucidé de nombreuses énigmes historiques. « Je garde espoir jusqu’à la dernière minute, mais est-ce vraiment réaliste ? Je ne veux pas me laisser aller à une vision trop romantique », déclare Wim Hillenaar, le maire de Maastricht.

Surtout que pointe déjà à bas bruit une autre réserve, d’ordre généalogique cette fois : « D’Artagnan n’a plus de descendants directs depuis le milieu du XIXᵉ siècle, relèvent les historiens. Il conviendrait alors de solliciter de possibles descendants de d’Artagnan pour obtenir des échantillons d’ADN. » Retour à la case départ… théoriquement déjà explorée par le laboratoire de Munich ! Mais sans davantage de garanties, au final. Des analyses ADN comparées, même négatives, entre l’inconnu de Wolder et de lointains descendants indirects, n’infirmeraient pas définitivement l’hypothèse d’Artagnan, affirment les généalogistes : « L’ADN ne vaut que par la qualité des lignées établies en amont… par la généalogie classique ! Dans le cas de d’Artagnan, la difficulté réside dans la reconstitution de parentés fiables sur plusieurs siècles  », détaille La Revue française de généalogie.

Seule certitude, s’il s’agit bien de d’Artagnan, le devenir de la sépulture (Maastricht, Lupiac, les Invalides…) se jouera sur le plan diplomatique entre la France et les Pays-Bas. Si, toutes les analyses épuisées, l’identité du squelette de Wolder reste un mystère, Camille Oostwegel, capitaine de l’escadron des mousquetaires néerlandais – qui croit toujours à l’hypothèse d’Artagnan – envisage néanmoins une sépulture visible par le public « en hommage à tous les soldats inconnus tombés à Maastricht  » lors des meurtriers sièges successifs. Une manière de sortir par le haut de l’extravagante affaire, avec un message universel de paix, porté par deux peuples réconciliés.