On entre dans le cimetière communal de Saint-James par l’ancien portail de l’église qui était située sur la place Saint-Martin et qui fut détruite par un incendie en 1825. Petite visite par un temps peu clément.

Le site a une histoire très ancienne. Le terrain, alors appelé « Le Champ de devant », a été acquis en 1818 pour y regrouper les sépultures qui se trouvaient autrefois tout autour des anciennes églises de Saint-Martin-de-Bellay et de Saint-Jacques-le-Majeur. La commune déléguée gère un réseau de plusieurs petits cimetières historiques environnants (comme ceux de Saint-Benoît, Argouges ou La Croix-Avranchin), mais celui-ci reste le cimetière central de la ville.

L’un des tombeaux les plus imposants est une dalle avec à l’arrière des escaliers descendants dans une crypte souterraine : il s’agit du caveau de famille des marquis Carbonnel de Cabisy.

Sculpture sur la tombe de l’ancien maire de la commune Michel Thoury
L’attachement au très proche Mont-Saint-Michel...

La présence d’un "saint" thaumaturge

Comme c’est le cas à de très nombreux endroits, Saint-James à son saint local : l’abbé Jean-Baptiste Charuel (1773-1846) fut curé de la paroisse de Saint-James durant toute la première moitié du XIXe siècle. Il fut à l’origine de la création du collège de l’Immaculée-Conception à Saint-James. Selon la légende locale, sa sépulture posséderait la vertu médicinale ou le don miraculeux de faire marcher les jeunes enfants qui tardent à faire leurs premiers pas : la tradition veut que les parents amènent l’enfant tardif sur place, le déposent directement sur la pierre tombale du curé, et lui fassent faire quelques pas à cet endroit pour déclencher l’apprentissage de la marche. En remerciement, des petites chaussures sont encore déposées sur la tombe.

Et l’entreprise Saint-James dans tout ça ?

Tricots Saint - James est le nom de l’entreprise française implantée dans la commune de Saint-James, spécialisée dans la confection de vêtements marins, dont des marinières, qui se nomment Saint James. La marque. Dès le milieu du XIXe siècle, les Legallais sont une des plus importantes familles de tisserands des bords du Beuvron. L’entreprise prit son essor à partir de 1850 en tissant et teignant la laine issue des moutons de prés salés élevés sur les rives du Couesnon, dans la baie du Mont Saint-Michel pour la revendre sous forme d’écheveaux, de pelotes, de sous-vêtements et de chaussettes à des merceries et à des magasins de bonneterie de la région.

Léon LEGALLAIS (1888-1950), qui fut maire de la commune, souhaitait créer des vêtements pour les marins normands et bretons. L’entreprise familiale, la filature «  Moulin du Prieur  », devint en 1929 officiellement la Société Anonyme des Filatures de Saint-James. Léon Legallais innova en lançant le tout premier vêtement Saint-James : le chandail marin. Tricoté en maille serrée, ce pull chaud, résistant et confortable fut conçu pour répondre aux besoins des pêcheurs. Son nom trouverait son origine dans une anecdote : entre deux saisons de pêche en Atlantique Nord, ces marins traversaient la Manche pour vendre de l’ail en Angleterre. En criant «  Marchand d’ail  !  », les Britanniques entendaient «  chand’ail  !  », donnant ainsi naissance au nom du chandail marin ! [1] À l’époque, le chandail marin faisait partie du paquetage des Terre-Neuvas, ces marins affrontant jusqu’à 6 ou 7 mois de conditions extrêmes dans l’Atlantique Nord.

En 1950, les Filatures Saint James furent reprises par Julien BONTE (1906-1982), qui modernisa l’entreprise et recentra ses activités sur la fabrication du «  Vrai Chandail Marin  », un nom déposé qui propulsa la marque au rang de leader français de la maille marine.

Lors de ma visite, je n’avais pas trouvé la tombe de ces protagonistes mais un portail de recherches des défunts permet de confirmer que tout deux reposent bien ici.

[1] L’anecdote est bonne, même si le Wiktionnaire en donne une autre origine pas si éloignée : ce serait l’aphérèse de "marchand d’ail", désignant, aux Halles de Paris, les maraichers bretons qui vendaient leur ail aux Halles, et qui portaient en hiver de gros tricots à manches longues, dénommés « chandail » par métonymie.