NOUVELLE-CALÉDONIE
NOUMÉA (Nouvelle-Calédonie) : cimetières du 4ème et du 5ème kilomètre
Cimetières non traités de manière exhaustive
LE CIMETIERE DU 4EME KILOMETRE (PK4)
Historique du cimetière
Au tout début de la colonisation, les premières sépultures étaient disséminées ou établies à la hâte. En 1863, l’administration coloniale décide d’ouvrir un espace funéraire structuré, situé dans ce qui est aujourd’hui la deuxième Vallée-du-Tir. À cette époque, le quartier est encore très éloigné du centre-ville naissant. Le choix de ce site répond aux théories hygiénistes de l’époque, qui exigent d’éloigner les lieux de sépulture des habitations pour éviter la propagation des maladies. En moins de quinze ans pourtant, avec l’augmentation de la population civile et l’arrivée des convois liés à la colonisation et au bagne, ce premier cimetière s’avère rapidement trop petit et mal adapté au développement futur de la ville.
Face à la saturation de la Vallée-du-Tir, la municipalité et l’administration prennent une décision radicale en 1877 : déplacer le cimetière encore plus loin de la ville. Le cimetière de la Vallée-du-Tir est officiellement fermé. Les sépultures ainsi que les ossements des pionniers y reposant sont exhumés puis transférés vers un tout nouveau site en périphérie : le cimetière du 4e Kilomètre, qui date donc de 1877. On y trouve des sépultures et des caveaux de familles pionnières dont les concessions ou les histoires familiales remontent aux toutes premières décennies de la colonisation de Nouméa.
Le cimetière et les guerres
Le monument communal aux morts de la Grande Guerre y a quant à lui été érigé en 1921.
Le cimetière abrite une section entière dédiée aux soldats et anciens combattants :
• Le Bataillon Mixte du Pacifique (BMP) : Créé à Nouméa en juin 1916, ce bataillon rassemblait des tirailleurs kanaks, des volontaires polynésiens et des colons calédoniens. Beaucoup de ceux qui ont survécu aux terribles combats du Chemin des Dames ou de la reprise de Vesles-et-Caumont sont aujourd’hui inhumés dans le carré militaire du 4e Kilomètre.
• Les Forces Françaises Libres : Le carré abrite également des sépultures de volontaires du Bataillon du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale, qui s’étaient illustrés en Afrique du Nord, en Italie et lors du débarquement de Provence après le ralliement précoce de la Nouvelle-Calédonie à la France Libre en 1940.
Érigé de manière sobre et discrète au centre du cimetière en 1921, un monument aux Morts a été le tout premier édifice officiel de la ville destiné à honorer la mémoire des soldats nouméens tombés pendant la Première Guerre mondiale. On y trouve l’urne sacrée, déposé le 2 novembre 1966, à l’occasion du 50e anniversaire de la bataille de la Somme. Plutôt que des cendres humaines, cette urne contient de la terre recueillie directement sur les grands champs de bataille européens où les tirailleurs et volontaires du Bataillon Mixte du Pacifique se sont illustrés : Verdun Barleux Le Chemin des Dames Vesles-et-Caumont
Des personnalités politiques de l’île y reposent :
– Roger GERVOLINO (1909-1991) : résistant, il intégra le célèbre Bataillon du Pacifique, qui s’illustra au
sein de la 1ère Division Française Libre. En septembre 1943, il fut nommé à l’Assemblée consultative provisoire d’Alger par le Comité français de libération nationale (CFLN), où il participa activement aux débats sur la politique coloniale et l’Outre-mer. De fait, il fut le premier député représentant le territoire de la Nouvelle-Calédonie à l’Assemblée nationale. [Carré R, allée 6, fosse 10]
– Henri LAFLEUR (1902-1974) : exploitant de mines de nickel et de chrome, il appartenait à l’une des familles d’industriels les plus influentes de l’île. Il fut le tout premier sénateur de la Nouvelle-Calédonie, siégea au Conseil de la République de 1947 à 1955, puis au Sénat français de 1959 jusqu’à sa mort en 1974 sous l’étiquette des Républicains Indépendants. Père de Jacques Lafleur, il repose dans le même cimetière mais dans un autre tombeau. [carré ZA, allée 7, fosse n° 5].
– Jacques LAFLEUR (1932–2010) : Député de la Nouvelle-Calédonie de 1978 à 2007, leader historique du
mouvement loyaliste (anti-indépendantiste) et homme fort du territoire pendant trois décennies. Il est l’un des artisans des accords de paix de Matignon avec Jean-Marie Tjibaou (1988) et de Nouméa (1998). [carré 2A, allée 8-9, fosse n° 1].
– Jean LÈQUES (1931-2022) : maire emblématique de Nouméa de 1986 à 2014, il fut le premier président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie à la suite de la mise en place du statut de l’accord de Nouméa.
Cinq Compagnons de la Libération reposent ici :
– Auguste BÉNÉBIG (1915-1993) : entré dans la Résistance dès 1940 où il intégra le Bataillon du Pacifique,
promu adjudant, il s’illustra de manière éclatante lors de la bataille de Bir-Hakeim (juin 1942). Il participa ensuite aux campagnes d’El Alamein et de Tunisie. Il a donné son nom à un patrouilleur, navire de tête de la classe Félix Éboué basé à Nouméa [Carré C, allée 3, fosses 16/17]
– Georges DUBOIS (1896-1971) : refusant l’armistice de juin 1940, cet ingénieur géomètre a
organisé la manifestation massive du 19 septembre 1940 à Nouméa. Son action a directement permis le ralliement de ce territoire à la France libre. Au lendemain de ce ralliement, il prit le commandement supérieur des troupes de l’île. Il fut élu à l’Assemblée
territoriale en octobre 1957 jusqu’à la dissolution de l’Assemblée un an plus tard. Dans le même caveau repose René PETRE (1908-1957), engagé dans les forces françaises libres, il combattit au sein du 1er Bataillon d’Infanterie de Marine en Tunisie (1943), en Italie (1944) et participa au débarquement en Provence en août 1944. Georges avait épousé la demi-sœur de René, ce qui explique la présence de ces deux Compagnons de la Libération dans le même tombeau.
– Georges LE CARROUR (1915-1944) : engagé en avril 1941 au Bataillon du Pacifique, il
participa à la campagne de Libye, s’illustra lors de la bataille de Bir Hakeim, puis combattit en Tunisie et en Italie. Il participa au débarquement de Provence en août 1944, mais alors qu’il menait l’assaut pour libérer le secteur de Toulon, il fut mortellement touché par une rafale de mitrailleuse.
– Henri SAUTOT (1885-1963) : en 1940, alors qu’il était commissaire résident de France aux
Nouvelles-Hébrides, il choisit immédiatement de rejoindre la France libre. Il débarqua à Nouméa et parvint à rallier pacifiquement la Nouvelle-Calédonie sous l’autorité du général de Gaulle, malgré la résistance des autorités vichystes locales. Nommé gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, il organisa la défense de l’île face à la menace japonaise. Il signa des accords avec l’Australie et créa le Bataillon du Pacifique, une unité militaire qui s’illustra notamment lors de la célèbre bataille de Bir-Hakeim. Il fut ensuite nommé gouverneur de l’Oubangui-Chari (actuelle République centrafricaine) de 1942 à 1946. Après la guerre, il retourna s’installer en Nouvelle-Calédonie où il entama une carrière politique locale et devint maire de Nouméa de 1947 à 1953.
LE CIMETIERE DU 5EME KILOMETRE (PK5)
Au fil des décennies, le cimetière du 4e Kilomètre s’est à son tour rempli. Pour anticiper les besoins de la ville, la mairie ouvre en 1959 le cimetière du 5e Kilomètre, situé un peu plus haut sur la commune. C’est aujourd’hui le principal site funéraire en activité de la ville, abritant le centre administratif, les registres municipaux et le crématorium. Il est dans les faites le plus grand cimetière de Nouvelle-Calédonie : il s’étend sur 12 hectares et regroupe plus de 13 000 concessions référencées (8000 pour le PK4).
Il reflète la mosaïque multiculturelle calédonienne. On y croise des sépultures chrétiennes traditionnelles occidentales, mais aussi de nombreux espaces reflétant les rites des communautés kanake, wallisienne et futunienne, indonésienne ou encore tahitienne. Le 1er novembre est un moment important au PK5 : le cimetière s’illumine de milliers de bougies à la tombée de la nuit, selon une tradition locale très ancrée où les familles passent la soirée sur les tombes fraîchement fleuries de chrysanthèmes.
Le cimetière abrite plusieurs pionniers de la musique calédonienne (notamment du Kaneka ou de la variété locale) ainsi que des sculpteurs dont les tombes intègrent parfois des œuvres d’art ou des flèches faîtières traditionnelles.
Y reposent notamment :
– Maurice LENORMAND (1913-2006) : député de la Nouvelle-Calédonie de 1951 à 1964, il cofonda en
1953 l’Union Calédonienne, un parti centré autour du slogan de justice sociale « Deux couleurs, un seul peuple », visant à unir les communautés Kanak et européennes. Il occupa le poste de vice-président du Conseil de gouvernement (l’équivalent de chef du pouvoir exécutif local) de 1957 à 1959, puis de 1978 à 1979. D’abord ardent défenseur d’une large autonomie territoriale au sein de la République française, il fit basculer officiellement l’Union Calédonienne vers une position pro-indépendantiste à la fin des années 1970. Au-delà de la politique, Maurice Lenormand avait une formation de pharmacien. Passionné d’ethnologie et de linguistique, il s’est profondément intéressé aux cultures mélanésiennes. Il fut notamment l’auteur d’un important Dictionnaire drehu-français. [carré E, allée 6, fosse 1]
– Jacques ROULEAU (1922-2008) : engagé en juin 1940 dans les FFL, il prit part à l’expédition de Dakar fin septembre 1940 avant de débarquer au Cameroun. En 1942, il partit pour le Liban avec son unité qui y stationna jusqu’à la fin de la Guerre. Resté malgré lui loin des combats, Jacques Rouleau fit 10 demandes répétées d’affectation dans une unité engagée dans les combats. En octobre 1944, il obtint enfin sa mutation en France à la 1ère Division française libre qu’il rejoignit via l’Afrique du Nord, sur le front de l’Alsace. Après la guerre, Jacques Rouleau reprit ses études à l’école de la France d’Outremer dont il devint administrateur en poste au Moyen-Congo puis à Nouméa en Nouvelle-Calédonie. Crématisé à Marseille, ses cendres furent transférées dans ce cimetière. [carré C-Q, allée 2, fosse n° 3]
– [SASSONE<6]La cycliste Robert SASSONE (1978-2016) : professionnel de 2000 à 2003 au sein de l’équipe sur route Cofidis, Robert Sassone a connu ses plus grands succès dans les vélodromes : champion du monde de l’Américaine en 2001, vice-champion du monde du scratch en 2003, champion d’Europe de l’Américaine en 1999 et champion de France sur piste à plusieurs reprises. Il a également participé aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Sa carrière a néanmoins été assombrie par des infractions liées au dopage. Il décéda à l’âge de 37 ans des suites d’un suicide alors qu’il luttait contre un cancer depuis plusieurs années. [carré I2, allée 6, fosse n° 19]
– Dick UKEIWË (1928-2013) : instituteur, il fut, de 1983 à 1992, le tout premier sénateur kanak à siéger au Sénat français (dans les rangs RPR). Fervent partisan du maintien de l’archipel au sein de la République française, il a joué un rôle clé lors des tensions politiques des années 1980 (période dite des « Événements ») en prônant le dialogue et la réconciliation. Il fut également le premier Kanak à siéger au Parlement européen, entre 1989 et 1994. Il co-fonda le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) aux côtés de Jacques Lafleur.
Post-scriptum
Merci à Corinne Barbarin pour les photos des Compagnons de la Libération au PK4
Autres photos : Geneanet.