Les enfants meurent aussi
Les enfants meurent aussi
(Cet article est en constante évolution en fonction des cimetières visités. Repassez régulièrement pour voir les nouveautés).
De tous les décès, celui des enfants apparaît le plus insupportable, comme en témoignent de nombreuses plaques des cimetières.
LE BÉBà MORT
Très souvent représenté semblant endormi dans son berceau, version moderne des anciens gisants.
Parfois représenté en photo, version crue de la mort.
Symbole de l’innocence arrachée, l’enfant emporté par les anges est un grand classique également.
L’ANGELOT
L’utilisation des angelots sur les tombes est le plus généralement le marqueur d’un enfant mort très jeune. Créé sous l’Antiquité sous une toute autre apparence, ils furent plus tard christianisé puis ses représentations se sont sécularisés avec le temps.
Bien que souvent confondue, assimilée ou mélangée aujourd’hui, chaque figure ailée dérive d’une tradition distincte. Les chérubins sont des anges bibliques, aujourd’hui couramment interprétés comme des bébés ailés dodus, très éloigné de leur origine : les chérubins angéliques avaient d’abord été interprétés à partir d’un passage du livre d’Ézéchiel comme des êtres surnaturels avec des sabots, des ailes et quatre visages – humain, lion, bœuf et aigle, sans aucun doute influencée par l’iconographie du Proche-Orient ancien -notamment les sphinx ailés ou les taureaux ailés à tête humaine de Mésopotamie-, leur rôle et leur rang parmi les ordres d’anges différant selon les traditions juives, chrétiennes et islamiques (dans le christianisme, les chérubins sont les anges du second chœur de la première hiérarchie, suivant les séraphins).
La tradition des enfants allégoriques dans l’art est longue : à la Renaissance apparaissent les putti, relancés dans le contexte chrétien en tant qu’esprits angéliques pour servir de spectateurs dans les scènes religieuses ainsi que de figures représentatives dans les œuvres profanes. En se tournant vers l’art grec et romain antique, les sculpteurs quattrocento tels que Donatello ont commencé à créer des putti. Le baroque puis le rococo propagèrent cette image devenue populaire et représenté tôt sur les tombeaux.
Très schématiquement, le chérubin n’est qu’une tête ailée alors que le putti est un petit enfant mâle au corps grassouillet.
Les chérubins
Les putti
Les putti ne signalent pas forcément une tombe d’enfant : ils servent également à couronner de gloire le défunt. Dans la peinture à partir du Moyen Age, ils sont souvent ceux qui apportent l’auréole aux saints.
L’ange pleureur
Juste derrière le chœur de la cathédrale d’Amiens (80) se trouve le mausolée du chanoine Guilain Lucas (mort en 1628), œuvre de Nicolas Blasset.
Entre le chanoine et la Vierge, au centre du monument, figure le très célèbre Ange pleureur, qui symbolise le chagrin des orphelins dont le chanoine s’était occupé en créant une Maison de Charité en leur faveur. Le petit angelot, encore bébé, s’appuie à droite sur un clepsydre, sorte de sablier, symbole de la brièveté de la vie, et à gauche sur le crâne décharné d’un squelette, symbole de la mort.
Cet ange devait servir par la suite de modèle à un nombre considérable de tombeaux dans le monde entier. Son succès lui vint également du fait que pendant la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de cartes postales, de médailles et autres objets furent fabriqués à l’effigie de cet ange et vendus notamment aux soldats qui les emmenèrent ou les envoyèrent aux quatre coins de la terre.
L’ENFANT MORT
Quand il est un peu plus âgé, on sent une inflexion : à une époque où les albums post-mortem sont en vogue en Europe et aux Etats-Unis de la fin du XIXe au début du XXe siècle, peu de représentations de l’enfant ou de l’adolescent mort sur les tombes. Un tabou dans ce domaine semble exister là où ce n’était pas le cas pour le bébé. Même sculptées, les représentations d’enfants morts sont rares.
Comme pour les bébés, l’ange faisant monter l’enfant au ciel existe, même si les représentations sont plus rares.
De manière générale, les petits enfants sont représentés dans leur posture de vivant dans leurs activités quotidiennes. Très souvent souriant (pour les plus jeunes), ils sont généralement plus graves et studieux à mesure qu’ils sont vieux ; telles des représentations d’adultes en miniatures. Impeccablement coiffé, en habit du dimanche, entourés de fleurs ; le but étant de fixer pour l’éternité une image idéalisée du jeune défunt, un "enfant sage" sans aspérité.
La dimension religieuse n’est pas absente sur certaines tombes. L’enfant en habit de communiant est un grand classique, comme il l’est de nos albums photos un peu anciens.
Ou il accompagne à la tombe d’un parent.
A notre époque, la monumentalité a disparu des tombes d’enfants. Plus humbles, celles-ci sont désormais customisées : photos, jouets, nounours, dessins et témoignages de familles parfois inconsolables de nombreuses années forment des amoncellements colorés.
Les anciens "carrés des anges" (divisions des cimetières réservées aux enfants) n’ont pas disparu mais on gagné en couleur. Evolution de la société : des cavotins existent également pour des enfants mort-nés.