Le cimetière de Guéhenno n’a pas d’intérêt en soi, mais l’enclos paroissial dans lequel il se trouve abrite l’unique calvaire monumental du Morbihan, faisant partie des sept calvaires monumentaux de Bretagne (avec ceux de Saint-Jean-Trolimon, Pleyben, Plougastel-Daoulas, Guimiliau, Saint-Thégonnec, Loc-Eguiner et Plougonven).

Historique

Commande des paroissiens de Guéhenno, il fut érigé en 1550 en granite beige local à grain fin, par le maître d’œuvre Guillouic comme l’indique l’inscription en lettres gothiques très effacées dans le cartouche sous la corniche de la mace supérieure : « J. GUILLOVIC A FAICT CESTE CROUEX DE P(AR) LES P(A)ROEISSIE (N) 1550 ». Sous la Terreur, en 1793-1794, l’église du XVIe siècle fut incendiée ; les statues du calvaire auraient été brisées et l’ossuaire dévasté par les soldats républicains. En réalité, de nombreux symboles religieux ont échappé à l’iconoclasme révolutionnaire : les paroissiens purent démonter le calvaire pour le protéger de cette fureur révolutionnaire et cachèrent les statues endommagées chez eux ou sur le site proche du mont de Guéhenno au sud-ouest.

Il fallut attendre l’arrivée de l’abbé Charles-Marie Jacquot (1806-1866), nommé recteur de la paroisse en 1853, pour que la restauration de l’enclos paroissial commence réellement. La paroisse ne pouvant en assurer les frais de rénovation et de réédification, Jacquot et son vicaire s’improvisèrent sculpteurs. Aidé de maçons, il recollèrent les morceaux de certaines statues à partir des éléments réunis par les paroissiens et redressèrent le calvaire. En 1855, il rajouta un dallage et des bornes entourant le soubassement de l’édicule. À partir de 1856, il réalisa lui-même d’autres statues (les prophètes et les évangélistes, les soldats, des anges et des saints, des bas-reliefs et la colonne du reniement de saint Pierre), sans que les historiens de l’art parviennent à savoir si sa restauration a respecté l’ordonnance du calvaire de 1550. Après le calvaire et l’église restaurés, Jacquot entreprit en 1863-1864 la restauration de l’ossuaire, derrière le calvaire. L’ensemble fut restauré en 2004.

Le calvaire

La composition iconographique du calvaire expose un récit limité aux scènes de la Passion, se distinguant des autres calvaires bas-bretons qui narrent toute la vie du Christ depuis l’Incarnation jusqu’à la Résurrection.

Aux quatre coins de l’autel, sont disposés sur pied les quatre grands prophètes de la Bible (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel), séparés par un léger décrochement qui permet de les voir de face. La face antérieure de son socle est sculptée d’un bas-relief représentant la résurrection (apparition de Jésus aux saintes femmes). Le retable représente la Mise au tombeau composée de sept personnages en costume du XIXe siècle. Les trois bas-reliefs placés sur les autres faces du massif présentent l’Agonie de Jésus au sud, la Flagellation à l’est et le Couronnement d’épines au nord.

Sur la plateforme supérieure, est sculptée la foule traditionnelle des calvaires bretons. Les quatre angles sont occupés par les quatre évangélistes assis avec les tétramorphes. Au centre, Jésus est représenté portant sa croix. Il est encadré d’un soldat armé d’une pique, d’un cavalier précédé d’un soldat porte-glaive, et de Véronique montrant le voile de la sainte Face. La grande croix centrale représente à son sommet le Christ paisible sur un socle de crânes et de tibias qui font référence à son sacrifice et au Golgotha. Dominant les deux croix polygonales des larrons liés avec des cordes, elle est coupée en son milieu d’une double console occupée par la Vierge et Jean soutenus par des anges horizontaux. À mi-hauteur, une sculpture engagée dans le fût représente un personnage à moitié allongé, Jessé, qui symbolise le lien avec l’Ancien Testament. Sur son socle, est représentée une pietà simple masquée par le cavalier, ce qui rappelle les ordonnances différentes.

La colonne au coq, ou "colonne du reniement de Saint-Pierre", est ajoutée en 1862. Le socle porte l’inscription HAEC PASSUS EST PRO NOBIS, « voilà ce qu’il (le Christ) a souffert pour nous ». Le fût est sculpté de quelques emblèmes parmi les trente instruments de la Passion : sur la face arrière deux lances croisées, l’anneau et la corde attachée à un crochet, venant se nouer en avant et qui ont servi à attacher Jésus à la colonne de la flagellation ; sur la face avant fouets, couronne d’épines et roseau, marteau, tenailles et les trois clous.

L’ossuaire

A l’arrière du calvaire, l’entrée de l’ossuaire, édifié en 1863, est gardée par deux statues de soldats qui font face à deux femmes en pleurs, la Vierge et Marie-Madeleine, et surmontée d’une chimère. Il abrite un gisant représentant le Christ au tombeau sculpté en 1863, ainsi que des sculptures d’anges.

Sur la face nord de l’ossuaire face à l’église, se trouve une frise à hauteur d’homme qui serait un retable du XVe siècle. Elle montre, de gauche à droite, la Flagellation, le Portement de Croix, la Crucifixion, la Descente de croix et la Mise au tombeau.

Sur le coté de l’ensemble figure la tombe de l’abbé Charles-Marie Jacquot.

Post-scriptum

Source : Wikipedia