41 - LOIR-ET-CHER
CHAUMONT-SUR-LOIRE (41) : cimetière
L’ancien cimetière de Chaumont se trouvait dans l’enceinte actuelle du château : Marie-Constance Say, dernière propriétaire du château, l’échangea contre le terrain actuel, qui ouvrit en 1884 comme l’atteste l’ossuaire de l’ancien cimetière, dont les restes furent ramenés ici en 1892. Elle transforma l’ancienne nécropole en cimetière pour ses animaux, dont le cénotaphe de Miss Pundji, l’éléphante qu’elle avait finalement donné au jardin d’acclimatation.
Dans le petit cimetière reposent plusieurs propriétaires du château :
– Jacques Donatien LE RAY de CHAUMONT (1725-1803) : financier et entrepreneur, il fut gouverneur des
Invalides sous Louis XVI et grand maître des eaux et Forêts de Blois. Il acquit le château de Chaumont en 1750, fit détruire l’aile nord pour ouvrir la cour d’honneur vers la Loire, et fonda une manufacture de poterie et de verrerie qui attira de nombreux artistes, et dont la direction fut confiée au sculpteur italien Jean-Baptiste Nini, dont le château possède de nombreuses œuvres. Sympathisant de la cause américaine pour l’indépendance, il fut un intermédiaire entre le roi et les représentants américains, mettant même à disposition son manoir de Passy comme première ambassade des États-Unis. Son aide matérielle à la Révolution américaine fut décisive, finançant massivement avec son argent personnel l’achat d’armes, des approvisionnements et de l’habillement pour les forces armées américaines naissantes. Il parvint à préserver de la Révolution française le château où il reçut Benjamin Franklin en 1776.
- Le vicomte Joseph Alexis WALSCH (1782-1860) : administrateur, journaliste et homme de lettres qui
engagea au château de grands travaux de restauration entre 1847 et sa mort. Se consacrant aux lettres et à la presse, auteurs de divers ouvrages religieux et monarchiques, il collabora notamment à La Mode, à La Gazette de France et à L’Union monarchique, et dirigea La Gazette de Normandie, L’Écho de la Jeune France, l’Encyclopédie Catholique. Il joua un rôle important dans la presse légitimiste sous la monarchie de Juillet.
– Marie Constance SAY (1857-1943), épouse en première noce du prince Amédée de BROGLIE (1849-1917). Elle fut une
personnalité excentrique de la Belle Époque et des Années folles. Richissime héritière, elle dépensa sans compter, tint salon dans son hôtel particulier de la rue de Solférino (qui devint plus tard le siège du PS). Elle acheta et fit entièrement rénover le château de Chaumont (41), où elle s’entoura de ses animaux, dont une éléphante offerte par le maharajah de Kapurthala. En 1905, le « krach Crosnier », au terme duquel le directeur général de la raffinerie Say, François-Ernest Crosnier (qui avait utilisé les fonds de la société pour spéculer sur le coton), se suicida, amoindrit les revenus du patrimoine de la princesse [1]. Veuve en 1917, la princesse se remaria, en 1930, avec le prince Louis-Ferdinand d’Orléans, infant d’Espagne.
L’annonce fit scandale : l’extravagant prince Louis-Ferdinand était âgé de près de 42 ans alors que Marie en avait 73 ! Cet époux volage et peu scrupuleux acheva d’ailleurs de dilapider la fortune de sa femme. Il fallut vendre l’hôtel particulier de la rue de Solférino puis, en 1938, le château de Chaumont, cédé à l’État. Elle repose avec son premier époux dans l’unique grande chapelle du cimetière. D’eux descendent des membres de la famille de Broglie, marié à des Berthier et des Lannes de Montebello.
Pour les Say, on consultera l’article suivant.
[1] On dit qu’après une première chute de la Bourse qui lui avait fait perdre vingt-huit millions or, elle dit d’un ton léger à son mari : « Je crois qu’il faudra diminuer notre train de vie. Aussi j’ai décidé de supprimer les petits pains de foie gras du goûter. »