NOYON (60) : cathédrale Notre-Dame

Visité en janvier 2016
samedi 25 décembre 2021
par  Philippe Landru

La cathédrale Notre-Dame fut le siège de l’évêché de Noyon du milieu du VIe siècle jusque 1790, date à laquelle ce diocèse fut supprimé et son territoire incorporé au sein du diocèse de Beauvais. Construite à partir de 1145, elle fut l’un des premiers jalons de l’architecture gothique. Autour d’elle subsiste une partie du groupe épiscopal et du quartier canonial tel qu’il a évolué au fil du temps : les ruines de la chapelle de l’évêque, bâtie au XIIe siècle ; un bâtiment ayant fait fonction de réfectoire des chanoines, puis de salle capitulaire, construit au XIIIe siècle, ainsi qu’un cloître de la même époque ; la bibliothèque du chapitre, qui date du XVIe siècle ; le palais épiscopal du XVIIe siècle ; enfin les maisons des chanoines, réédifiées suivant les cas au XVIIe siècle ou au XVIIIe siècle.

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Bibliothèque du chapitre

Le maître-autel de la cathédrale possède trois chasses :

-  au centre, celle du fameux Saint Eloi (ca588-660) : évêque de Noyon, orfèvre et monnayeur français, il eut une fonction de ministre des Finances auprès de Dagobert Ier (ne se contentant donc pas de lui faire remettre sa culotte à l’endroit). Difficile évidemment d’isoler les traits historiques du personnage des multiples légendes et miracles qui lui sont associés. Grand argentier du royaume de Clotaire II, puis trésorier de Dagobert Ier, il fut élu évêque de Noyon en 641. Il fonda des monastères à Solignac et à Paris ; fut réputé fondateur de l’église de Dunkerque (il y aurait, selon la légende, pacifié le géant Allowyn, pour protéger Dunkerque des invasions et pillages des Vikings). Il passé vingt ans à convertir la population druidique des Flandres et des Pays-Bas au christianisme. Investi de toute la confiance de Dagobert Ier, il remplit les missions les plus importantes et réussit notamment à amener Judicaël, duc des Bretons, à faire sa soumission en 636. Canonisé, il est le Saint-patron d’un nombre considérable de professions (de tous ouvriers qui se servent d’un marteau). Sa vie nous est connue grâce à une chronique de son ami Saint-Ouen.

A sa mort, son corps fut porté au monastère Saint-Loup. L’année suivante, son successeur à Noyon, l’évêque Mumolin, le fit transféré dans le maître-autel de l’abbaye Saint-Eloi de Noyon. Au XIe siècle, après avoir été cachées par peur d’une profanation par les Normands, ses reliques furent portées dans la cathédrale. Pendant la guerre de Trente ans, elles furent cachées dans l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne, puis à la Sorbonne, à Paris. Réintégrées à Noyon, conservées dans une chasse de bois peint, elles furent en 1852 transférées dans l’actuelle chasse de bois sculptée et dorée sous le maître-autel de la cathédrale. Elles connurent encore des vicissitudes qui les menèrent jusqu’au Pays-Bas, ce qui les sauva sans doute des dommages de la cathédrale durant la Première Guerre mondiale. Ce ne fut qu’en 1952 qu’elles retrouvèrent leur place dans cette cathédrale. Evidemment, comme c’est toujours le cas des reliques des saints, on trouve des « morceaux » de reliques en divers endroits (un bras à la cathédrale à Paris, sa calotte crânienne à Chelles...).

- Saint Mumolin (ca600-685), qui fut le successeur d’Eloi à l’évêché de Noyon. Ancien moine de Luxeuil, c’est lui qui transféra le corps d’Eloi à Noyon. ll demanda à être enterré dans le cimetière commun, mais ses disciples le placèrent auprès de Saint-Achaire dans l’oratoire Saint-Georges où il fut placé à la droite du chœur. En 1463, une partie de son corps fut envoyé à Tournai et une autre à Saint-Omer. A la Révolution, ses reliques furent sauvées et placées dans le préau du cloître. En 1795, elles sont découvertes dans le cloître, mises dans un sac scellé et placées dans une chasse en bois avec les reliques de Saint-Médard. En 1852, on procéda à une translation dans l’actuelle chasse de bois doré , ornée de quatre colonnes d’ordre corinthien. Elle fut placée sous le maître-autel, faisant pendant à celle de Sainte-Godeberthe, qui lui est semblable.

- Sainte-Godeberthe (ca640-ca700) : issue d’une famille noble du diocèse d’Amiens, elle reçut en 657 le voile des mains de l’évêque Éloi de Noyon. Elle fonda par la suite, dans une partie du palais que lui donna le roi Clotaire II, un couvent de moniales, qui suivit la Règle de Saint-Eloi. La châsse actuelle, réalisée en 1841, remplace le reliquaire datant du début du XVIe siècle, réalisé par Jehan de Graval, orfèvre amiénois et fondu à la Révolution française.

Une plaque (posée en 1909, année de la béatification de Jeanne d’Arc) rappelle la présence de Guillaume Bouillé (+1476) qui fut, « selon sa volonté, inhumé sans aucun monument, à la droite du portail des Sybilles ». Procureur de la Nation de France, proviseur du Collège de Beauvais, à Paris et Recteur de l’Université de Paris, il fut apprécié de Charles VII qui le nomma membre de son Grand Conseil et l’envoya en mission à Rome auprès du Saint-Siège. Il fut chargé du procès de la condamnation de Jeanne d’Arc, et joua un grand rôle dans sa réhabilitation.

A ma connaissance, rien n’indique la trace de l’évêque de Noyon François de CLERMONT-TONNERRE (ca1629-1701) qui fut inhumé ici, dans le caveau des évêques. Docteur en Sorbonne après des études chez les jésuites, nommé évêque de Noyon en 1661, il fut l’auteur de plusieurs publications religieuses, dont une Règle de saint Benoît parue en 1687.Il fut élu membre de l’Académie française en 1694 pour l’amusement du roi (!).

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Liste des évêques de Noyon.

On ne trouvera rien non plus en ce lieu sur le tombeau du roi de Neustrie (715-721) puis des Francs (719-721) Chilpéric II (670-721). On sait qu’il fut inhumé à Noyon, mais on ignore le lieu précis. En outre, la quasi totalité des édifices religieux de la ville -dont cette cathédrale- est bien postérieure au VIIIe siècle.


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vendredi 14 février 2014

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