CEPOY (45) : cimetière

visité en juillet 2020
dimanche 6 décembre 2020
par  Philippe Landru

Dans le cimetière plat et sablonneux de Cepoy, qui conserve une partie de ses anciens monuments, reposent quelques personnalités, et non des moindres.

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Une ancienne pompe perdue dans la végétation.

- Le peintre Jean BARDIN (1732-1809), qui dirigea l’école de dessin d’Orléans. Il avait remporté en 1765 le Premier prix de Rome de peinture. Il reçut essentiellement des commandes religieuses pour des chantiers en province. L’étonnant dynamisme que connut la peinture religieuse à l’aube de la Révolution le favorisa. Ces pièces étaient destinées à l’ornement de cabinets d’amateurs. Avec lui repose son fils, le baron d’Empire Etienne-Alexandre BARDIN (1774-1840), qui fit partie de l’armée de Sambre-et-Meuse puis fit les campagnes impériales. On lui doit un Manuel d’infanterie et un Dictionnaire de l’armée de terre et recherches historiques sur l’art et les usages militaires des anciens et modernes, vaste encyclopédie des sciences militaires.

- Louis (Guillaume ?) LACROIX (1834-1901), qui fut député de Loiret de 1888 à 1898.

- Le philosophe et épistémologue Jacques MERLEAU-PONTY (1916-2002). Prisonnier de guerre en 1940, il s’évada et rejoignit la résistance. Arrêté par la Gestapo et incarcéré à Fresnes durant un an, il dut sa libération en août 1944 à l’intervention de Raoul Nordling, consul de Suède qui était l’oncle de sa femme. Jacques Merleau-Ponty fut ensuite journaliste à l’Agence France-Presse et à Combat. Attiré dès ses premières études par la physique, c’est sur le conseil de son cousin Maurice Merleau-Ponty qu’il s’orienta vers la philosophie. Il fit œuvre de pionnier dans l’étude de la cosmologie contemporaine, et son ouvrage Cosmologie du XXe siècle, est considéré aujourd’hui comme un classique du genre. Il exerça une influence importante sur plusieurs générations de philosophes et de scientifiques et a grandement contribué à rapprocher ces deux domaines de la pensée. Dans sa tombe repose son épouse, France Fiévet (+1999), nièce de Raoul Nordling, ainsi que son gendre, l’ethnologue Georges CONDOMINAS (1921-2011), considéré comme le spécialiste incontesté de l’Asie du Sud-Est et en particulier des sociétés traditionnelles de cette aire, ainsi que de Madagascar. Il est surtout connu pour ses travaux sur les Mnong notamment via son ouvrage Nous avons mangé la forêt qui fut considéré dès sa sortie, en 1957, comme un chef-d’œuvre, renouvelant totalement le genre de la littérature ethnographique, au point que Claude Lévi-Strauss le décrivit comme le « Proust de l’ethnologie ».

- Le consul suédois Raoul NORDLING (1882-1962). Pendant la Première Guerre mondiale, la suprématie de la marine allemande sur la mer Baltique empêchant la correspondance diplomatique entre la France et la Russie, Nordling organisa une voie suédoise via Stockholm par laquelle le courrier était acheminé entre Paris et Moscou. Il est surtout connu pour avoir joué un rôle important dans la Libération de Paris, en août 1944 : il négocia avec son équipe dans de longues tractations (cinq rencontres et de nombreux coups de téléphone) avec le général von Choltitz la libération de 3 245 prisonniers politiques, puis le renoncement au projet de faire exploser Paris suivant l’ordre de Hitler. Le 19 août, Nordling entra en contact avec les gaullistes qui avaient pris la préfecture de Paris et négocia un cessez-le-feu qui permit aux vingt mille soldats allemands de quitter Paris, n’en laissant que deux mille sur place. Dans le film Paris brûle-t-il ? de René Clément, son rôle est interprété par Orson Welles. Dans la pièce Diplomatie de Cyril Gély, c’est André Dussollier qui interpréta le rôle de Nordling, et Niels Arestrup, celui du général von Choltitz. La pièce fut portée au cinéma avec les mêmes acteurs principaux, dans un film portant le même titre [1], réalisé par Volker Schlöndorff (2014). Il fut fait citoyen d’honneur de la ville de Paris en 1958. Il repose avec son épouse et son frère Ralf, qui l’aida dans les négociations avec von Choltitz en 1944. Cette tombe est ornée d’un médaillon en bronze par Josette Hébert-Coëffin. Au pied du mur du fond de la partie ancienne du cimetière se trouvent plusieurs tombes de la famille, dont son père Gustav (1853-1916), qui l’avait précédé au consulat général de Suède, sa mère ; sa sœur Alice, mariée au capitaine Jules Fiévet [2] (les parents de l’épouse de Merleau-Ponty), et d’autres membres de la famille plus contemporains


[1On y voit Nordling s’introduisant dans son bureau par un passage dérobé de l’Hôtel Meurice, passage créé par Napoléon III pour rencontrer une de ses maîtresses de l’époque...sans être vu. Cette rencontre est imaginaire, tout comme l’escalier dérobé !

[2Ils avaient été inhumés initialement au cimetière d’Hudiviller (54), mais ont été transférés ici en 2012.


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vendredi 14 février 2014

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