LA BASTIDE-L’EVÊQUE (12) : cimetières

visité en août 2020
dimanche 25 octobre 2020
par  Philippe Landru

La Bastide-l’Évêque est une ancienne commune française devenue, le 1er janvier 2016, une commune déléguée de la commune nouvelle du Bas-Ségala.

Là où cela se complique, c’est que cette ancienne commune est divisée en quatre paroisses (La Bastide l’Évêque, Teulières, Cabanes et Cadour), qui possèdent chacune des hameaux. Toute la difficulté de repérer les cimetières dans les zones d’habitats dispersés.

Sachant que Pierre Poujade y était inhumé, je me suis rendu au cimetière « central » de La Bastide-l’Evêque, de dimension très modeste : je ne l’y ai pas trouvé.

J’ai trouvé en revanche la tombe de Vincent BERNADOT (1883-1941). Ce père dominicain fut le fondateur de trois revues ( La Vie spirituelle en 1919, La Vie intellectuelle en 1928 et Sept en 1934). Il fut en outre le fondateur en 1929 des Éditions du Cerf [1], gérée par l’ordre dominicain (qui en est toujours propriétaire), spécialisée dans les textes religieux et philosophiques. Le but était à l’époque de ramener la spiritualité chrétienne à ses vraies sources (l’Écriture sainte, les Pères de l’Église et les grands mystiques), pour créer une alternative aussi bien à l’influence des thèses de Charles Maurras et de son mouvement l’Action française (condamnée par Rome en 1926) qu’à des idéologies issues du marxisme. Le but était donc de structurer une gauche chrétienne non marxiste. C’est dans cette logique, et par un rapprochement de plusieurs lignes de cette gauche chrétienne que naquit Télérama en 1947. Depuis, la ligne éditoriale de ces éditions est devenue beaucoup plus réactionnaire.

Mais pas de Pierre Poujade !
Un coup de fil à la mairie m’en a donné l’explication : ce dernier repose au cimetière de Cabanes, l’une des paroisses de la Bastide...

le cimetière de Cabanes est également de taille modeste. C’est donc sans difficulté que j’y ai retrouvé la tombe du « papetier de Saint-Céré » Pierre POUJADE (1920-2003).

Nationaliste vichyste (un père sympathisant maurrassien, ancien militant de l’Union populaire des jeunesses françaises, filiale du PPF de Jacques Doriot, avant de devenir, durant la guerre, chef de compagnie d’un mouvement de jeunesse vichyste), il accéda brutalement à la notoriété en 1953 lorsqu’il prit la tête d’un groupe de commerçants qui s’opposaient de manière musclée à un contrôle fiscal. Excellent orateur de tribune, Pierre Poujade parla à toutes les professions qui se sentaient menacées par un monde qui changeait. Au nom des « petits », il dénonça avec véhémence « l’État vampire » et ses « soupiers » (les grands commis qui « vont à la soupe »), les « éminences » et les « apatrides » qui occupaient la « maison France ». Son mouvement était violemment antiparlementaire qui condamnait l’inefficacité du parlementarisme tel qu’il était pratiqué dans la IVe République. Son mouvement syndical, l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA), connut un grand succès dans le contexte déprimé et déliquescent de la IVe République, ainsi que dans sa version électorale, l’Union et fraternité française (UFF). Ce qui lui permit d’envoyer 52 députés à l’Assemblée nationale en 1956. Parmi eux se trouvait Jean-Marie Le Pen qui allait devenir la figure marquante de l’extrême droite en France. Le mouvement gagna en popularité auprès des partisans de l’Algérie française et dépassa dès lors le simple stade de la lutte anti-fiscale. Le discours poujadiste se radicalisa et la haine des «  métèques » et des juifs s’y retrouva de plus en plus fréquemment. Limiter l’audience de Poujade à l’extrême-droite serait cependant une erreur : en fustigeant un système profitant « aux gros plutôt qu’aux petits », il fut soutenu par le parti communiste pendant une durée assez longue. Son mouvement décrut avec a même rapidité qu’il était né avec l’arrivée de la Ve République (il avait en outre des amitiés avec certains gaullistes, et Pompidou le consulta). Plus tard, il fut en vain candidat à deux reprises aux élections européennes. Il fut nommé membre du Conseil économique et social de 1984 à 1999, par François Mitterrand. Bien que généralement classé à la droite voire à l’extrême droite de l’échiquier politique, il a soutenu indifféremment des candidats de gauche comme de droite aux élections présidentielles successives. Il a par ailleurs soutenu à chaque présidentielle le candidat vainqueur (Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand par deux fois et Jacques Chirac), à l’exception de celle de 2002, où il a choisi Jean-Pierre Chevènement, au 1er tour, puis Jacques Chirac plutôt que Jean-Marie Le Pen, au second. Il donna son nom au poujadisme, populisme pouvant se définir comme rébellion sectorielle étendue en vision du monde : révolte des petits contre les « gros », le fisc, les notables et nombre d’intellectuels considérés comme ayant perdu contact avec le réel. Le terme poujadiste, devenu péjoratif et pourtant loin d’avoir disparu à notre époque, est parfois utilisé pour qualifier négativement un discours politique ou social jugé démagogique. Les attitudes visées peuvent inclure un militantisme en faveur des petits commerçants vis-à-vis des gros (d’abord nationaux puis multinationaux), mais également désigner diverses formes d’antiparlementarisme, de corporatisme, voire d’extrémisme politique, ou plus généralement pour désigner un populisme réactionnaire.

Dans un coin du cimetière se trouve également la chapelle de famille des d’ARDENNE de TIZAC, châtelains de la commune. Y repose Jean VIOLLIS (Jean-Henri d’Ardenne de Tizac : 1877-1932), homme de lettres qui fut conservateur du Musée Cernuschi (1905) et critique d’art, spécialiste des arts chinois. Il fut l’époux de l’écrivaine et journaliste Andrée Viollis [2]. En 1907, il voyagea avec elle en Tunisie, ce qui lui inspira son roman Délices de Fez.


[1Le cerf fait référence au psaume 41, verset 2 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. ».

[2Qui ne repose pas ici mais au cimetière Montparnasse.


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