PRINS Famille

cimetière parisien d’Ivry ET cimetière Montparnasse - 6ème division
samedi 25 avril 2020
par  Philippe Landru

Cette fiche est l’aboutissement d’une recherche qui n’aurait pas été rendue possible sans l’apparition sur le net des registres des cimetières parisiens. Elle sera pour moi l’occasion de présenter une méthode, les difficultés de la recherche mais ce qui en fait aussi son intérêt, véritable sel et raison d’être des taphophiles.

Pour moi, un peu lassé des Impressionnistes, ce fut l’occasion de découvrir un artiste que je ne connaissais pas jusqu’à aujourd’hui et dont j’apprécie l’œuvre impressionniste subtile. Petit « scoop bonus » qui séduira les habitués dont le dada est de traquer dans les cimetières les modèles des peintures célèbres : son épouse !

La renommée fut mauvaise fille avec Pierre PRINS (1838-1913) ! Son œuvre, quoiqu’exposée dans de très nombreux musées (dont Orsay, Carnavalet…) n’est pas spécialement connue

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Le lapin agile

Formé à travailler la corne, les métaux, l’ivoire et des bois précieux dans l’atelier de son grand-père, fabricant de parapluies, il devint peintre, graveur et sculpteur. Il se lia d’amitié avec Zacharie Astruc qui l’entraîna au café Guerbois pour fêter les premiers succès de Manet. S’il devint ami avec Stéphane Mallarmé et Alfred Sisley, c’est avec Manet que l’amitié fut la plus forte et la plus durable, et jusqu’à sa mort, ce dernier aida Prins qui ne roulait pas sur l’or.

Lorsqu’en 1869 Prins épousa Fanny CLAUS (1846-1877), c’est Manet qui fut son témoin. Au Salon de 1869, Manet présenta sa toile Le Balcon pour laquelle avait posé Fanny Claus.

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Le Balcon de Manet. Fanny Claus est à droite, portant l’ombrelle, aux côtés de Berthe Morisot assise.

La Commune poussa le couple à se réfugier en Belgique, d’autant que sa jeune épouse développait une maladie respiratoire qui devait la tuer à l’âge de trente ans. Devant la gravité de son état et ses modestes revenus, Pierre Prins vendit tout ce qu’il avait dans la maison. En 1873, quelque temps avant le Salon, Suzanne Leenhoff-Manet rendit visite au couple Prins et prit conscience de l’état de dénuement dans lequel il se trouvait. Elle en parla à son mari qui, par discrétion, proposa à son ami de réaliser une version à la plume de son prochain tableau, Le Bon Bock, et le rémunéra d’une somme de 300 francs. Touché par le geste, Pierre Prins se mit aussitôt à l’ouvrage.

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Pêcheurs à Saint-Valery-sur-Somme
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Ciel breton au Pouldu

En 1874, Pierre Prins participa à la création de la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs mais l’état de son épouse se dégradant, il décida de l’emmener à Namur pour se reposer. Avant de partir, il confia douze tableaux à son ami d’enfance, le sculpteur Émile Philippe Scailliet, afin qu’il remette les toiles à Alfred Sisley qui devait les déposer à l’atelier que le groupe louait à Nadar pour leur première exposition. Scailliet ayant oublié de remplir sa mission, Pierre Prins n’exposa jamais avec les peintres impressionnistes : pas de chance pour la renommée !

Le 18 avril 1877, son épouse mourut à son domicile. Pierre Prins sculpta le gisant de son épouse dans son linceul, dégageant le visage et les mains, dont les doigts retiennent son violon sur son cœur [1]. Rongé par le chagrin, il ne travailla plus, et ce n’est qu’avec le soutien de Manet qu’il reprit peu à peu goût à la vie, reprenant ses pinceaux et ses pastels. A partir de là, il se lança dans la

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Brume et soleil sur la Manche

production de paysages aux pastels, dans le ton de l’Impressionnisme finissant : paysages bretons, normands, mais avant tout d’Île-de-France.

Vers la fin de sa vie, Pierre Prins peignit dans les environs de Rambouillet, à Grosrouvre, où s’étaient installés de nombreux artistes comme Julien Tinayre et son épouse Marcelle Tinayre, qui, ensemble, décidèrent en 1904 de réaliser le Salon du village dans l’école communale. La seconde exposition fut inaugurée par le président de la République Émile Loubet en 1905, et Pierre Prins y prononça un discours. La presse parla tout de suite d’une École de Rambouillet.

Il mourut en 1913 dans son domicile parisien.


En quête de tombes...Itinéraire d’une méthode


Sur la fiche Wikipédia de Pierre Prinz, il est indiqué qu’il repose dans la 29ème division du cimetière parisien d’Ivry tandis que sur le bandeau de droite, il est indiqué à Montparnasse. En regardant l’historique de la fiche, on découvre qu’un internaute avait ajouté la mention du cimetière Montparnasse, qui fut supprimée par un autre internaute indiquant « Aucune trace de transfert du corps de Pierre Prins du Cimetière d’Ivry au Cimetière Montparnasse » [2]. Ca commence bien !

Direction les registres d’Ivry : on y retrouve bien la mention de l’inhumation de Pierre Prins en janvier 1913, et il n’y a effectivement aucune mention marginale d’un quelconque transfert. Bon.

Et Fanny, fut-elle inhumée avec son époux ? On apprend sur la page Wikipédia de Pierre qu’elle mourut le 27 avril 1877 « selon le catalogue de l’exposition du musée Fournaise, le 16 avril suivant David Gatier dans une généalogie réalisée à partir du ’’Catalogue général de l’œuvre de Pierre Prins’’, Paris, 1933 ». Consultation des registres journaliers d’Ivry à cette date : aucune trace de Fanny ! Je décide d’aller consulter cette fois-ci le registre annuel de ce même cimetière, pensant que le dit David Gautier avait pu se tromper : aucune trace non plus, mais il semble que l’année 1877 soit lacunaire sur les registres annuels. Je décide donc de reprendre les registres journaliers, en tâtonnant autour du 27 avril : bingo, je retrouve sa trace. Elle n’est pas morte le 27 avril mais le 18 ! [3] Elle fut bien inhumée au cimetière d’Ivry, mais dans la 5ème division ! Une mention marginale précise qu’elle fut exhumée en avril 1889 ! Ok : je me dis qu’en avril 1889, elle est passée d’une fosse temporaire au caveau définitif, sans doute dans la 29ème division, dans lequel reposa plus tard son époux.

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Relevé du cimetière parisien d’Ivry
Inhumation de Fanny Claus : en mention marginale (à droite), mention de son exhumation en avril 1889.

Me voici en recherche, sur les registres journaliers, d’une trace d’elle en avril 1889 : je retrouve son exhumation effectivement, le 3 avril (n°1516), mais la voici partie désormais dans la 13ème division ! Les mentions marginales indiquent des renouvellement de la concession jusqu’au début du XXe siècle. Aucune trace d’exhumation postérieure !

Ainsi, Fanny Prins aurait été inhumée dans la 5e, puis dans la 13e division, tandis que son époux, décédé en 1913, aurait été inhumé dans ce même cimetière mais dans la 29ème. Possible après-tout, si les descendants n’ont pas cherché à réunir le couple. Un peu étrange tout-de-même...

Et Montparnasse dans tout cela ? Je décide désormais d’aller consulter mes archives personnelles. Sans grosse difficulté, je retrouve le tombeau contemporain Prins dans la 6ème division. Bon : les descendants Prins ont donc fait édifier un nouveau tombeau dans lequel tout le monde a été réuni… PAS SI SIMPLE !

Sur le tombeau de Montparnasse, les époux Prins figurent bien mais avec la mention « à la mémoire de » qui signifie le plus souvent que les personnes ne s’y trouvent pas. Compte-tenu du fait que dans les relevés d’Ivry, la mention d’un transfert n’est mentionné ni pour la tombe de Fanny, ni pour celle de Pierre, on peut raisonnablement penser qu’il n’y eut jamais de transfert. Sur la page Wikipédia, un internaute connaissant l’existence du tombeau de Montparnasse mais n’ayant aucune connaissance d’Ivry fut corrigé par un autre internaute connaissant les registres d’Ivry mais n’ayant peut-être pas connaissance de celui de Montparnasse ! Ainsi va la recherche...

Dès lors, Pierre et Fanny reposent-ils encore à Ivry ? Seule une visite post-confinement au cimetière permettra d’y voir plus clair, avec l’interrogation non élucidée du fait qu’ils n’aient pas été réunis. Quoiqu’il en soit, des corrections seront à faire sur la fiche Wikipédia de Pierre Prins : soit il est à Montparnasse, et il faudra le rajouter à la fin de l’article, soit il n’y a jamais été, et il faudra supprimer cette mention sur le bandeau droit de l’article. En outre, il faudra aussi mettre au clair la page Wikipédia anglaise du peintre laquelle, ne s’embarrassant pas de détails, a « décidé » que tout le monde reposait à Montparnasse !


Le tombeau de Montparnasse



Outre la mention « in Memoriam » des deux époux, reposent dans ce caveau :

- leur fils Pierre PRINS (1870-1945) [4] explora l’Afrique, en particulier en remontant le fleuve Chari vers le Tchad. Il en fut un administrateur colonial [5] tout en effectuant des travaux de géographie et d’ethnologie

- leur petit-fils, Pierre (!) PRINS (1905-1971), qui fut architecte.


[1Tout comme l’épouse de Manet, Fanny Prins était musicienne ce qui lia davantage les deux peintres.

[2Tout cela est encore visible sur la fiche.

[3Depuis, j’ai corrigé la fiche Wikipédia sur cette erreur de décès.

[4Portant le même prénom que son père, cela rajoute à la confusion.

[5Mais il ne fut jamais « gouverneur de colonie », contrairement à l’inscription du tombeau : force est de constater que cette famille aime brouiller les pistes !


Commentaires

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PRINS Famille
dimanche 26 avril 2020 à 00h06 - par  cp

D’ailleurs, la récemment regrettée Lucie Dolène l’a chanté jadis avec espérance : Un jour mon Prins viendra...

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PRINS Famille
samedi 25 avril 2020 à 19h11 - par  Daniel Rimbert

Nom d’un chien, ça c’est de l’enquête ! Je dis respect mais ce n’est pas d’aujourd’hui, je vous suis depuis des années avec un immense plaisir, vous avez la particularité de faire se passionner pour la petite histoire bien souvent que la grande histoire qui elle, peut être lue partout, merci encore et tant que je pourrais vous lire, je prendrais mon plaisir quotidien ! Daniel