ROUGEMONT (25) : cimetières

visité en août 2017
mercredi 6 décembre 2017
par  Philippe Landru

En plein milieu des champs, abrité sous des sapins, le petit cimetière de Rougemont à une allure charmante.

C’est ici que repose Robert BICHET (1903-2000). Ingénieur de formation, il entra en Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y organisa l’information clandestine en Bourgogne et en Franche-Comté, avec l’aide de Pierre-Henri Teitgen et Francisque Gay. À la Libération, il fut nommé à la tête des services de l’Information par le général de Gaulle. Député MRP de Seine-et-Oise (1946-1958), il devint sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et à l’Information du gouvernement Georges Bidault en 1946. Il fut ensuite l’initiateur de la loi Bichet (1947) qui régit le processus de distribution de la presse écrite en France. En parallèle à ses nombreux mandats locaux (député-maire d’Ermont, conseiller général du Val-d’Oise, puis régional d’Ile-de-France), il milita tôt en faveur de la construction européenne. C’est ainsi qu’il devint vice-président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe de Strasbourg et participa à l’élaboration du drapeau européen.

Une autre tombe Bichet attire le regard : sur des carrelages formant une croix sont portant les identités de 22 membres d’une même famille.

On remarquera également la tombe d’un peintre local, Paul ZACCOLETTI (1937-2009).

Contiguë à ce cimetière se trouve la nécropole militaire de Rougemont.


Nécropole militaire de Rougemont


Après les hostilités, il existait dans le Doubs, la Haute-Saône, les Vosges et la Côte-d’Or des petits cimetières établis par l’Etat-civil militaire aux Armées où reposaient les corps de combattants de la 1ère armée française tombés en 1944 dans les combats livrés avant la libération de l’Alsace. Leur entretien s’avérait très difficile à cause de leur dispersion et de leur aménagement rudimentaire. Dès 1950, le projet d’agrandir un de ces cimetières le mieux situé et d’y regrouper les corps exhumés des autres sites fut retenu. Le petit cimetière de Rougemont fut choisi. En outre, le général de Lattre de Tassigny avait, lors de la bataille, établi son PC non loin de là, au château de Moustier.

En 1951, le génie militaire procéda aux travaux de terrassement. Les exhumations et aménagements durèrent de 1952 à 1958. Les corps non restitués aux familles furent réinhumés dans cette nouvelle nécropole nationale.

D’une surface de 1.4 hectares, elle a ainsi recueilli les corps de 2169 combattants français de la Seconde Guerre mondiale. 153 sont inconnus, et 1251 sépultures sont ornées d’une stèle musulmane.

Parmi eux, cinq Compagnons de la Libération reposent :

- Joseph BAKOS (1902-1944) : hongrois engagé dans la Légion étrangère, il participa à la campagne de Norvège puis s’engagea dans les FFL. Il fit toutes les campagnes avec le 1er Bataillon de Légion étrangère : Dakar, Gabon, Erythrée, puis Syrie, Libye et Tunisie. Il combattit ensuite en Italie, débarqua en Provence, mais fut tué à Ronchamp en Haute-Saône.

- Lucien BERNIER (1914-1944) : Breton engagé dans la Marine en 1934, il gagna l’Angleterre et rallia la France libre dès juin 1940. Il participa à l’opération de Dakar en septembre 1940, puis à la campagne de ralliement du Gabon en novembre et aux opérations de Syrie (juin 1941). Ce furent ensuite la Libye, la Tunisie, la Provence puis les Vosges où il fut tué d’une balle en pleine poitrine.

- Le général Diégo BROSSET (1898-1944) : né en Argentine d’une famille de magistrats lyonnais, il s’engagea dans l’armée et prit part à la Première Guerre mondiale. Gendre du général Charles Mangin, il entra à l’Ecole de Guerre en 1937. Il rallia les FFL dès juin 1940 et fut condamné à mort par contumace. A Londres, il servit d’abord à l’Etat-major du général de Gaulle et fut emmené comme officier d’Etat-major personnel par le général lors de son premier voyage au Moyen-Orient avant de devenir le chef d’Etat-major du général Catroux.Il reçut le commandement de l’Est syrien, puis en janvier 1943 celui de la 2e Brigade française libre. Il se battit en Libye, traverse la Cyrénaïque, la Tripolitaine, prit part aux combats de Tunisie, puis fut nommé général de brigade en 1943, prenant le commandement de la 1ère Division Française Libre qui débarqua en Italie et participa à la bataille du Garigliano puis à ceux de Pontecorvo. Début juin, il prit part à la prise de Rome et, fin juin, aux combats de Toscane. Avec la 1ère DFL il débarqua en Provence, participa encore à la prise de Toulon et d’Hyères, puis à la poursuite dans la vallée du Rhône, et enfin le 3 septembre à la prise de Lyon, Autun, et Dijon. Il commanda ensuite la DFL lors de la Bataille des Vosges fin 1944. Peu de temps après, au volant de sa jeep, il dérapa sur le pont du Rahin, à Champagney en Haute-Saône, et s’écrasa au fond du torrent : on retrouva son corps deux jours plus tard. L’acteur Jean-Pierre Aumont, alors lieutenant et qui était son aide de camp, réussit à sortir vivant de l’accident. Pour l’anecdote, lors du débarquement en Provence, Diego Brosset fut hébergé chez la famille Chirac, réfugiée au village du Rayol sur la côte varoise. Il se lia alors d’affection avec le jeune Jacques Chirac, âgé d’une douzaine d’années. Ce dernier, apprenant la mort du général quelques mois plus tard, décida de son propre chef, de baptiser par un panneau un chemin du Rayol « avenue du Général-Brosset », panneau qui resta une trentaine d’années en place. En 1975, le conseil municipal du Rayol décida de baptiser officiellement une rue du village du nom du général. Se souvenant du premier hommage sauvage, la municipalité convia Jacques Chirac, alors Premier ministre, qui assista à la cérémonie en présence des deux enfants du général. Il repose auprès de ses hommes.

- Xavier LANGLOIS (1911-1944) : officier breton, il servit en Afrique et c’est au Tchad que le surprit l’Armistice. Il rallia les FFL en août 1940, il participa à la campagne de Syrie puis se battit en Egypte et en Libye. Ce furent ensuite l’Italie, le débarquement en Provence, la remontée du Rhône puis les Vosges où il fut tué alors qu’il tentait de libérer un prisonnier.

- Victor MIRKIN (1909-1944) : russe émigré en France pour fuir la Révolution bolchévique, avocat de formation, il s’engagea dans les FFL alors qu’il se trouvait en Palestine. Suivirent les expéditions désormais traditionnels pour l’essentiel des combattants de ce cimetière : de la Syrie aux Vosges en passant par la Libye, la Tunisie et la Provence (à la libération de Toulon, il réussit l’exploit, avec l’appui de deux blindés seulement, d’obtenir la capitulation de 800 Allemands dont 17 officiers). Il fut tué quatre jours après le général Brosset dans le même secteur.


La chapelle de Saint Hilaire de montferney et Chazelot


A proximité des cimetières civil et militaire de Rougemont se trouve la chapelle Saint-Hilaire, entourée elle-aussi d’un cimetière. Elle servit d’église paroissiale aux villages de Montferney et Chazelot (intégrés aujourd’hui à Rougemont). La légende en attribue la fondation, à la fin du IVe siècle, à Saint-Martin lui-même : elle était appelée église de Nahon (ou Naon, Nayon), sans doute du grec naos (temple). Une tradition locale rapporte qu’il existait autrefois autour de cette église un village qui fut détruit.

Rien ne signale particulièrement le cimetière.


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vendredi 14 février 2014

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