BESANÇON (25) : cimetière des Chaprais

visité en août 2017
samedi 7 octobre 2017
par  Philippe Landru

Besançon possède cinq communaux : Champs Bruley (ouvert en 1793), Les Chaprais en 1824, Velotte en 1865, Saint-Ferjeux en 1868, Saint-Claude en 1896, et un cimetière privé, la nécropole israélite des Vernois.

Chaprais n’est donc pas le plus ancien, mais il est à l’évidence « le » cimetière historique de Besançon

L’histoire du cimetière des Chaprais ressemble à celle de tous les grands cimetières urbains français : volonté de séparer l’espace des morts à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les villes perdirent leur caractère rural ; choix d’un terrain adapté, discussions sans fins pour l’achat et l’aménagement du lieu, puis ouverture proprement dite.

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l’église Saint-Martin et le cimetière

Une particularité cependant à Besançon : à une époque où beaucoup de cimetières, exilés des centres villes, entamaient un processus de sécularisation qui allait mener à la progressive laïcisation des nécropoles ; la très catholique cité bisontine installa son cimetière à proximité d’un lieu de culte, une église transitoire édifiée suite à la destruction de l’église initiale détruite pour faciliter les tirs contre l’invasion des Autrichiens en 1814. Il est vrai également que le cimetière date de la reconquête catholique qui accompagna la restauration. Encore aujourd’hui, l’église Saint-Martin, construite ultérieurement, domine de sa présence le cimetière, séparé néanmoins par un mur de l’édifice cultuel.

La partie ancienne du cimetière des Chaprais, de belle dimension, se distingue sans peine au nord de la nécropole : abondance d’arbres, ancienneté des tombes (dont beaucoup plus ou moins ruinées), qui confèrent le cadre romantique désirée dès l’époque de sa création. Les allées y sont en courbes, là où les parties contemporaines y sont bien davantage symétriques, et très peu arborées. On sent bien également, comme c’est le cas de nombreux cimetières de cette époque, dont le Père Lachaise, que l’ordonnancement pensé des débuts (des tombes éloignées les uns des autres, séparées par de la végétation, délimitées par des grilles closes) fut bouleversé par la suite par une densification des tombeaux, installés de manière plus ou moins anarchique. Les hiérarchies sociales furent également scrupuleusement respectées : les concessions « de prix » s’établirent dans la partie topographiquement la plus élevée du lieu tandis que les sépultures communes envahirent la zone inférieure.

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Les plus anciennes sépultures se situent contre le mur nord

On édifia dès 1831 la croix monumentale du cimetière, au dessus du dépositoire : la croix de la Mission, sur un piédestal quadrangulaire.

Tout comme au Père Lachaise, l’acceptation du nouveau cimetière ne fut pas immédiate. Cependant, celle-ci y fut plus rapide qu’à Paris.

Il existe un ouvrage sur ce cimetière Une nécropole romantique - le cimetière des Chaprais à Besançon au XIXe siècle par Anne-Lise Thierry, 1987. Intéressant au point de vue de l’histoire du site, il se concentre sur les 20 premières années du cimetière et n’aborde pas le sujet des résidents de la nécropole. Un ouvrage de fond reste à écrire sur ce cimetière. Cet article ne prétend pas à l’exhaustivité, loin s’en faut, mais il offrira désormais la source la plus complète à quiconque désirera le visiter.


Curiosités


-  Le cimetière possède des tombes permettant de retracer des faits divers criminels : celle de l’architecte Alfred Brisebard, tué en 1884 à Tonnerre (89) dans une sombre affaire de mœurs ; ou encore celle de l’ancien conseiller à la Cour de Besançon Constant Tripard, tué par un assassin qu’il avait condamné (son épitaphe proclame qu’il mourut en pardonnant).

- Les Chaprais possèdent peu de monument imposant : il est davantage une juxtaposition de sépultures de tailles modestes, dont les plus anciennes reflètent le goût de l’époque pour le néoclassicisme. La statuaire y est limité, généralement de petite taille et peu ostentatoire : s’ils ne sont pas absents, les bustes et médaillons en bronze dans la seconde moitié du XIXe siècle y sont bien moins nombreux que dans d’autres nécropoles analogues. Quand elle existe, la sculpture est essentiellement religieuse, ou du moins symbolique (pavot, saules, sablier…). Seules quelques tombes de militaires exaltent des vertus plus patriotiques et profanes.

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Le médaillon du docteur Bouvier (+1926) par Georges Laëthier
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Tombe Dornier
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Le colonel Druot (+1853), baron d’Empire, sous un obélisque orné d’un bas-relief, de citations, et de la liste des batailles auxquelles il participa.

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Le buste de l’ancien maire Claudius Gondy par Georges Laëthier
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Le capitaine Ihler, tué au Maroc en 1907.
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Bas-relief de l’horloger Auguste Jouchoux, par Georges Oudot.
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Sur son tombeau, François-Simon Marquis est déclaré « artiste vétérinaire »
On appelait alors artistes vétérinaires les maréchaux- ferrants et les maîtres de poste agréés par le préfet pour pratiquer l’art vétérinaire dans leur département.

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Le mausolée familial Pasche
Ce beau monument funéraire de marbre blanc fut sculpté par Albert Pasche pour sa famille (sa mère, sa sœur et son père en médaillon, le sculpteur se représentant lui-même en train de sculpter ce dernier). Lui même ne repose pas ici, mais dans les bois, au Pré Oudot, sur sa propriété ;une ferme de la commune de Fournets-Luisans. (son mausolée fut restauré en septembre 2017).
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Le bas-relief sur la tombe de Mathieu Petit (+1849)
Colonel du Génie chargé des fortifications de Constantine, il fut blessé mortellement lors de la campagne de « pacification » de l’Algérie.

Une particularité cependant aux Chaprais (qu’elle partage avec d’autres cimetières de Franche-comté, la présence des forges y étant forte) : la présence de 7 édifices entièrement en fonte (le Père Lachaise n’en possède pas tant), baldaquins souvent néogothiques aujourd’hui fortement érodés. Le plus imposant est celui de la famille Saint-Eve : à tout seigneur tout honneur, cette famille était propriétaire de la fonderie bisontine. Leur trace est partout présente dans ce cimetière, parfois sous la forme de simples grilles ou ornements.

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Le tombeau de la famille Saint-Eve

De nombreuses tombes du cimetière, y compris des chapelles, sont entièrement recouvertes de végétation, particulièrement de lierres ; version bisontine un peu différente des arbres nécrophages du Père Lachaise.

Dans cette cité fortifié par Vauban, on notera la présence de très nombreux soldats et officiers.


Célébrités : les incontournables...


Aucune

On notera la présence insolite de la tombe de Gabrielle Guglielmi (1853-1918), rien moins que la mère du célèbre acteur hollywoodien Rudolf Valentino : cette dernière, française (elle était née Bardin, en Haute-Saône), avait offert ses services à un comité d’assistance aux soldats français, dans le Doubs. Elle mourut, d’épuisement dit-on, et fut inhumée ici. La pauvre plaque qui indique son identité est quasiment illisible.

Le cimetière possède la tombe de Julie Vigoureux, épouse du philosophe et économiste fouriériste Victor Considérant. Celui mourut à Paris et fut crématisé au Père Lachaise en 1903. Il reposa un temps dans le columbarium (case 913), puis la concession fut reprise. Une source indique que l’on dispersa ses cendres sur cette tombe.

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Tombe de Julie Considérant

... mais aussi


- Le général d’Empire Jean-François BOULART (1776-1842), qui après avoir fait les campagnes révolutionnaires et impériales, obtint de Louis XVIII le commandement de l’École d’artillerie de Strasbourg. Il fut également un mémorialiste de son temps. Il était baron d’Empire.

- L’architecte François-Marcel BOUTTERIN (1842-1915), élève de Delacroix (voir plus loin) et auteur à Besançon des plans du Grand Hôtel des Bains et de l’établissement thermal. Il repose avec son fils, architecte également, Maurice BOUTTERIN (1882-1970), second grand prix de Rome d’architecture en 1909, puis le premier grand prix en 1910. Il devint Architecte des bâtiments civils et palais nationaux à Paris, et construit une centaine d’immeubles et d’hôtels particuliers. Il fut chargé du plan d’extension de Besançon dans les années 1930.

- Le journaliste Robert CHENEVIER (1896-1975), qui collabora à plusieurs journaux dont l’Illustration.

- Le peintre Gaston COINDRE (1844-1914), également graveur et historien. Conservateur du musée de Salins, il fut, entre autres, l’auteur de l’ouvrage Mon vieux Besançon relatant l’histoire de la ville de Besançon sur un mode intime et pittoresque et accompagné de nombreuses gravures. Cet ouvrage sert encore régulièrement de base à de nombreux livres sur l’histoire bisontine.

- Le baron Charles DESBIEZ de SAINT-JUAN (1785-1862), personnalité politique orléaniste, conseiller général du département du Doubs ; il fut également un des fondateurs en 1840 du journal républicain Le Franc-Comtois et l’auteur de poésies.

- L’architecte Alphonse DELACROIX (1807-1878), qui réalisa de nombreux travaux à Besançon, construisit des écoles, la faculté des sciences, des fontaines, et aménagea la promenade Micaud. Archéologue, il fut le propagateur de l’idée que le site d’Alésia se trouvait à Alaise, dans le Doubs. On ne risque pas de louper son tombeau, une imposante pyramide.

- Le peintre paysagiste Antonin FANART (1831-1903), qui représenta la Suisse et la Franche Comté. Il exposa au Salon.

- Le peintre Charles-Antoine FLAJOULOT (1774-1840), ancien élève de David, qui fut directeur de l’École des Beaux-Arts de Besançon, mais aussi professeur dans la classe de dessin du Collège Royal de Besançon où il eut comme élève le jeune Gustave Courbet et Louis Pasteur.

- Le peintre paysagiste Emile ISENBART (1846-1921), élève d’Antonin Fanart, qui peignit le Doubs.

- Le peintre Edmond LAËTHIER (1858-1889), attaché au Congo qu’il peignit, et qui fut attaché au commissariat de l’Exposition coloniale de 1889. Dans le même tombeau repose son frère, le statuaire Georges LAËTHIER (1875-1955), qui resta très attaché à sa terre comtoise et immortalisa les Hommes illustres de la Région. Il réalisa également de nombreux monuments aux morts et oeuvra pour le funéraire, comme l’atteste ce cimetière.

- L’ingénieur Joseph LIARD (1747-1832) à qui l’on doit la réalisation du canal du Rhône au Rhin au début du XIXe siècle. A l’origine, son tombeau est composé d’un socle décoré sur deux faces d’urnes d’où s’écoule de l’eau avec les inscriptions ’Rhône’ et ’Rhin’, une troisième face porte une représentation de l’entrée du tunnel-canal de Thoraise, surmontée de l’inscription de son nom. Le tout est surmonté d’un obélisque partiellement décoré de motifs végétaux. Le tout est désormais très dégradé.

- Le baron d’Empire Claude-Augustin MAIRE (1770-1835), qui fut officier dans les armées révolutionnaires puis impériales. Il fut maire de Mouthe, dans le Doubs. En 1830, il fut élu colonel de la garde nationale de Besançon.

- Le statuaire et graveur en médailles Jean-Baptiste MAIRE (1787-1858).

- Albert MÉTIN (1871-1918) : député radical de 1909 à sa mort, il fut ministre à quatre reprises entre 1913 et 1917, dont celui du Travail et de la Prévoyance Sociale, puis des Finances.

- Le comédien et chanteur Pierre MINGAND (Pierre Magnin : 1900-1982), qui fit partie de l’orchestre de Ray Ventura comme chanteur et pianiste. Il a également chanté et enregistré en duo avec Danielle Darrieux, avec laquelle il tourna plusieurs films. il créa en 1935 une opérette, Trente et Quarante aux Bouffes-Parisiens avec A. Cocéa et Pierre Brasseur. Il repose sous sa véritable identité dans le caveau de famille.

- Just MUIRON (1787-1881) : journaliste, il est aujourd’hui connu pour avoir été le premier disciple en date de Fourier. Resté à peu près inconnu en dehors du cercle de l’École sociétaire, il a été le promoteur de l’un des principaux mouvements du socialisme moderne à la recherche de la solution du problème social et été l’accoucheur du système phalanstérien.

- Le peintre et sculpteur Georges OUDOT (1928-2004), considéré comme un des représentants les plus significatifs de la sculpture figurative contemporaine. Il est aussi l’auteur de très nombreuses gravures et lithographies et de plusieurs médailles. Il réalisa l’épée d’académicien d’Edgar Faure dont il était le conseiller culturel.

- L’architecte Etienne Bernard SAINT-GINEST (1831-1888), ancien élève de Labrouste.

- Le ténor Emile SCAREMBERG [1] (1863-1938).

- Le politicien Robert SCHWINT (1928-2011) : ancien maire du Russey de 1959 à 1977, puis maire PS de Besançon de 1977 à 2001, il fut sénateur (1971-1988) puis député (1989-1993) du département.

- Le physicien et mécanicien Etienne-Georges SIRE (1826-1906), qui fut Correspondant de l’Institut pour la Section de Mécanique.

- Jacques TERRIER (1770-1849) : général de la Révolution et de l’Empire, il avait une propriété dite « château de la Palante » dans le quartier de Palente à Besançon et choisit de se faire appeler Terrier de la Palante. Pendant les Cent-Jours, il commanda le département des Basses-Alpes.

- Louis-René Simon du VAULCHIER du DECHAUX (1780-1861), haut fonctionnaire acquis aux Bourbons qui fut préfet à de nombreuses reprises (Jura, Corrèze, Charente, Saône-et-Loire, Bas-Rhin) sous la Restauration. Il fut également député du Jura de 1820 à 1830, où il siégea constamment parmi les ultra-royalistes. Avec lui repose son fils, le comte Charles de VAULCHIER (1812-1885), qui fut député du Doubs de 1871 à 1876, siégeant avec les légitimistes.

- Le général de la Révolution et de l’Empire Pierre de VIANTAIX (1744-1823).


Sources : chaprais.info

Merci à Jules R. pour le complément photos.


[1On trouve également la graphie Scaramberg.


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vendredi 14 février 2014

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