Priebke et les autres : comment gérer les obsèques des nazis ?

Article de Franceinfo.fr - 16 octobre 2013
jeudi 17 octobre 2013
par  Philippe Landru

En Italie, trouver un endroit où inhumer l’ancien chef SS Erich Priebke est un vrai casse-tête pour les autorités. Refusées par l’Argentine, par son village natal allemand et à l’origine d’affrontements à Rome, ses funérailles sont dans une impasse. Comment cela s’est-il passé pour les obsèques des autres criminels de guerre nazis ? Hitler, Hess, Heichmann... France Info fait le point sur les lieux où reposent les anciens dirigeants du parti national-socialiste allemand.

L’Italie ne sait toujours pas quoi faire du corps d’Erich Priebke, mort il y a cinq jours à Rome. La ville de sa femme en Argentine, sa ville natale en Allemagne, le cimetière allemand de Pomezia... Tous ont refusé d’organiser ses funérailles. Ce casse-tête tire son origine d’une décision inédite du Vatican, qui avait interdit des funérailles religieuses en son honneur. Les autorités italiennes sont d’autant plus embarrassées qu’elles craignent que ses obsèques se transforment en parade néo-nazie, comme ce fut un peu le cas mardi après-midi.

A-t-on déjà assisté à une telle polémique lors des précédentes funérailles de chefs de guerre nazis ? Une certitude : aucune n’a été aussi médiatisée par le passé. Il faut dire que les autorités internationales, et l’Allemagne en particulier, ont tout intérêt à ce que ces cérémonies restent discrètes. Et à garder secret l’endroit où reposent les cendres des anciens chefs de guerre, afin de ne pas faire de leurs tombes des lieux de commémoration.

Eviter de faire comme pour Rudolf Hess

Le cas le plus similaire avec celui d’Erich Priebke est probablement celui de Rudolf Hess. C’est sans doute parce qu’elles souhaitaient éviter que la situation se reproduise que les autorités italiennes tiennent à ce point à se débarrasser des obsèques.

Numéro deux du parti national-socialiste au début du règne d’Adolf Hitler, Rudolf Hess avait été condamné à la réclusion à perpétuité lors du procès de Nuremberg. Il s’était suicidé au bout de 41 ans d’emprisonnement dans sa cellule de la prison de Spandau, à Berlin-Ouest, dont il était le seul détenu.

Il avait disposé dans son testament qu’il souhaitait être enterré dans un cimetière protestant de Bavière, dans le sud de l’Allemagne (ses parents y avaient une maison de vacances). Demande acceptée par la commune. Problème : Rudolf Hess est considéré comme un martyr dans les milieux néo-nazis, et sa tombe est devenue un lieu de culte des extrémistes de droite qui se rassemblaient devant sa tombe, tous les ans, le 17 août.

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Une marche en soutien à Rudolf Hess, pour le 17e anniversaire de sa mort.

Des rassemblements gênants pour la municipalité, qui a réussi à les faire interdire en 2004 au terme de plusieurs années de bataille judiciaire. Malgré cette interdiction, des militants néo-nazis continuaient de s’y rendre et étaient de plus en plus nombreux (5.000 en 2004). Du coup, en 2011, la municipalité a décidé de ne pas renouveler la concession familiale où reposait le corps de Rudolf Hess, et ses héritiers ont décidé que ses restes seraient incinérés. Ses cendres ont été dispersées en mer, en 2011.

Hitler et Eva Braun dans la rivière Elbe

En réalité, les anciens chefs de guerre nazis ont pour la grande majorité été incinérés. « Le cadavre de Hitler a été brûlé, et cela s’est révélé la solution la meilleure, parce que cela permettait la destruction de tout ce que le nazisme avait représenté », explique le responsable d’une organisation juive italienne.

C’est donc ce qui a été fait avec les corps d’Adolf Hitler et d’Eva Braun, mais aussi de Joseph Goebbels, un proche du Führer. Mais l’histoire de leur inhumation n’a pas été aussi simple. Les cendres des trois corps ont été récupérées par l’armée soviétique, en 1945, et ont été exhumées pour être ensevelies dans la garnison de Magdebourg, en Allemagne de l’Est.

Le problème, c’est qu’en 1970, les Russes ont du restituer au gouvernement de la RDA (République démocratique allemande) les garnisons qu’ils occupaient à Magdebourg. Or, l’URSS craignait que la découverte des dépouilles n’engendre un lieu de pèlerinage néo-nazi. Le chef du KGB de l’époque a donc donné l’ordre de faire disparaitre les restes. Les dépouilles d’Hitler, de Goebbels et d’Eva Braun ont donc été déterrés et leurs cendres furent dispersées dans la rivière Elbe.

Mais cela n’a pas arrêté les néo-nazis, qui se sont reportés sur... la tombe des parents d’Adolf Hitler. Leur sépulture, située en Autriche et devenue un lieu de pèlerinage pour l’extrême droite, a donc été détruite en 2012.

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La tombe d’Alois et Klara Hitler, les parents d’Adolf Hitler.

Les condamnés à mort de Nuremberg dans la rivière Isar

Disperser les cendres dans un fleuve ou dans la mer, est jusqu’à présent la technique privilégiée. Lors du procès de Nuremberg, les douze condamnés à mort (parmi lesquels figuraient Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg ou encore Hermann Göring) ont tous reçus le même traitement. Après avoir été pendus, leurs corps furent transportés -sous de faux noms - au cimetière de Munich, où ils ont été incinérés. Leurs cendres ont par la suite été dispersées dans l’Isar.

Le corps d’Adolf Heichmann, condamné à mort en 1962 en Israël, a lui aussi reçu le même traitement. Après exécution, ses cendres ont été dispersées dans la mer.

Klaus Barbie en Bolivie

D’une manière générale, presque tous les personnages importants du régime nazi ont été incinérés et ont vu leurs cendres éparpillées. Mais pas tous. Le cas de Klaus Barbie est sans doute le plus marquant en France, puisque son procès s’est déroulé à Lyon, en 1991.

C’est même dans la cité du Rhône que le « boucher de Lyon » a été incinéré, au cimetière de la Guillotière. A l’issue de sa crémation, son urne funéraire a été remise à sa fille, qui l’aurait emportée en Autriche, selon les archives du Monde. Mais de nombreuses sources affirment que ses cendres sont ensuite allées en Bolivie, où il s’était réfugié de longues années.

Certains ont une tombe anonyme

D’autres ont même réussi à garder une tombe. C’est notamment le cas d’Heinrich Himmler, par exemple. Le chef absolu de la police national-socialiste est enterré dans le Land de Lunebourg, en Allemagne, mais le nom de son cimetière est secret, et il n’y a aucun nom sur sa tombe. Ainsi, impossible de le reconnaître et de faire du lieu un pèlerinage. Otto Moll, Erich Naumann et Wolfran Sievers, trois officiers SS, ont reçu le même traitement : ils disposent tous trois d’une tombe, mais celle-ci est anonyme et tenue secrète.

Enfin, le corps de Joseph Mengele, médecin nazi allemand à l’époque du IIIe Reich, est lui parti, comme les cendres de Barbie, en Amérique latine. Il repose dans un cimetière de Sao Paulo, au Brésil.

Eviter les rassemblements néo-nazis, c’est donc le principal objectif des autorités internationales. Un problème qui ne se pose pas en France, où la tombe de Pierre Laval, principal maître d’oeuvre de la collaboration avec l’Allemagne nazie, peut être visitée par tous.


Vous n’aimez pas les nazis, néo ou anciens ? Moi non plus. Cela n’est cependant pas une raison pour déverser votre fiel sur cette page (ils ne seront pas mis au courant de votre haine). Tout commentaire de ce type sera immédiatement supprimé.


Commentaires

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Priebke et les autres : comment gérer les obsèques des nazis ?
dimanche 19 août 2018 à 14h52 - par  Harry Perez-Wolfe

A Braunau sur Inn subsiste la modeste tombe de Paula Hitler, soeur du Führer. Elle se tint à l’écart de la politique de son frère et des fastes nazis et mena une vie plutôt tranquille. Quelques [Néo-]Nazis sont bien venus en pélerinage, mais c’était plutôt vain et n’a jamais attiré la foule des nostalgiques. Inconnue elle était, inconnue elle demeure.
Il en va tout autrement de la tombe de Mussolini, dans le village de Predappio en Romagne, région (communiste !) de Forli. Il y a quelques années, alors que j’étais en cure dans la petite station voisine de Castrocaro Terme, j’ai fait un détour par Predappio. Je me suis alors retrouvé en plein pélerinage de « Camise nere », avec certains de ces messieurs plus ou moins engoncés dans leurs uniformes et arborant force médailles d’anciens combattants. La police était présente pour empêcher des débordements ou manifestations d’opposants mais à part quelques curieux, pas grand ramdam, sauf les cars déposant leur cargaison de vieux fascistes, anciens des Balillas ou des Fils de la Louve. Aussi quelques jeunes fascistes d’aujourd’hui, tendant le bras. Pas mal de touristes prenant des photos et visitant le tombeau, entouré de quatre faisceaux de licteurs. Le buste du Duce au centre, flanqué...de la Vierge Marie et du Christ ! La tombe du Duce est une attraction touristique pour le village. On y vend des bustes de Mussolini, quantité de photos, et dans cette Romagne communiste, le coeur de beaucoup reste encore lié au dictateur. Il est vrai qu’il a bien mieux joué la carte populiste que le Führer. Et vous pouviez alors encore entendre : « Ah, s’il n’avait pas suivi Hitler, sa politique belliciste et antisémite, Mussolini serait... » Personne évidemment ne songerait à dire cela d’Hitler, indissociable du racisme antisémite et des camps. Mais aujourd’hui, avec le nouveau gouvernement associant la Lega, véritable héritière du fascisme pur et dur (il faut se souvenir aussi que le dirigeant de « Forza Italia », composante majeure de la Lega, héritier du MSI lui-même avatar du Parti National Fasciste, s’était fait photographier tenant dans ses bras une enfant somalie, comme pour dire : « vous voyez, nous ne sommes pas racistes... ») et le Mouvement 5 étoiles de l’ex-comique Beppe Grillo (tout le contraire de l’humanité d’un Coluche et bien plus proche de la méchanceté vicieuse d’un Dieudonné), on peut craindre à nouveau. Alors pour revenir aux tombes, moins on en parlera moins il y aura de public nostalgique. Dans le même esprit, Gori, ville géorgienne qui vit naître Staline, a un musée construit du temps du dictateur (inhumé à Moscou, au monastère Novodievitchi, si on ne l’a pas à nouveau déplacé, un retour étonnant pour un homme qui débuta sa carrière comme séminariste) qui est l’attraction majeure de la ville. Des nostalgiques de la défunte URSS s’y pressent, à côté des touristes US venus se donner un frisson, les guides ont une magnifique langue de bois (« Staline n’a commis aucun crime, la Grande Terreur fut le fait des Russes de son entourage ») A la boutique du musée on vend à côté des bustes en toutes matières du dictateur, des porte-clefs Staline, du papier à lettre Staline, des broches Staline, et même - nous sommes dans un pays viniviticole après tout - du vin Staline ! Et dans la rue ou les cafés, même s’il n’y a plus de NKVD, il vaut mieux ne pas dire du mal du Petit Père ;-) !

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Priebke et les autres : comment gérer les obsèques des nazis ?
dimanche 20 octobre 2013 à 10h06 - par  Pincettes

Un accord a été trouvé entre les autorités et la famille de Priebke, représentée par son avocat.
Après une petite cérémonie privée, il sera inhumé en un lieu tenu secret, par déduction en Italie, l’ambassade d’Allemagne déclarant ne pas avoir été sollicitée. Mais pas à Rome, le préfet ayant signé un décret interdisant son inhumation sur sa commune.
(Source : la radio France Info).
Priebke va-t’il s’enfoncer dans la nuit et le brouillard de l’oubli ou ce mystère va-t’il attiser les plus folles rumeurs ?...