LE MANS (72) : cimetière de l’Ouest

Visité en décembre 2012
dimanche 20 janvier 2013
par  Philippe Landru

Le cimetière de l’Ouest remplaça en 1834 l’ancien Grand cimetière, situé auparavant sur la commune de Sainte-Croix (mais rien à voir avec l’actuel cimetière de Sainte-Croix !).

La plus étonnante des curiosités de ce cimetière est la conservation in situ de ce qui est sans doute, avec le Père Lachaise, le cimetière du Nord de Reims et le cimetière d’Amiens, la plus grande concentration de tombes anciennes (XIXe siècle) de France. L’endroit est d’autant plus fascinant que la plupart des chapelles sont éventrées, affaissées, où tiennent encore malgré la mousse mais sont désormais à ciel ouvert. Idem pour les stèles, les quelques statues fatiguées, les épitaphes d’un autre âge... Il faudra se dépêcher malheureusement : des procédures de reprises sont en cours, et je crains que cette belle unité ne soit bientôt plus qu’un souvenir.

Certaines représentations funéraires sont assez typiques de la région (pas uniquement du Mans) : c’est le cas, par exemple, des tombes reproduisant des scènes de théâtre.

Je crois avoir rarement vu autant de tombes ayant conservé leur grille d’entourage.

Il n’y a plus qu’à déambuler dans cet ensemble ruiné superbe.


Curiosités


- curiosité du cimetière : beaucoup de tombes ayant conservées leurs auvents, marquises, entourages de zinc, on y entend en permanence, en cas de vent comme ce fut le cas le jour de ma visite, des grincements, des bruits de tôles tordues, des claquements qui impressionneront j’en suis certain les plus...impressionnables !

- Dans ce cimetière reposent Léonie LANCELIN et sa fille Geneviève. Si leurs noms n’évoquent rien, elles furent en 1933 les victimes, dans leur demeure du 6 rue Bruyère au Mans, du crime terrible perpétrée par les soeurs Papin. Cette affaire judiciaire fit grand bruit dans la France entière, inspirant Genêt (Les Bonnes), Chabrol (La cérémonie) ou encore Jean-Pierre Denis (Les Blessures assassines).

- Le sculpteur Ernest Hiron a réalisé le médaillon en bronze (1925) représentant son père sur la sépulture de ses parents.

- Comme dans toutes les villes épiscopales, le personnel ecclésiastique est nombreux (chanoines, archidiacres...) et leur présence est forte dans les cimetières.

Certaines tombes anciennes sont très travaillées : c’est le cas de celle de l’abbé Dubreuil (+1839), offrant à la fois bas-relief, sablier ailé et larves.

La tombe du maître de chapelle de la cathédrale Charles Jean-Baptiste Joseph Blin (1812-1863) reproduit instrument de musique et partition.

- Un Jugement dernier avec, chose rare, un squelette sortant du tombeau.

- Un obélisque imposant est la dernière demeure d’un homme qui ne fut pas une célébrité, mais qui par plusieurs égards est une figure patrimoniale de la ville du Mans. Il s’agit de la tombe de Julien-Louis Bondu (1806-1882) Les inscriptions gravées sont difficilement lisibles : je les retranscris ici malgré leur longueur : « D’où-venons nous / Où allons nous ? / mais qu’importe / passons en faisant le bien » / « Tous les hommes sont égaux parce qu’ils sont frères » / « Je meurs libre penseur / sachant bien pourquoi j le suis / Mon église fut l’immensité / Et je n’eus pour maître que Dieu même. » / « Ci-gît / Julien-Louis Bondu / ancien libraire / ancien juge consulaire au Mans / Né le 12 mai 1806 / mort le 29 mai 1882 à 76 ans / aucun n’a été dévoué plus que lui aux (...) / Avec son ami Deschamps il fonda en 1835 / la société générale de secours mutuel / entre les ouvriers du Mans et de la banlieue / Après l’avoir fondée / il l’a propagea en déployant un zèle infatigable / Il participa en outre / à la fondation de la société des tisserands / des tailleurs et des cordonniers » / « Ouvriers, salue avec respect cette tombe / Elle couvre un homme de bien / et un de vos meilleurs amis ».


Célébrités : les incontournables...


- Arsène LE FEUVRE


... mais aussi


- Edouard de la BOUSSINIÈRE (1811-1902) : officier militaire, ce bourgeois voltairien, libre penseur, attaché aux valeurs de liberté et de progrès, fut un ardent républicain. Il souhaitait que les ouvriers et paysans prennent conscience de leurs droits politiques dans la République, le régime idéal à ses yeux. Ami de Ledru Rollin, il fut l’une des principales figures républicaines du Mans au XIXe siècle. Il dut fuir en Suisse lors du coup d’Etat de 1851, puis revint au Mans en 1890. Il repose dans un caveau contemporain sur laquelle une vieille plaque posée mais quasiment illisible donne son identité.

- L’antiquaire Georges BOUTTIÉ (1844-1927), qui fut un député de Gauche de la Sarthe de 1906 à 1914.

- Germaine BRIÈRE (1897-1937), qui fut la première avocate au barreau du Mans. Elle voyait dans sa profession un moyen d’émancipation de la condition féminine, et elle dut toute sa courte vie faire face aux conservatismes de la société mancelle. Travaillant le plus souvent en tant qu’avocate commis d’office, elle défendit des gens modestes. Elle fut en particulier l’avocate des soeurs Papin (voir plus haut), puis celle de Christine Papin.

- L’ancien oratorien Thomas CAUVIN (1762-1846), qui composa nombre de recherches érudites sur la province du Maine. ‎Il repose dans l’une des multiples chapelles sans toit.

- Le coureur automobile Tom COLE (+1953), qui périt en course lors des 24 heures du Mans. Il repose en bordure du cimetière militaire.

- Louis CORDELET (1834-1923) : maire du Mans de 1878 à 1888, il fut sénateur de la Sarthe de 1882 à sa mort.

- Le sculpteur manceau Alexandre COTTEREAU.

- L’aliéniste Gustave ÉTOC-DEMAZY (1806-1893), qui fut à la tête de l’asile du Mans de 1834 à 1872.

- Le peintre figuratif Jules HERVÉ-MATHÉ (Jules Hervé : 1868-1953), ancien élève de J.P.Laurens et d’Albert Maignan, qui fut directeur de l’École d’Art appliqué du Mans à partir de 1899, et ceci pendant trente-cinq ans. En 1914, il fut mobilisé comme dessinateur sur le front et dessina sous les obus de nombreuses scènes de guerre (conservées au musée de l’Armée). Après la guerre, il intensifia sa production de paysages et de marines. Amoureux des côtes bretonnes, son oeuvre est essentiellement constituée de marines ou de portraits des pêcheurs.

- Olivier HEUZÉ (1881-1925) : maire socialiste du Mans, il fut élu député en 1824. Il mourut subitement à 44 ans. Sa disparition fut cruellement ressentie par sa ville où il jouissait d’une grande popularité et qui lui fit d’imposantes funérailles. Sa stèle se signale par un bas-relief.

- Le Compagnon de la Libération Germain JOUSSE (1895-1988) : officier de l’armée ayant combattu lors de la Première Guerre mondiale, mais également en Turquie contre les kemalistes en 1920, il était en poste en Afrique du Nord en 1940. Il entra dans la Résistance et fournit des informations précieuses aux Alliés, tant sur les plans de débarquement en Afrique du Nord que de l’état des armées de Rommel, qu’officiellement il est chargé de ravitailler ! Il participa activement au succès du débarquement américain à Alger en 1942, et prit encore part à la campagne de Tunisie.

- la famille LE FEUVRE : voir l’article sur Arsène Le Feuvre

- Le conventionnel René LEVASSEUR (1747-1834) : chirurgien- accoucheur au Mans sous l’Ancien Régime, il fut enthousiasmé par le déclenchement de la Révolution. Élu député de la Convention par le département de la Sarthe (1792), il vota la mort du roi lors du Procès de Louis XVI (janvier 1793), soutint la création du Tribunal révolutionnaire et se montra un des ennemis les plus féroces des Girondins. Il fut contraint à l’exil en 1816, en tant que régicide, et revint mourir au Mans après l’avènement de Louis-Philippe. Il fut provisoirement inhumé dans l’ancien petit cimetière du Pré au Mans avant d’être transféré ici. Il repose sous un grand obélisque orné de symboles divers rappelant son appartenance à la Franc-maçonnerie.

- Le chirurgien centriste Jacques MAURY (1908-1980), qui fut maire du Mans de 1965 à 1977 et président de la communauté urbaine du Mans créée sous son impulsion. Il fut en outre sénateur de la Sarthe de 1968 à 1977.

- Le sculpteur manceau Gaston MULLER (1876-1957), auteur de nombreuses fresques dans la région, et de la stèle qui surmonte sa tombe.

- Le sculpteur Louis NICOUX (1865-1950).

- La chanteuse lyrique Mary OLIVIER (Ernestine Marie Deschamps : 1871-1911), qui fut une interprête appréciée dans le registre wagnérien à l’Opéra de Paris. Plus que sa très relative notoriété, c’est sa tombe qui est intéressante : on ne risque pas de louper cette massive chapelle néo-renaissance à l’entrée du cimetière, ornée d’instruments de musique sculptés. On dit que son piano se trouverait à l’intérieur. La chapelle est anonyme, mais un médaillon la représentant, par Henry Arnold s’y trouve.

- Anselme RUBILLARD (1826-1905) : géomètre, ce maire du Mans à partir de 1870 fut député de la Sarthe de 1876 à 1882, sénateur du département de 1882 à 1891, puis à nouveau député de 1893 à 1902. Siégeant à gauche, il eut une activité parlementaire limitée.


Même si on n’y trouve pas de localisations précises, il existe un excellent guide sur les cimetières de la Sarthe qui permet de faire le repérage de tout ce qui peut-être intéressant dans les nécropoles du département, dans une optique qui est assez similaire à celle de ce site : anecdotes, aspects esthétiques, historiques, petites notices biographiques. Il s’agit de : BERTIN Serge (dir), Le Territoire partagé - Guide des cimetières de la Sarthe, éditions Cénomane, 2009

Merci à Eric Fourmy pour les photos Lancelin et Briere.


Commentaires

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LE MANS (72) : cimetière de l’Ouest
mercredi 6 février 2013 à 10h02 - par  Mistea

Bonjour,

N.B. : des visites guidées organisées par l’Office de Tourisme du Mans ont pour thème « L’art funéraire dans les cimetières manceaux ». La conférencière de ces visites a écrit un article là-dessus .

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