La Manche libre - 23 juin 2012

jeudi 9 août 2012
par  Philippe Landru

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Promenade insolite : la tête dans les étoiles

Mystère de cimetière. A Caen, on enterre aussi les clowns : ici git, « Monsieur Loyal », le vrai, l’unique...

Par delà les hauts et vieux murs fatigués, on entend les annonces des prochains départs. « Le train intercités » est sur la voie D... Nous sommes perchés sur les hauteurs du joli passage Canchy, à deux pas de la gare SNCF de Caen, dans l’un des plus beaux, des plus vieux cimetières de la région, le cimetière Saint-Jean.

Le clown...

Sur les guides touristiques qui vantent les espaces verts de la ville, il est inscrit comme incontournable, surtout pour ceux qui veulent profiter de la promenade sous de vieux arbres pour aller découvrir l’une des tombes les plus originales du coin : celle d’un certain Pierre-Claude Loyal, enfant de la grande famille du cirque et dont le nom gravé sur la pierre tombale est aussi celui de tous les « maîtres de cérémonies » des chapiteaux.

Car c’est bien de lui dont il s’agit : le vrai, l’unique, le seul... le premier de la lignée, celui qui, au beau milieu de la piste, fait en sorte que les numéros s’enchaînent pour la plus grande joie des petits et des grands. La tombe fatiguée de Monsieur Loyal est adossée au vieux mur, à l’angle du cimetière au bout de l’allée du pourtour. Sur le parterre, un arbre a pris racine...

... et le savant

C’est romantique à souhait. Tout à côté se trouve la tombe d’un autre Caennais célèbre, Arcisse de Caumont, fondateur de la Société française d’archéologie. Le clown et le savant côte à côte pour l’éternité ! Comment Monsieur Loyal, qui donna son nom au métier de présentateur- régisseur de cirque, est-il arrivé là ?

Il faut remonter à la fin du XVIIIe pour retrouver la trace de sa famille circassienne née dans la poussière de sciure de bois un jour de 1753. C’est à cette époque que le père du célèbre défunt, Anselme, dit Blondin, ancien sellier et artificier chez les Franconi à Lyon, crée son cirque avec l’aide de ses 4 fils, dont Pierre Claude surnommé « Blondin le cadet ».

Lieu de pélerinage des « Monseur Loyal »

A la mort de son père et au décès de ses frères, c’est lui qui dirige le cirque familial. Le nom de « Monsieur Loyal » entre sur la piste aux étoiles avec la génération suivante, quand Théodore Loyal, le suivant de la lignée, puis ses frères Léopold et Arsène, se succèdent au poste de régisseur attitré des cirques d’été puis d’hiver à Paris. Un historien des familles circassiennes, Philippe Landru, animateur d’un site web consacré aux cimetières de France, s’est amusé à retrouver la trace des enfants Loyal et de pas mal d’autres figures des principales dynasties du cirque, les familles Franconi, Rancy, Houcke, Medrano, Fratellini, Bario, Zavatta, Pinder.

Résultat de ses recherches : beaucoup d’enfants des familles du cirque reposent dans les cimetières de la région parisienne, au Père Lachaise, à Montmartre ou à Bagneux. Le vrai Monsieur Loyal, ancien directeur du cirque qui porta son nom, est l’un des seuls à dormir aujourd’hui sous le lierre d’un cimetière de province : c’est à Caen que son parcours prit fin un jour de mai 1867, il avait 71 ans. On célèbrera bientôt le 150e anniversaire de sa disparition. Régulièrement, des « Monsieur Loyal » en exercice viennent se recueillir sur sa tombe. Le costume à paillettes et chapeau haut de forme n’est pas mort... Au cimetière Saint-Jean, le Monsieur Loyal, la tête dans les étoiles, fait toujours le clown.
Alain Fergent

Pratique. L’histoire de Monsieur Loyal sur www.landrucimetieres. fr ; lire aussi « Carnet de dalles » aux Editions du Cherche Midi.

Publié le 23/06/2012 à 14h38


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