BERTHOLLET Claude Louis (1748-1822)

Cimetière de Cachan (94)
mercredi 21 décembre 2011
par  Philippe Landru

...où comment s’apercevoir qu’il n’est pas exactement là où on le croit, une révélation inédite et sans nul doute essentielle de votre site préféré !

JPEG - 11.1 ko Après ses études de médecine à l’université de Turin, il s’installa en 1772 à Paris pour étudier la chimie, puis se fit naturaliser Français et devient le médecin personnel du duc d’Orléans. L’Académie des Sciences l’accueillit en 1780. Quatre ans plus tard, il devient le directeur des teintures de la célèbre manufacture des Gobelins.

Comme Chaptal ou Monge, Berthollet fut de ces savants qui mirent leurs talents au service de la Révolution. Après avoir fait partie de la commissions des Poids et Mesures, il travailla en collaboration avec Monge à la raffinerie de salpêtre de Saint-Germain des Prés ainsi qu’à la poudrerie de Grenelle, participa à la fondation de l’École Polytechnique puis y enseigna la chimie, tout comme il le fit à l’École Normale.
Membre de l’Institut depuis sa fondation, en 1795, Berthollet fut choisi, l’année suivante, pour participer à une commission chargée d’aller choisir en Italie les oeuvres d’art destinées à être ramenées à Paris. Il fit à cette occasion la connaissance de Bonaparte. La relation de confiance qui s’établit entre les deux hommes fit de Berthollet, en 1798, l’un des seuls détenteurs du secret de l’expédition d’Égypte : il fut chargé de recruter les savants qui en feraient partie, sans leur révéler leur destination, et en leur précisant seulement que Bonaparte sera avec eux.

Bonaparte le ramena avec lui d’Égypte et le nomma sénateur. Mettant sa fortune au service de la science, Berthollet s’installa à Arcueil en 1801 et dota son domicile d’un laboratoire perfectionné. Il s’y entoura d’une équipe de jeunes chercheurs prometteurs (Gay-Lussac ou Arago en sont issus) et reçut tous les grands noms de la science de son temps, organisant, en compagnie de Laplace, un cénacle qui prit le nom de Société d’Arcueil, foyer scientifique unique en Europe et qui rayonna une dizaine d’années durant. Comte d’Empire en 1808, Berthollet n’en vota pas moins la déchéance de l’Empereur en 1814. Louis XVIII le fit pair de France.

Parmi les découvertes de Berthollet figure, à côté de ses travaux théoriques, la mise en évidence des propriétés décolorantes du chlore, utilisé sous forme d’hypochlorite de sodium : c’est l’eau de Javel, ainsi nommée d’après le quartier où s’élevait la première manufacture qui la produisit.

La tombe de Berthollet, l’une des premières du cimetière, se présente sous la forme de deux colonnes à l’intérieur d’un enclos désormais détérioré. JPEG - 45.2 ko

Celle du devant est celle de son épouse, Marie-Marguerite Baur (+1828), soeur de l’épouse de Gaspard Monge ! La colonne à l’arrière, surmontée d’une urne cinéraire, est celle du chimiste. Le périmètre de la tombe était naguère encadré par quatre grands ifs. Ceux-ci ont été coupés récemment...

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Le tombeau, avec les ifs.
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Le même, aujourd’hui.

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...et là surprise ! Leur disparition a permis de redécouvrir le véritable tombeau de Berthollet, qui se situe à la proximité gauche immédiate du dit périmètre : un sarcophage néoclassique totalement ruiné qui a perdu les inscriptions qui l’entouraient, à l’exception d’une face proclamant : « ... Ancien maire de cette commune, un des médecins-chef des hôpitaux de Paris, Membre de l’Académie royale de Médecine, et de plusieurs autres sociétés savantes ». Berthollet est le seul ancien maire d’Arcueil a avoir appartenu à la Faculté de Médecine !

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Le vrai tombeau de Berthollet.

On peut donc imaginer que les colonnes furent édifiées bien après la mort de Berthollet, sans doute un hommage supplémentaire, et qu’elles finirent par être identifiées comme sa véritable tombe, à mesure que le monument original s’effondrait. On remarquera également que l’identité du savant sur sa colonne est « Bertholet », tandis que celle de la colonne de son épouse est « Berthollet » !


Commentaires

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BERTHOLLET Claude Louis (1748-1822)
samedi 24 décembre 2011 à 12h30 - par  MARRY Ghislain - EVIGNY (Ardennes )

@Philippe :
Mais après tout, ce tombeau délabré tombant en ruine, n’est peut-être qu’un cénotaphe !
Les restes de BERTHOLLET reposent peut-être sous la stèle qui l’honore !

Qu’en disent les archives municipales de la ville de Cachan ou d’Arcueil ?

Bonnes fêtes !

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samedi 24 décembre 2011 à 14h12 - par  Philippe Landru

@Ghislain : le dit tombeau en ruine n’a pas l’aspect classique des cénotaphes. En outre, on ne voit pas pourquoi il aurait été « abandonné » de la sorte. Surtout, sa présence n’a été révélé que récemment, avec la disparition des ifs. La Conservation, à qui j’ai parlé du tombeau, semble d’accord avec la thèse. Ceci étant dit, il n’y a aucune certitude dans un sens comme dans l’autre. Ils sont en train de travailler sur les plus vieux registres et peut-être en sauront-ils un peu plus. Il y a plusieurs zones sombres autour de ce tombeau : il aurait été édifié en 1822 (alors que le cimetière n’ouvre officiellement qu’en 1823), les différences d’orthographe des deux noms... On peut donc tout imaginer, en particulier la présence d’un premier tombeau en 1822, son transfert peu de temps plus tard dans le « nouveau » cimetière, et l’édification pour marquer le coup de la colonne... Berthollet, on le sait, eu des funérailles importantes, mais rien ne spécifie avec précision dans quel cimetière de Cachan il aurait été inhumé.

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BERTHOLLET Claude Louis (1748-1822)
jeudi 22 décembre 2011 à 19h54 - par  MARRY Ghislain - EVIGNY (Ardennes )

Quand certains veulent « kärcheriser » des quartiers de banlieue, ne pensez-vous pas que la municipalité de Cachan devrait « javelliser » la sépulture du célèbre chimiste pour lui redonner du lustre , et restaurer sa dernière demeure , par respect pour celui qui est à la source de l’eau de javel et de ses effets bactéricides !

BERTHOLLET Claude Louis (1748-1822)
jeudi 22 décembre 2011 à 10h03

Hé ! Hé ! Voilà qui va me simplifier la vie quand je ferai son article...Beau travail Monsieur Philippe.
Avec les félicitations personnelles et officielles de la Truffe...
Bien amicalement,
Marie-Christine Pénin

BERTHOLLET Claude Louis (1748-1822)
mercredi 21 décembre 2011 à 22h23

Félicitations, Philippe, pour cette découverte.
H. Lallmant