SAINT-DENIS (93) : Maison d’éducation de la Légion d’Honneur

visité en septembre 2011
jeudi 29 septembre 2011
par  Philippe Landru

Le patrimoine funéraire va parfois se nicher dans des lieux très inattendus. Il est très probable que peu de gens connaissent celui de la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur de Saint-Denis. Le fait est que l’ensemble est rarement visitable, et qu’il faut saisir les opportunités exceptionnelles telle que la fête du Patrimoine ou celle des Jardins.

Créée en 1805 par Napoléon et destinée, à l’origine, à l’éducation de jeunes filles dont les parents, grands-parents ou arrière-grands-parents avaient été distingués par la Légion d’honneur, son accès y est aujourd’hui encore de droit héréditaire. La Maison de Saint-Denis n’est pas unique : les classes de collège se trouvent aux Loges, à Saint-Germain-en-Laye, tandis que les lycéennes sont à Saint-Denis. Le château d’Écouen, qui était l’endroit où avait été installée la première maison d’éducation (elle était alors sous la direction de Madame Campan), fut mis en 1962 à la disposition du ministère des Affaires culturelles, afin qu’il accueille le musée national de la Renaissance.

L’abbaye royale de Saint-Denis

A St Denis, la Maison de la Légion d’Honneur occupe les anciens bâtiments de l’abbaye royale. Il ne reste plus rien de l’abbaye des origines, sinon le cloître attenant, très remanié, qui fut donné à la Maison d’éducation en 1809. Ce cloître est le plus vaste de France, chacune des quatre galeries mesurant 69 mètres de long et comportant 14 travées. La galerie nord, qui longe la basilique abbatiale, a servi de sépulture à quelques moines dignitaires. C’est ainsi le cas de Pierre-François BOUDIER (1704-1787) qui fut inhumé aux pieds de la statue dont il avait fait don, une Vierge à l’enfant sculptée par Pierre Surugue. Bénédictin, abbé de Saint-Martin de Séez et supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur de 1766 à 1772. Il avait été l’auteur d’une histoire manuscrite du monastère de Saint-Vigor de Bayeux.

Les bâtiments s’ouvrent sur un très grand parc divisé en plusieurs sections. Discret, on y trouve également un cimetière. Ouvert en 1816, il fut destiné aux personnels et aux pensionnaires désireuses de reposer dans l’Institution.

Les surintendantes

La maison d’éducation est dirigée par une surintendante, équivalent d’une proviseure dans un établissement classique. Lorsque l’Institution fut fondée, la division se fit de la manière suivante :

- la maison-mère d’Ecouen était dirigée par Madame Campan (1752-1822), ancienne lectrice des filles de Louis XV puis femme de chambre de Marie-Antoinette. Celle-ci fut inhumée dans le vieux cimetière Duhamel de Mantes-la-Jolie (78)
- la maison des Loges fut dirigée par Marie-Marguerite de Lezeau (1755-1838), qui repose au cimetière Montparnasse de Paris.
- la maison de Saint-Denis fut confiée à Adrienne-Charlotte du Bouzet (1772- 1853), veuve d’un colonel d’artillerie tué à Jemmapes, qui devint donc la première surintendante de la maison impériale de Saint-Denis. Elle fut faite par Napoléon baronne d’Empire. Cette dernière repose dans la 5ème division du cimetière Montmartre de Paris, dans une tombe restaurée récemment par l’Association pour la Conservation des Monuments Napoléoniens du Souvenir Français.

Aucune des premières surintendantes de la Légion d’honneur ne repose donc dans ce cimetière. Madame du Bouzet passa en 1820 le flambeau à Marie-Benoîte- Joséphine PRÉVOST de La CROIX, Baronne de BOURGOING (1759-1838). Amie de Mme Récamier, c’est elle qui lui fit rencontrer Chateaubriand. L’une de ses filles épousa le maréchal Macdonald. Elle dirigea la maison de Saint-Denis de 1820 à 1837, et fut donc la première surintendante à reposer dans le cimetière. Sa tombe, l’une des plus anciennes du cimetière, est tout-à-fait identifiable.

Celle qui lui succéda en 1837 et qui demeura à ce poste jusqu’à sa mort en 1851 fut
Julie Madeleine Sophie FORGET, baronne DANNERY (1772-1851), ancienne gouvernante des princesses d’Espagne, filles de Joseph. Elle aussi fut inhumée dans ce cimetière, dans une tombe où elle retrouva sa petite fille, pensionnaire de l’Institution mais morte à 17 ans.

D’autres surintendantes se firent sans doute inhumer dans ce cimetière, mais très peu de tombes sont localisables et identifiables avec précision : on citera néanmoins l’exception de Léonie MEUNIER (1894-1974), qui fut surintendante de 1941 à 1959.

Le cimetière

On pénètre dans le petit cimetière par une porte encadrée de deux bas-reliefs : celui de droite ayant disparu, il fut remplacé par une oeuvre réalisée par les élèves en 1993. La petite nécropole se présente sous la forme d’un quadrilatère de taille modeste où alternent pelouses et allées recouvertes de graviers. A intermède régulier émergent les bases de croix de fonte disparues : elles furent victimes de vols. Retrouvées, elles n’ont pas récupéré leur place par manque de moyen.

Le personnel jardinier a fait un beau travail dans ce lieu dans la mesure où il a discipliné la végétation, de manière à rendre le lieu visitable, tout en maintenant une dimension romantique (le lierre camouflant les tombes a, par exemple, été conservé).

La partie gauche abrite les tombes les plus anciennes (dont celles des deux surintendantes). Au fond du cimetière subsiste une partie plus en friche.

Les « moignons » de tombes témoignent du grand nombre de pensionnaires qui s’y firent inhumer. La précocité des décès rend compte de la dureté des conditions de vie de l’époque.

L’impression qui domine est l’humilité : la seule « oeuvre » que l’on trouve ici est un petit ange bien sale allongé sur une dalle.


Commentaires

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SAINT-DENIS (93) : Maison d’éducation de la Légion d’Honneur
lundi 3 octobre 2011 à 09h43 - par  Monique Bonvallet

Ravie de voir quelques photos du petit cimetière de la Maison de la légion d’honneur. Lors des journées patrimoniales 2011, cela n’a pas été possible, ce que je peux comprendre. Ainsi grâce au site ma visite est complétée.
Cordialement. Monique B.

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